Bien que Martin Scorsese ait employé de manière mémorable les services de grands compositeurs de films comme Bernard Herrmann et Elmer Bernstein sur des films emblématiques tels que Taxi Driver et Le temps de l’innocence, ce sont les chansons populaires et surtout le rock’n’roll, qui formaient le fond sonore ininterrompu de son enfance et de son adolescence, qui domine dans les mondes denses, virils et agressifs de la plupart de ses films.
L’ouvrage retrace ces liens forts entretenus par le réalisateur avec la musique populaire. Car si Martin Scorsese est un mélomane averti et un grand collectionneur de disques, il reste un fan maniaque de musique. Il en écoute tout en concevant ses scénarios, trouvant des idées et des images basées sur ce qu’il entend. En fait, le cinéaste partage avec ses personnages cette fascination ambiguë pour le monde du spectacle, et cette obsession se matérialise bien souvent sur pellicule par l’amour que ses héros portent eux aussi à la musique. Martin Scorsese conçoit des scènes autour de la musique. « Je sais que, sans la musique, je serais perdu. Très souvent, c’est uniquement en entendant la musique choisie pour mon film que je commence à le visualiser » a-t-il précisé.
Son travail de cinéaste lui a permis d’assouvir cette passion et de travailler avec ou pour les plus grands artistes. Il a réalisé le clip de « Bad » avec Michael Jackson, une comédie musicale, New York, New York ainsi que The Act, un musical destiné à Broadway. Martin Scorsese a surtout travaillé avec ou pour Elvis Presley, George Harrison et les Beatles, Bob Dylan, Jimi Hendrix, les Rolling Stones, The Band, The Clash, U2, Michael Jackson et David Bowie. Le livre évoque la relation de Martin Scorsese à chacun de ces artistes.
Film après film, par grandes thématiques (Woodstock, le punk, Little Italy, la comédie musicale, sa relation avec Robbie Robertson, le blues …), l’ouvrage raconte comment Scorsese utilise ses chansons favorites, comment il conçoit ses scènes autour de la musique. Les bandes-son sont décortiquées pour démontrer que la musique constitue le tissu même de ses films ainsi qu’une partie indissociable de leur processus. Un focus plus spécifique est mis sur sa relation aux Rolling Stones, dont les morceaux se confondaient avec le mode de vie de Scorsese et ses camarades du Nouvel Hollywood à l’aube des seventies, ainsi que sur sa vision de Bob Dylan en tant qu’artiste, dont Scorsese transforme l’ascension irrémédiable en récit épique, racontant comment cet artiste d’exception, porté au pinacle, puis rejeté, parvient ensuite à se relever et à tracer à nouveau sa route.
Cette analyse détaillée permet à l’amateur des films de Scorsese de découvrir une facette essentielle dans la construction de l’œuvre du réalisateur new-yorkais et comprendre pourquoi la mention qui figure au début de The Last Waltz « This film should be played loud » peut s’appliquer à l’ensemble du cinéma de Martin Scorsese.