Postures décoloniales africaines : politiques, discours et représentations / African Decolonial Perspectives: Politics, Discourse and Representations Virtual (en ligne)
English version below
Appel à communications
Postures décoloniales africaines : politiques, discours et représentations
Colloque en ligne, les 13-14-15 mai 2027
Laude Ngadi Maïssa (Institut de Recherche en Sciences humaines, Gabon)
Ibrahima Sene (Université de Bayreuth, Allemagne)
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Les travaux au sujet des pensées décoloniales (Bourguignon Rougier, Colin & Grosfoguel, 2016 ; Colin & Quiroz, 2023) insistent sur une généalogie située en Amérique latine et dans les Caraïbes, notamment autour du collectif de chercheurs qui composent le projet Modernité/Colonialité. Ce courant a contribué à conceptualiser la colonialité comme une face constitutive de la modernité, en montrant que les modèles d’organisation du pouvoir et des savoirs, hérités de la colonisation occidentale, perdurent bien après les indépendances politiques. Le processus décolonial consisterait ainsi à déconnecter les structures de vie et de pensée de cette matrice hégémonique.
Cette généalogie fait toutefois l’objet de plusieurs critiques. Ramón Grosfoguel (2022) conteste le récit qui fait de l’Amérique latine le berceau exclusif des idées décoloniales. De son point de vue, cette narration invisibilise les contributions antérieures d’intellectuels Noirs, qui avaient déjà élaboré des critiques fondamentales de la décolonialité sous d’autres formulations (Grosfoguel, 2022, XIV). Il considère que cette réappropriation théorique s’apparente à une forme d’extractivisme épistémique, c’est-à-dire d’un processus par lequel des savoirs issus de traditions intellectuelles marginalisées sont appropriés, reformulés et intégrés dans un nouveau cadre théorique et géographique sans que leurs auteurs et leurs contextes d’émergence ne soient pleinement reconnus. Mohamed Amer Meziane (2025) invite également à déplacer la généalogie des pensées décoloniales. Il rappelle que « c’est, entre autres, dans les archives des Temps Modernes que se trouve l’un des commencements oubliés de la pensée “décoloniale”, en France et dans les mondes francophones : dans un numéro spécial d’octobre 1977 intitulé “Du Maghreb” ». Selon lui, l’essai d’Abdelkebir Khatibi, intitulé « Le Maghreb comme horizon de pensée », évoque déjà l’existence d’une « génération décoloniale » appelée à prolonger le geste de la libération au-delà de la décolonisation territoriale et de la fondation politique de l’État-Nation. Avant cette date, le militant et universitaire algérien, Mohamed Salih, avait aussi publié un essai précurseur : Décoloniser l’histoire : introduction à l’histoire du Maghreb (1965).
Ce triple constat est le point de départ de cet atelier qui veut analyser les pensées décoloniales du point de vue africain. Nous souhaitons mettre l’accent sur les prises de positions politiques, les productions intellectuelles, artistiques et culturelles, ainsi que sur leurs représentations. L’histoire des résistances sur l’ensemble du continent s’est en effet accompagnée des discours et des œuvres dont le but est de déconstruire et de démanteler les structures socio-politiques et mentales hérités du colonialisme.
Le Maghreb a constitué l’un des principaux foyers de développement des pensées anticoloniales et, rétrospectivement, de ce que l’on désigne aujourd'hui comme les pensées décoloniales. La guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) représente à cet égard un moment important. C’est dans le sillage de cette contestation politique que Frantz Fanon souligne, dans Les Damnés de la Terre (1961), qu’« on ne se décolonise pas avec des rites pacifiques ». La pensée de celui-ci se rapporte ainsi à la libération contre l’assimilation culturelle et identitaire forcée, les structures coloniales, la déshumanisation et la construction des sociétés futurs. Les travaux d’Albert Memmi, notamment Portrait du colonisé, portrait du colonisateur (1957), sont fondamentaux pour comprendre la relation aliénante entre l’opprimé et le colon oppresseur.
Dans l’espace subsaharien, la pensée décoloniale s’est d’abord construite autour des congrès panafricains (anti-colonialiste et anti-impérialiste), particulièrement dans les résolutions de ces moments clés des luttes intellectuelles et politiques pour l’émancipation des peuples. Dans le Manifeste Afro-décolonial (2024), Norman Ajari réhabilite, tout en les actualisant, les idées décoloniales du « rêve oublié de la politique radicale noire » en reprenant les idées des penseurs de la Négritude et des nationalistes noirs. Le Manifeste sur la Terre et le Capital (1919), issu du premier Congrès Panafricain (Paris, 1919), pose les bases de l’autodétermination économique et territoriale des peuples africains. Les différents congrès font émerger l’idée de la « renaissance africaine » actée par l’obtention d’une indépendance sans concession et panafricaine comme le revendiquent, de manière assumée, Kwame Nkrumah et Jomo Kenyatta. Les participants à ces différents échanges insistaient déjà sur la nécessité de décoloniser non seulement les institutions politiques et économiques, mais également les savoirs, les imaginaires imposés par les dynamiques coloniales, et donc la domination hégémonique occidentale. La déclaration adoptée à Manchester en 1945 résume cette ambition en affirmant : « Nous ne voulons pas être affamés au nom de la liberté, ni colonisés au nom de la richesse. Nous affirmons le droit de tous les peuples coloniaux à contrôler leur propre destin ». Aussi, les postures décoloniales, bien que distinctes, semblent connectées avec les diverses entreprises en rapport avec la décolonisation (voir Béji H., Désenchantement national : essai sur la décolonisation (1982) & Nous, décolonisés (2008) ; Mbembe A., Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée (2012) ; Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, Epistemic Freedom in Africa: Deprovincialization and Decolonization (2018) ; le numéro 5 de la revue African Social Research, 2024). Ces dynamiques ont ainsi rythmé les politiques culturelles et identitaires révolutionnaires après les indépendances. Plusieurs dirigeants et leaders du continent considèrent qu’il faut démythifier les modèles de réussites occidentales et proposer des systèmes endogènes. Les exemples emblématiques sont multiples. Thomas Sankara affirme ainsi qu’« [i]l nous faut travailler à décoloniser les mentalités, et réaliser le bonheur à la limite des sacrifices auxquels nous devons consentir. Il faut travailler à reconditionner notre peuple à s’accepter tel qu’il est, à ne pas avoir honte des réalités qu’il connaît, à s’en contenter et même à s’en glorifier » (dans Ziegler & Rapp, 1986). Cette démarche radicale de reconstruction d’une fierté africaine, qui inclut également la décision de changer le nom du pays Haute Volta en Burkina Faso et les aspects culturels comme le port du Faso Dan Fani, tenue vestimentaire conçue à partir du pagne traditionnel tissé dans le pays, est une manière de réfuter les modèles impérialistes.
Au Zaïre, le Président Mobutu Sese Seko développe quant à lui la « politique de l’authenticité », présentée comme un projet de réappropriation des valeurs culturelles africaines. Tout en modifiant le nom de Congo, en supprimant les prénoms coloniaux et en imposant l’abacost (abréviation de « à bas le costume ») comme la tenue vestimentaire nationale, la pensée décoloniale se construit par le rejet du colonialisme, c’est-à-dire par une politique du retour au monde « authentique », bantou, africain. Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies en 1973, il déclare que « le recours à l’authenticité bannit le colonialisme, le néo-colonialisme et l’impérialisme. […] Le recours à l’authenticité est non seulement une connaissance approfondie de sa propre culture, mais aussi un respect du patrimoine culturel d’autrui ». Cette politique est par ailleurs au cœur de la polémique de Lubumbashi qui a opposé Georges Ngal et Valentin-Yves Mudimbe. Giambatista Viko ou le viol du discours africain (1975) de Ngal et The Invention of Africa : Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge (1988) de Mudimbe se présentent comme des œuvres avant-gardistes africaines. Ce dernier écrit par exemple dans son roman L’Écart (1972) qu’il faut « repartir à zéro, reconstruire du tout au tout l’univers de ces peuples : décoloniser les connaissances établies sur eux, une interprétation plus attentive au milieu et à sa véritable histoire ».
Cette approche euristique et culturaliste de la connaissance repositionne le point de vue à partir de l’Afrique et contribue à décentrer les regards et les visions du monde. A ce titre, l’écrivain et cinéaste Sembène Ousmane est formel à propos de la centralité du continent face à l’hégémonie occidentale : « Non mais mettons bien ça dans la tête. Moi l’Europe n’est pas mon centre. L’Europe est une périphérie de l’Afrique » (dans Boughedir 1983). Paradoxalement, plusieurs décennies plus tard, les écrivains africains du mouvement de la littérature-monde se positionnent en faveur d’un décentrement focalisé à partir de la France. Nimrod (2008) sous-titre son manifeste « Pour une littérature décolonisée ». Dans le même ordre, la notion de postfrancophonie impliquerait de « décoloniser » les politiques francophones (Mihaud 2006).
Les postures décoloniales semblent donc articuler une tension entre perspectives afrocentriques et eurocentriques. Elles mettent par ailleurs en exergue une forme de résistance face à la perte de la matière identitaire des peuples anciennement colonisés, ainsi qu’une forme d’affirmation de la fierté et de conservation de l’héritage patrimoniale, donc des structures de pensée et de création. Boubacar Boris Diop, à travers son concept de « Wolophonie », défend ainsi l’écriture et la création en wolof comme un acte d’émancipation intellectuelle face à l’hégémonie des langues coloniales. De son côté, dans Decolonising the Mind : The Politics of Language in African Literature (1986), Ngũgĩ wa Thiong’o fait de la langue un enjeu central de la décolonialité en affirmant que « la langue est le vecteur de la culture. Écrire dans notre propre langue est le premier acte de décolonisation de l’esprit ». Ces thèses peuvent être associées aux travaux qui visent la reconnaissance des savoirs traditionnels et ancestraux (Ndlovu 2014 ; Kariuki, Nguyen & Namutebi 2026), manifestée par les initiatives comme le Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032) coordonnées par l’UNESCO.
La dynamique décoloniale s’affirme aussi d’une part contre la déculturation et l’ethnocentrisme (néo)colonial comme le défendent Patrick L. O. Lumumba dans Mhhh Afrika ! (2003) et Théophile Obenga dans Appel à la jeunesse africaine (2007). Les écrits et les actions des militants tel Steve Biko (1987), avec le concept de « Conscience noir » développé entre 1969 et 1977 (Magaziner, 2010), offrent également des « méditations décoloniales » (Sithole, 2016). D’autre part, la pensée décoloniale s’énonce contre la dés-éducation, notamment dans un contexte où les curricula, les programmes scolaires et universitaires africains sont encore majoritairement dictés par l’Occident. Dans ce cadre, la décolonisation des programmes est revendiquée par les étudiants sud-africains en octobre 2015, et actée par le ministère de l’enseignement en 2016 (Booysen, 2016). Les projets comme celui des Ateliers de la Pensée, autour d’Achille Mbembe et Felwine Sarr (2017), constituent des points focaux de réflexions et d’émergence des pensées décoloniales à partir desquels l’Afrique est invitée à se pensée par elle-même. Dans l’ensemble, l’orientation principale porte sur les modes, les mécanismes et les canaux de décolonisation des études et des humanités africaines (Ze Belinga,2018 ; Falola, 2023 ; Kalidou Ba, 2024). Dans ce fait, le paradigme décolonial se situe dans l’ordre d’un Devoir de Violence (1968), pour reprendre le titre de l’écrivain malien Yambo Ouologuem. Ce devoir s’affirme de plus en plus par des logiques de réécritures ou de révisions de l’histoire, y compris en rebaptisant les lieux publics afin de montrer une sorte de résistance contre les structures institutionnelles (post)coloniales. Les activistes et féministes Laura Nsengiyumva et Anne Wetsi Mpoma (2019) soulignent ainsi que « le combat décolonial se passe en dehors de l'institution ». Les initiatives comme le programme de décolonisation des arts et des musées (Cukierman, Dambury, Vergès & 2018 ; Vergès, 2023), les thèses en faveur d’un « féminisme décolonial » (Vergès,2019), les approches au sujet des décolonialités des liens écologiques (Karmakar, G. & Byrne, D. C. 2026) ou des rapports à l’humanité (Steyn, M. & Mpofu, W. (2021), dont le concept de « Ubuntu » paraît fédérateur, introduisent des nouvelles perspectives de réflexion pour les politiques de réparation, les arts poétiques contemporains, ainsi que la relation entre « universalisme et pensée décoloniale » (Bachir Diagne et Amselle, 2018).
Cet atelier formule donc l’ambition de retracer les trajectoires des pensées décoloniales en Afrique à partir des prises de position des acteurs culturels, politiques, intellectuels et artistiques. Il s’agira d’interroger les principaux enjeux et impacts des idées et des actions avancées. Une attention particulière sera portée aux débats, aux tensions et aux contradictions qui traversent celles-ci.
Les propositions pourront entre autres porter sur les thèmes suivants :
• épistémès africaines hors du colonialisme et des paradigmes post/coloniaux
• généalogies africaines des pensées décoloniales ;
• politiques culturelles, linguistiques et éducatives decoloniales ;
• figures intellectuelles, artistiques et politiques des pensées décoloniales ;
• modes, créations artistiques et (re)présentations décoloniales ;
• langues africaines, pratiques de traduction et enjeux de souveraineté épistémique ;
• rapports entre panafricanisme, afrocentrisme, décolonialité et postcolonialisme ;
• pensées décoloniales et études de genre ;
• pensés décoloniales, écologies environnementales et humaines ;
• pensées décoloniales et savoirs autochtones ;
• réparation et décolonialité des espaces publics.
Nous invitions les artistes, écrivains, chercheurs, universitaires et journalistes à proposer des contributions, des témoignages, des performances ou des créations littéraires et artistiques relatifs à tous les aspects susceptibles d’enrichir les discussions.
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Modalités de soumission :
Les propositions de communication (300 mots maximum), accompagnées d’une courte notice biographique (100 mots), sont à envoyer avant le 15 novembre 2026 à laudengadi@gmail.com , ibrahima.sene@uni-bayreuth.de
Réponse : 15 décembre 2026
Rencontre sur Zoom : 13-14-15 mai 2027 entre 14h30 et 17h30 (Allemagne)
Langues acceptées : français et anglais.
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African Decolonial Perspectives: Politics, Discourse and Representations Virtual
Research on decolonial thought (Bourguignon Rougier, Colin & Grosfoguel, 2016; Colin & Quiroz, 2023) emphasizes a genealogy rooted in Latin America and the Caribbean, particularly around the group of researchers involved in the Modernity/Coloniality project. This intellectual current has contributed to conceptualizing coloniality as a constitutive aspect of modernity, demonstrating that models of power and knowledge organization – inherited from Western colonialism – persist long after political independence. From this perspective, the decolonial process would entail disconnecting structures of life and thought from this hegemonic matrix.
This genealogy has nevertheless been subject of several criticisms. Ramón Grosfoguel (2022) challenges the narrative that presents Latin America as the exclusive birthplace of decolonial ideas. In his view, this narrative erases the earlier contributions of Black intellectuals, who had already developed fundamental critiques of decoloniality under different formulations (Grosfoguel, 2022, XIV). He argues that this theoretical reappropriation amount to a form of epistemic extractivism – that is, a process through which forms of knowledge derived from marginalized intellectual traditions are appropriated, reformulated, and integrated into a new theoretical and geographical framework without fully acknowledging its authors and the contexts in which it emerged. Mohamed Amer Meziane (2025) also calls for a rethinking of the genealogy of decolonial thought. He points out that “it is, among other places, in the archives of Les Temps Modernes that one of the forgotten beginnings of ‘decolonial’ thought in France and the Francophone world can be found: in a special issue from October 1977 titled “Du Maghreb”. According to Meziane, Abdelkebir Khatibi’s essay, titled “Le Maghreb comme horizon de pensées”, already refers to the existence of a “decolonial generation” called upon to extend the project of liberation beyond territorial decolonization and the political foundation of the nation-state. Before this, the Algerian activist and academic, Mohamed Salih, had also published a groundbreaking essay: Décoloniser l’histoire : introduction à l’histoire du Maghreb (1965).
This threefold observation serves as the starting point for this workshop, which seeks to analyze decolonial thought from an African perspective. We wish to focus on political positions and interventions, as well as intellectual, artistic, and cultural productions, and the way in which they are represented. Indeed, the history of resistance across the continent has been accompanied by discourses and creative works aimed at deconstructing and dismantling the socio-political and mental structures inherited from colonialism.
The Maghreb has been one of the main centers for the development of anticolonial thought and, retrospectively, of what is now referred to as decolonial thought. The Algerian War of Independence (1954–1962) represents a significant moment in this regard. In the wake of this political struggle, Frantz Fanon emphasized in The Wretched of the Earth (1961), that “decolonization cannot be achieved through peaceful rituals”. His thought is thus concerned with liberation from forced cultural and identity assimilation, colonial structures, dehumanization, as well as with the construction of future societies. The work of Albert Memmi, notably The Colonizer and the Colonized (1957), is fundamental to understanding the alienating relationship between the oppressed and the oppressive colonizer.
In sub-Saharan Africa, decolonial thought first took shape around the Pan-African Congresses (anti-colonialist and anti-imperialist), particularly in the resolutions adopted during these key moments in the intellectual and political struggles for the emancipation of peoples. In Manifeste Afro-decolonial (2024), Norman Ajari revives and updates the decolonial ideas of the ‘forgotten dream of radical Black politics’ by drawing on the ideas of Negritude thinkers and Black nationalists. The Manifesto on Land and Capital (1919), issued by the First Pan-African Congress (Paris, 1919), laid the foundations for the economic and territorial self-determination of African peoples. The various congresses contributed to the emergence of the idea of the “African Renaissance”, grounded in the pursuit of uncompromising independence and pan-African solidarity, as Kwame Nkrumah and Jomo Kenyatta explicitly advocated. Participants in these various discussions were already emphasizing the need to decolonize not only political and economic institutions, but also the knowledge and mental frameworks imposed by colonial dynamics, and thus Western hegemonic domination. The declaration adopted in Manchester in 1945 summarizes this ambition by stating: “We do not want to be starved in the name of freedom, nor colonized in the name of wealth. We affirm the right of all colonial peoples to control their own destiny”. Furthermore, decolonial perspectives, while distinct, appear to be connected to various initiatives in support of decolonization (see Béji H., Désenchantement national: essai sur la décolonisation (1982) & Nous, décolonisés (2008); Mbembe A., Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée (2012) ; Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni, Epistemic Freedom in Africa: Deprovincialization and Decolonization (2018); Issue 5 of the journal African Social Research, 2024).
These dynamics continued to shape revolutionary cultural and identity policies in the post-independence period. Several leaders and political figures across the continent argued for the demystification of Western models of success and for the development of endogenous systems. Thomas Sankara then asserted that: “we must work to decolonize our mindsets and achieve happiness within the limits of the sacrifices we must make. We must work to reeducate our people to accept themselves as they are, to feel no shame about the realities they face, to be content with them, and even to take pride in them” (in Ziegler & Rapp, 1986). This radical approach to rebuilding African pride – which also includes the decision to change the name of the country from Haute Volta to Burkina Faso, and cultural aspects such as the wearing of the Faso Dan Fani, an outfit made from traditional cloth woven in the country – is a way to combat the imperialist model.
In Zaïre, President Mobutu Sese Seko, for his part, developed the concept of “authenticity”, presented as a project to reclaim African cultural values. By changing the name of the Congo, abolishing colonial first names, and mandating the abacost (an abbreviation of à bas le costume, “down with the suit”) as the national dress, decolonial thought was shaped by the rejection of colonialism – that is, by a policy of returning to the “authentic,” Bantu, African world. In his speech before the United Nations General Assembly in 1973, he declared that “the pursuit of authenticity banishes colonialism, neocolonialism, and imperialism. […] The pursuit of authenticity is not only a deep understanding of one’s own culture but also respect for the cultural heritage of others”. This policy is also at the heart of the Lubumbashi controversy, which pitted Georges Ngal against Valentin-Yves Mudimbe. Ngal’s Giambatista Viko ou le viol du discours africain (1975) and Mudimbe’s The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge (1988) may be regarded as avant-garde African works. Mudimbe, for example, writes in his novel L’Écart (1972) that it is necessary to “start from scratch, to completely rebuild the world of these peoples: to decolonize the established knowledge about them, and to offer an interpretation that pays closer attention to their environment and their true history”.
This heuristic and culturalist approach to knowledge repositions the point of view from Africa and contributes to decenter dominant perspectives and worldviews. In this regard, the writer and filmmaker Sembène Ousmane is unequivocal about the continent’s centrality in the face of Western hegemony: “No, but let’s get this straight. For me, Europe is not my center. Europe is on the periphery of Africa” (in Boughedir 1983). Paradoxically, several decades later, African writers of the world literature movement advocate for a decentering focused on France. Nimrod (2008) subtitles his manifesto “Pour une littérature décolonisée (Toward a Decolonized Literature)”. Along the similar lines, the concept of post-Francophonie would imply “decolonizing” Francophone policies (Mihaud 2006).
Decolonial stances therefore seem to articulate a tension between Afrocentric and Eurocentric perspectives. They also highlight a form of resistance to the loss of the identity of formerly colonized peoples, as well as a form of affirmation of pride and preservation of cultural heritage – and thus of structures of thought and creativity. Boubacar Boris Diop, through his concept of ‘Wolophonie’, advocates writing and creative production in Wolof as an act of intellectual emancipation in the face of the hegemony of colonial languages. For his part, in Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature (1986), Ngũgĩ wa Thiong’o makes language a central issue in decolonialization by asserting that “language is the vehicle of culture. Writing in our own language is the first act of decolonising the mind”. These arguments could be part of a movement towards the recognition of traditional, ancestral and indigenous knowledge (Ndlovu 2014; Kariuki, Nguyen & Namutebi 2026), as demonstrated by initiatives like the International Decade of Indigenous Languages (2022-2032), coordinated by UNESCO.
The decolonial movement also stands, on the one hand, against deculturation and (neo)colonial ethnocentrism, as advocated by Patrick L. O. Lumumba in Mhhh Afrika! (2003) and Théophile Obenga in Appel à la jeunesse africaine (2007). The writings and actions of activists such as Steve Biko (1987), with his concept of “Black Consciousness” developed between 1969 and 1977 (Magaziner, 2010), also offer “decolonial meditations” (Sithole, 2016). On the other hand, decolonial thought speaks out against “dis-education”, particularly in a context where African school and university curricula are still largely dictated by the West. In this context, the decolonisation of curricula was demanded by South African students in October 2015 and formalized by the Ministry of Education in 2016 (Booysen, 2016). Initiatives such as the Ateliers de la Pensée, centered on Achille Mbembe and Felwine Sarr (2017), serve as focal points for reflection and the emergence of decolonial thought, from which Africa is called upon to think itself on its own terms. Overall, the focus is on the approaches, mechanisms and channels for the decolonisation of African studies (Ze Belinga, 2018 ; Falola, 2023 ; Kalidou Ba, 2024). In this context, the decolonial paradigm may be understood in terms of a Le Devoir de violence (“A Duty to Violence”; 1968), to borrow the title of the Malian writer Yambo Ouologuem’s novel. This imperative is increasingly expressed through practices of rewriting and revising history, including the renaming of public spaces as a form of resistance against (post-)colonial institutional structures. Activists and feminists Laura Nsengiyumva and Anne Wetsi Mpoma (2019) thus emphasize that “the decolonial struggle takes place outside the institution”. Initiatives such as the decolonization of the arts and museums (Cukierman, Dambury, Vergès & 2018; Vergès, 2023), theories in defense of “decolonial feminism” (Vergès, 2019), approaches to the decolonial nature of ecological connections (Karmakar, G. & Byrne, D. C. 2026) or relationships with humanity (Steyn, M. & Mpofu, W. (2021) – whose concept of “Ubuntu” appears to be unifying – open up new way for thinking about reparations policies, contemporary poetic arts, and the relationship between “universalism and decolonial thought” (Bachir Diagne & Amselle, 2018).
This workshop therefore aims to trace the development of decolonial thought in Africa, through positions and interventions of cultural, political, intellectual and artistic figures. It will examine the key issues and impacts of the ideas and actions advanced in the name of decolonization, while paying particular attention to the debates, tensions and contradictions that run through them.
Proposals may address, but are not limited to, the following themes:
• African epistemes beyond colonialism and post/colonial paradigms
• African genealogies of decolonial thought;
• decolonial cultural, linguistic and educational policies;
• intellectual, artistic and political figures in decolonial thought;
• decolonial modes, artistic creations and (re)presentations;
• African languages, translation practices and issues of epistemic sovereignty;
• the relationships between Pan-Africanism, Afrocentrism, decoloniality and postcolonialism;
• decolonial thought and gender studies;
• decolonial thought, environmental and human ecologies;
• decolonial thought and Indigenous knowledge;
• reparations and the decolonialization of public spaces.
We invite artists, writers, researchers and academics to submit papers, personal accounts, performances or literary and artistic works relating to any aspect that may contribute to and enrich the discussions.
Submission guidelines:
Proposals for papers (maximum 300 words), with a short biographical note (100 words), should be sent before 15 November 2026 to laudengadi@gmail.com">laudengadi@gmail.com and ibrahima.sene@uni-bayreuth.de">ibrahima.sene@uni-bayreuth.de
Feedback: 15 December 2026
Zoom meeting: 13–14–15 May 2027 between 2.30 pm and 5.30 pm (Germany)
Accepted languages: French and English—
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Bibliographie indicative
African Social Research, n°5 (Decoloniality and Decolonization in Africa). Disponible sur: https://www.pasiri.org/asr-5
Ajari, N. (2024). Le Manifeste afro-décolonial. Le rêve oublié de la politique radicale noire. Paris : Éd. Le Seuil.
Bachir Diagne, S. & Amselle, J.L. (2018). En quête d’Afrique(s) : universalisme et pensée décoloniale. Paris: Albin Michel.
Béji, H. (1982), Désenchantement national : essai sur la décolonisation. Paris : Maspéro.
Béji, H. (2008), Nous, décolonisés. Paris : Arléa.
Biko, S. (1987). Stubbs, A. (ed.). I Write What I Like: A Selection of His Writings. London: Heinemann.
Booysen, S. ed. (2016). Fees Must Fall: Student Revolt, Decolonisation and Governance in South Africa. Johannesburg: Wits University Press.
Boughedir, F. (réal.), (1983). Caméra d’Afrique. Férid Boughedir/La SATPEC (prod.).
Bourguignon Rougier, Cl. Colin, Ph. & Grosfoguel, R., dir. (2016). Penser l’envers obscur de la modernité. Une anthologie de la pensée décoloniale latino-américaine. Limoges : Presses Universitaires de Limoges.
Colin, Ph. & Quiroz, L. (2023). Pensées décoloniales. Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine. Paris: La Découverte.
Falola, T. (2023). Decolonizing African Studies. Knowledge, Production, Agency and Voice. New York: Boydell and Brower.
Grosfoguel, R. (2022). « The global contributions of Black decolonial Marxism – a foreword », in: Ndlovu-Gatsheni, S. J. & Ndlovu, M. ed. Marxism and Decolonization in the 21st Century: Living Theories and True Ideas. New-York: Routledge, xiii-xxiii.
Kalidou Ba, M. (2024). Décoloniser la critique littéraire africaine. Paris : Lettres de Renaissances.
Kariuki, N. W., Nguyen, M. J., & Namutebi, A. G. (2026). « Postcolonial theory, indigenous knowledge systems, and epistemological sovereignty in East Africa: Theoretical frameworks, knowledge legitimacy, and the decolonial turn in Kenya, Tanzania, and Uganda ». Global Journal of History and Theories GJHT, vol. 1, n°1. 37-52. Disponible sur: https://doi.org/10.69480/GJHT.1.1.2026.02
Karmakar, G. & Byrne, D. C. ed. (2026). Ecology, decoloniality, and African Literature. New-York: Routledge.
Leïla Cukierman, L., Dambury, G. & Vergès, F., dir. (2018). Décolonisons les arts ! Paris : L’Arche.
Lumumba, P.L.O. (2003). Mhhh Afrika ! Nairobi: P.L.O. Lumumba Foundation Publication.
Magaziner, D. (2010). The Law and the Prophets: Black Consciousness in South Africa, 1968–1977. Athens: Ohio University Press.
Mbembe, A. (2012). Sortir de la grande nuit : essai sur l’Afrique décolonisée. Paris : La Découverte.
Mbembe, A. & Sarr, F., dir. (2017), Écrire l’Afrique-Monde. Dakar/Paris : Philippe Rey/Jimsaan.
Meziane, M. A. (2025), « Désimpérialiser la métaphysique (1) : en-deçà et au-delà du tournant décolonial », Les Temps qui restent, n°7, Automne (octobre-décembre). Disponible sur : https://lestempsquirestent.org/fr/numeros/numero-7/desimperialiser-la-metaphysique-1-en-deca-et-au-dela-du-tournant-decolonial
Milhaud, O. (2006). « Post-francophonie », Espaces Temps.net. [En ligne]. Association Espaces Temps.net, 2006. Disponible sur : http://www.espacestemps.net/articles/post-francophonie/ .
Mudimbe, V.-Y. (1972). L’Écart. Paris : Présence Africaine.
Mudimbe, V.-Y. (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Bloomington/Indianapolis : Indiana University Press.
Ndlovu, M. (2014). « Why indigenous knowledges in the 21st century? A decolonial turn. Y&T, n°11, 84-98. Disponible sur:
http://www.scielo.org.za/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S2223-03862014000100006&lng=en&nrm=iso
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