Georges de Scudéry et l’adolescence de la France galante (Paderborn, Allemagne)
Georges de Scudéry et l’adolescence de la France galante
Journée d’études
Université de Paderborn (Allemagne), 3–4 juin 2027
Les années 1650, et en particulier celles qui ont suivi la publication du premier tome du roman de Madeleine de Scudéry, Clélie, histoire romaine (1654), sont considérées comme la période durant laquelle la France galante a pleinement développé son concept et a ainsi pris sa forme définitive. La Carte de Tendre est devenue l’emblème de la France galante ; elle est discutée en détail par les personnages du roman dans la Première Partie de la Clélie, puis complétée, pour la publication, par la Carte du Tendre, une gravure de François Chauveau illustrant la praxéologie de la galanterie. Les différentes formes de l’amitié tendre y sont mises en scène, tout comme les dangers potentiels ou les problèmes futurs, représentés notamment par les Terres inconnues, séparées du Pays de Tendre par la Mer dangereuse.
Dans ce contexte, la journée d’études part du constat que Georges de Scudéry, dès les années 1640 – d’abord dans Artamène ou le Grand Cyrus, mais surtout à la suite de la Querelle du Cid et à partir de la tragi-comédie L’Amour tyrannique – aborde de nombreuses questions et problématiques qui trouveront ensuite leur synthèse dans la Clélie. À titre d’exemple, on pourra citer le débat intense sur la signification de la Mer dangereuse dans la tragi-comédie Ibrahim ou l’illustre Bassa. En effet, on pourra se demander comment les deux protagonistes, Ibrahim Bassa ou Justinien, ainsi que sa maîtresse Isabelle Grimaldi, peuvent traverser la dangereuse Méditerranée de Constantinople à Gênes ou à Monaco, mais aussi comment ils peuvent survivre dans la mer dangereuse des sentiments à la cour de Constantinople. D’où la question de savoir dans quelle mesure les drames et les romans de Georges de Scudéry, écrits en partie avec sa sœur Madeleine, ont contribué à l’élaboration d’une première conception de la France galante.
Concrètement, il convient de se demander quels thèmes, que nous considérons aujourd’hui comme faisant partie intégrante de la France galante, étaient déjà abordés dans les années 1640 et au début des années 1650, quels concepts ont été développés et quels idéaux ont éventuellement été abandonnés. Sur cette base, il convient d’examiner comment la relation complexe entre l’Orient et l’Occident sert à mettre en question les idéaux de magnanimité, d’amour ou d’amitié. Notons que cette relation peut concerner et les rapports entre la Rome orientale et la Rome occidentale de la fin de l’Antiquité et ceux entre Constantinople et Rome et/ou le Paris à la Renaissance. En outre, il convient de s’interroger sur l’importance de la littérature et de la culture espagnoles et italiennes dans l’émergence de la France galante, mais aussi sur la manière dont celles-ci sont réappropriées et/ou transformées, comme c’est le cas, par exemple, dans la tragi-comédie scudérienne L’Amant libéral faisant référence à Cervantès. Cela revêt un intérêt particulier dans la mesure où l’action de cette tragi-comédie se déroule en Sicile, qui appartenait alors à l’empire espagnol et qui, selon Georges de Scudéry, est le lieu d’origine de sa famille, de sorte qu’on y observe un transfert culturel trinational.
La journée d’études Georges de Scudéry et l’adolescence de la France galante invite donc à se pencher sur les drames, romans et poèmes épiques de Georges de Scudéry écrits entre 1640 et 1654, dans le but de s’interroger, d’une part, sur leur contribution à l’émergence de la France galante. D’autre part, elle offre l’occasion de s’appuyer sur les constellations sociales et culturelles spécifiques de ces textes pour s’interroger, par exemple, sur la manière dont l’amour des protagonistes y est représenté : à quels dangers sont-ils exposés, et pourquoi ? Quels idéaux, mais aussi quels problèmes potentiels liés à la galanterie sont ainsi mis en scène ? Comment peut-on distinguer le galant homme et l’homme galant, et à quel moment l’amour peut-il devenir tyrannique ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions que nous aimerions aborder ensemble à partir des drames, des romans et des poèmes épiques de Georges de Scudéry des années 1640 et du début des années 1650. En même temps, nous vous invitons à (re)découvrir ces textes afin de préciser la formation de la France galante et afin de mieux comprendre l’adolescence de la France galante avant la Clélie.
Pour la journée d’études prévue, nous vous invitons à soumettre des contributions qui, à partir d’exemples de textes représentatifs de Georges de Scudéry, approfondissent les questions proposées et/ou d’autres thèmes choisis. Veuillez adresser vos propositions, comportant un titre et un résumé d’une demi-page environ, d’ici le 1er octobre 2026 aux organisateurs, Jörn Steigerwald et Hendrik Schlieper :