Le monde du livre connaît une situation paradoxale : tandis que les ventes s’érodent et que la lecture suivie subit la concurrence des écrans, les maisons d’édition reçoivent toujours davantage de manuscrits et la production continue de croître. À une demande affaiblie répond ainsi une offre de plus en plus abondante et fragmentée. Éditeurs au travail prend cette contradiction pour point de départ afin d’interroger les conditions dans lesquelles des structures indépendantes parviennent encore à fabriquer des livres, à les faire circuler et à rencontrer leurs lecteurs.
Maxime Cochard, cofondateur des Éditions des Lumières et animateur de la revue culturelle Commune, réunit onze entretiens menés avec treize acteurs du secteur. Le volume fait dialoguer des maisons anciennes ou déjà reconnues — Champ Vallon, Bartillat, Le Temps des Cerises — avec des structures plus récentes, artisanales ou spécialisées, parmi lesquelles Médiapop, Le Chat Rouge, L’Arbre vengeur… Deux entretiens élargissent l’enquête à d’autres maillons de la chaîne du livre : My Fair Book, qui cherche à donner une seconde vie aux ouvrages menacés de pilon, et DOD&Cie, diffuseur-distributeur indépendant.
La constitution d’un catalogue, les tirages, la fabrication, les relations avec les libraires, la diffusion, les retours, la promotion, les aides publiques ou encore la transmission d’une maison sont abordés à partir d’expériences concrètes. À travers la diversité des modèles et des trajectoires apparaissent les tensions propres à l’édition indépendante : concilier exigence intellectuelle et viabilité économique, défendre des textes peu visibles dans un marché saturé, préserver la singularité des catalogues tout en s’adaptant aux transformations des usages. L’ensemble compose moins un manifeste qu’un état des lieux polyphonique d’un métier exercé dans l’incertitude.