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L’échec et l’erreur : pratiques, récits, imaginaires. Journées d'étude doctorales ReSO- Appel à communications

L’échec et l’erreur : pratiques, récits, imaginaires. Journées d'étude doctorales ReSO- Appel à communications

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Macho)

Appel à communications – Journées d'étude doctorales, UR ReSO (4582)

L’échec et l’erreur : pratiques, récits, imaginaires

Les journées d'étude des doctorant·e·s de ReSO (Recherches sur les Suds et les Orients) se tiendront à l'Université Paul-Valéry Montpellier, site Saint-Charles, les 23 et 24 novembre 2026. Les journées sont ouvertes aux jeunes chercheur·euse·s ainsi qu'aux doctorant·e·s de toute université. 

 Argumentaire

On observe actuellement une évolution de la manière dont on considère l’erreur et l’échec : longtemps dévalorisés, ils font aujourd’hui l’objet d’un regard nouveau. En effet, de nombreux ouvrages destinés au grand public cherchent à les présenter dans une perspective plus positive, comme Les vertus de l’échec (2016), écrit par Charles Pépin, qui est devenu un best-seller. Le sujet est également présent dans de nombreuses productions audiovisuelles populaires, qu’elles l’abordent sur le mode de la comédie, comme Fleabag (2016) ou Fiasco (2024) ou qu’elles retracent l'histoire spectaculaire d’un échec, comme le documentaire Fyre: The Greatest Party That Never Happened (2019).

Du côté de la recherche scientifique, l’erreur et l’échec suscitent également un intérêt croissant, comme en témoigne le projet « Failure: Reversing the Genealogies of Unsuccess, 16th-19th Centuries », financé par l’Union européenne entre 2019 et 2024. Cette tendance semble confirmée par la publication d’essais philosophiques comme In Praise of Failure (Brădățan, 2023) et de plusieurs ouvrages collectifs, tels que L’Erreur, l’échec, la faute (Besson et Kikuchi 2015), Erreur et création (Metayer et Trahais, 2016), ou Esthétiques du ratage (Hamers et al. 2024). Le projet de publication de la revue À l'épreuve, au sein de l'Université de Montpellier Paul-Valéry, intitulé L'échec à l'œuvre, souligne la prégnance de cette question dans la communauté universitaire.

Dès lors, il importe de clarifier ce que l’on entend par erreur et échec. Ce sont des notions très proches, en ce qu’elles renvoient toutes les deux à l’idée d’une déception, d’un écart entre ce qui était attendu et ce qui advient. Elles ne prennent donc sens que par rapport à un projet ou à une norme. Cependant, si l’erreur peut être considérée comme un écart partiel vis-à-vis de la norme, l’échec marque une rupture plus grande, et plutôt téléologique. L’erreur se définit ainsi plutôt comme une action, un processus, là où l’échec renvoie à un résultat : c'est l'enchaînement d’erreurs qui conduit à l'échec, irréversible.

Pourtant, la dynamique de questionnement de l’erreur et de l’échec en propose une nouvelle perspective. L’erreur comme processus est valorisée : en permettant de se corriger, elle devient source d’apprentissage et peut mener à une autre forme de réussite. L’échec, quant à lui, n’est plus considéré comme final, mais comme une étape à partir de laquelle on peut se réorienter, constituant donc une source de remise en question et d’adaptation. Cette idée trouve un écho dans la fameuse citation de Beckett (1999) maintes fois reprise : « Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. » 

Au-delà de ces considérations axiologiques, on peut s'intéresser à l’étymologie de ces notions. Le mot « erreur » est issu du latin error, lui-même dérivé de errare, « aller çà et là » (TLFi, s.d.), il fait ainsi apparaître une tension entre mouvement et égarement. L’étymologie d’« échec », quant à elle, a à voir avec le jeu des échecs : l'expression « échec et mat » signale la défaite du roi et, par extension sémantique, « échec » en est venu à désigner, plus largement, l'idée de perdre ou de rater ce que l’on entreprend (TLFi, s.d.). 

Ces concepts offrent aussi un cadre pour réfléchir sur des notions proches et tout aussi fécondes : crise, chute, déclin, défaite, désastre, désabusement, ruine, perte… comme l'a montré le « Glossaire de l'échec » présenté dans le cadre d’un congrès du Círculo de Bellas Artes à Madrid en 2020. À l’inverse, ils invitent également à interroger les idées contraires, par rapport auxquelles ils se définissent : norme, réussite, correction…

Penser l’échec, l’erreur et leurs représentations conduit donc à interroger les normes qui permettent de les définir comme tels. La notion de canon interroge les mécanismes par lesquels une œuvre est consacrée ou décriée, des mécanismes que les travaux de Bourdieu (1992) analysent comme le produit de rapports de force propres au champ artistique. Ce questionnement de la norme a aussi nourri les études queer, qui ont pu faire de l'échec un outil critique face aux logiques normatives de la réussite (Halberstam, 2011). Le champ de la langue n'est pas en reste, puisque la norme prescriptive se construit en discriminant les usages « corrects » des usages « fautifs » (Siouffi et Steuckardt, 2007).

Ces quelques exemples permettent de mesurer la richesse d'un sujet qui ouvre de nombreuses voies de réflexion. Ces journées d'étude pluridisciplinaires se proposent de les explorer en s'intéressant aux pratiques que l'erreur et l'échec suscitent, aux récits qui les mettent en scène et aux imaginaires qui les entourent.

Axes de recherche

Nous proposons d'aborder le sujet selon trois axes pluridisciplinaires possibles. 

Axe 1. Définitions et représentations

Cet axe questionne la nature de l’erreur et de l’échec, les normes et les attentes par rapport auxquelles ils se définissent et les autorités qui établissent ces standards. Il s’intéresse également aux représentations de ces deux phénomènes, dans l’art et la littérature, la recherche, les récits historiques ou, plus largement, dans l’imaginaire collectif. Il s’agit ainsi d'interroger la légitimité, l'évolution et la validité de ces définitions et de ces représentations, ainsi que les effets qu’elles ont sur notre perception de l’échec et de l’erreur eux-mêmes. 

Axe 2. Sanctions et remédiations

Cet axe s’intéresse à la réception de l’erreur et de l’échec, aux réactions qu’ils suscitent, ainsi qu’aux réponses proposées. Ces phénomènes peuvent faire l’objet de sanctions, dans le cadre scolaire, domestique, légal ou politique, ou de démarches de remédiation visant à les corriger par l’explication ou l’entraînement. Ces approches partagent généralement une conception commune de l’erreur et de l’échec comme des failles, des imperfections ou des manquements.

Axe 3. Issues et transformations 

Cet axe se focalise sur les conséquences de l’erreur et de l’échec, à l’échelle individuelle comme collective. Ces issues peuvent prendre la forme de connaissances scientifiques, de « découvertes » géographiques, de compétences pédagogiques, de créations artistiques, ou de bouleversements historiques et politiques ; elles peuvent aussi se traduire par des transformations profondes dans les pratiques ou les manières de penser. Le but est de porter un regard critique sur les effets de l'erreur et de l'échec, sans présumer de leur caractère négatif ou positif.

Modalités de contribution et de communication

Les propositions, d’une longueur de 500 mots maximum, devront être rédigées en français et accompagnées d’une bibliographie indicative (3-4 références) et d’une courte bionote vous présentant. Elles devront s’inscrire explicitement dans l’un des axes proposés. 

Les propositions sont à envoyer à l’adresse mail suivante : jedoc.reso@gmail.com 

Les communications seront limitées à 20 minutes et suivies d’un temps de discussion de 5-10 minutes. Les journées d’étude se tiendront en français.

Calendrier indicatif

Limite de soumission : 15 octobre 2026 inclus

Retour du comité : 25 octobre 2026

Journées d’étude : 23-24 novembre 2026 

Comité d’organisation

Yaël FENELON et Inés MACHO (yael.fenelon@umpv.fr ; ines.macho-lopez@umpv.fr)

Université de Montpellier Paul-Valéry, UR ReSO

Bibliographie indicative

Astolfi Jean-Pierre, L’erreur, un outil pour enseigner [1997], Paris, ESF, 2014.

Beckett Samuel, Worstward ho [1989], London, John Calder, 1999.

Besson Florian et Kikuchi Catherine (dir.), L’Erreur, l’échec, la faute, Questes : revue pluridisciplinaire d’études médiévales, no 30, 2015, https://hal.science/hal-01586388. 

Bourdieu Pierre, Les règles de l’art : Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992.

———, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil, 2001.

Brădăţan Costică, In Praise of Failure: Four Lessons in Humility, New York, Harvard University Press, 2023.

Brochard Victor, De l’erreur [1879], Paris, Felix Alcan, 1897.

Chauviré Christiane, Ogien Albert et Quéré Louis (dir.), Dynamiques de l’erreur, Paris, Éditions de l’EHESS, 2009, https://books.openedition.org/editionsehess/12711.

Compagnon Antoine, « La valeur », dans Le démon de la théorie, Paris, Seuil, 1998, p. 267‑302.

François Frédéric, « Analyse linguistique, normes scolaires et différenciations socio-culturelles », dans Langages, no 59, 1980, p. 25‑52.

Halberstam Jack, The queer art of failure, Durham ; London, Duke University Press, 2011.

Hamers Jeremy, Jousten Lison, Monvoisin Frédéric et Tomasovic Dick (dir.), Esthétiques du ratage, Montréal, Captures, vol. 9, 2024, https://www.erudit.org/fr/revues/captures/2024-v9-n1-captures09683/.

Laarman Mathieu, Fictions du naufrage, Naufragés de la fiction, Thèse de doctorat, Université Paris-Nanterre, 2010. 

Lahire Bernard, « Sociologie de l’"échec scolaire" », dans Culture écrite et inégalités scolaires, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2021, p. 47‑80, https://doi.org/10.4000/books.pul.34482

Metayer Myriam et Trahais François (dir.), Erreur et création, Essais : Revue interdisciplinaire d’Humanités, no 8, 2016, https://doi.org/10.4000/essais.4847.

Pellerin Pierre-Antoine, « L’art de l’échec : repères historiques et enjeux critiques », dans Revue française d’études américaines, 163, no 2, 2020, p. 3‑30, https://doi.org/10.3917/rfea.163.0003. 

Perrin Christophe, Au-devant de l’échec. Philosophie de la traversée, Paris, Hermann, 2024.

Siouffi Gilles et Steuckardt Agnès (dir.), Les linguistes et la norme : aspects normatifs du discours linguistique, Berlin, Peter Lang, 2007.

Trésor de la langue française informatisé (TLFi), « échec », étymologie, ATILF-CNRS/Université de Lorraine, https://www.cnrtl.fr/etymologie/échec/nom (consulté le 01 septembre 2026). 

———, « errer », étymologie, ATILF-CNRS/Université de Lorraine, https://www.cnrtl.fr/etymologie/errer/verbe (consulté le 01 septembre 2026).