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Croire en la littérature : Dire, traduire et représenter les lesbianités (XIXe-XXIe s.). Séminaire des doctorant·es du CERC x THALIM 2026-2027 (Sorbonne Nouvelle)

Croire en la littérature : Dire, traduire et représenter les lesbianités (XIXe-XXIe s.). Séminaire des doctorant·es du CERC x THALIM 2026-2027 (Sorbonne Nouvelle)

Publié le par Marc Escola (Source : Julie Oliveira da Silva)

Croire en la littérature

Dire, traduire et représenter les lesbianités (XIXe-XXIe siècles)

Séminaire des doctorant·es du CERC x THALIM 2026-2027 (Sorbonne Nouvelle)

Dans son texte « Croire en la littérature », publié au sein de son recueil Peau. À propos de sexe, de classe et de littérature, Dorothy Allison – autrice féministe, lesbienne, fem, survivante d’inceste et issue de la classe ouvrière étatsunienne – attribue un rôle précis à la littérature, celui de « pousser les gens à changer leurs idées sur le monde et [...] à les encourager à changer ce monde afin de le rendre plus juste et plus humain » (Allison, 1994 ; 2015). Ce faisant, elle assigne la littérature non plus seulement à une fonction esthétique, mais à un pouvoir social et éminemment politique.

En empruntant le titre de son texte à l’autrice, le séminaire doctoral croisé CERC/THALIM pour l’année 2026/2027 s’inscrit dans cette lignée. Envisagé autour de la thématique des lesbianités du XIXe au XXIe siècles et dans une démarche comparatiste, ce séminaire vise à mettre en avant la diversité des productions qui composent les littératures lesbiennes. Pour ce faire, il s’ouvre à l’analyse de textes de toutes les aires géographiques, qu’il s’agisse de prose, de poésie ou de productions iconographiques.

Dans l’analyse des œuvres et des trajectoires proposées, les intervenant·es sont invité·es, d’une part, à adopter un regard critique autour des enjeux de race, de classe, de genre ou encore de handicap et, d’autre part, à revenir sur la définition de « lesbienne » ou « saphique », dans la mesure où ces termes sont chargés d’histoire et peuvent parfois apparaître anachroniques selon les époques étudiées.

Le séminaire s’inscrit dans la continuité de travaux et d’initiatives ayant contribué à documenter, archiver et analyser les écritures et cultures lesbiennes telles que le collectif/ressource Philomel, le séminaire doctoral La littérature à l’oblique ou encore l’ouvrage Écrire à l’encre violette. Il dialogue également avec le développement des études visuelles lesbiennes, notamment autour de projets tels que le groupe de recherche Cultures et Images Lesbiennes. Dans cette perspective, l’approche comparatiste permet de croiser les corpus, les langues, les médiums et les contextes de production et de réception, afin d’interroger les conditions d’existence, de circulation et de (re)visibilisation des œuvres.

Les séances du séminaire seront organisées à partir d’axes de recherche tels que :

✤ Intermédialité

Une approche comparatiste des lesbianités invite d’abord à penser l’intermédialité. La littérature, bien qu’aujourd’hui majoritairement diffusée par l’écrit, demeure liée aux études visuelles et à des formes orales. Le rapport à l’image, que celle-ci illustre, complète ou interagisse avec le texte, mérite donc d’être interrogé. À l’inverse, les représentations photographiques ou cinématographiques puisent souvent dans des références littéraires en recourant à certains codes ou en y faisant allusion de manière implicite.

Par ailleurs, des genres comme le théâtre ou la poésie permettent d’envisager le texte dans sa dimension performative et collective. On pourra ainsi s’intéresser aux écritures scéniques et aux expérimentations dramatiques, mais aussi aux pratiques contemporaines de lecture et de poésie performée dans des scènes queerféministes. Ces objets invitent à interroger la voix, le corps, l’adresse au public, ainsi que les modalités de circulation des textes (captations, fanzines, éditions militantes, réseaux numériques, etc.).

✤ Spatialités lesbiennes

Comment expliquer et interroger l’absence de lieux spécifiquement lesbiens ou leur limitation à des groupes sociaux précis, à des époques très brèves ? Quels espaces contraignent, dissimulent ou transforment les existences et les récits lesbiens ? Comment les espaces représentés dans les textes participent-ils à la construction des subjectivités, des affects et des rapports de pouvoir ? En quoi la littérature participe de la construction de communautés politiques, utopiques, amoureuses et d’espaces hétérotopiques ?

Il s’agira d'explorer les spatialités lesbiennes en littérature, en croisant approches poétiques, politiques et théoriques issues des études de genre. Interroger les espaces lesbiens c’est aussi analyser la manière donc les textes et les lieux se façonnent mutuellement en même temps qu’ils transforment l’expérience du genre et/ou de la sexualité en créant des espaces d’appartenance, de fuite, de marginalité, d’invention de soi et du groupe. De nombreux travaux sont dédiés à la cartographie lesbienne et aux réseaux parisiens (Albert, 2005 ; 2006). Cet axe se voudra l’occasion d’aller au-delà de la topique du Paris-Lesbos, en explorant davantage d’autres capitales littéraires, en favorisant également la décentralisation des corpus, afin de mieux diversifier cette « République des Lettres » lesbienne.

Explorer les spatialités lesbiennes, c’est donc interroger la manière dont les textes articulent territoire, corps et politique. C’est aussi reconnaître que les luttes pour la visibilité et la reconnaissance passent par la conquête, réelle ou symbolique, d’espaces où exister. Les écritures lesbiennes apparaissent alors comme des pratiques de cartographie critique, traçant les contours de mondes possibles au sein ou à la marge de ceux qui existent déjà.

✤ Traduire et dire les expériences lesbiennes

Pourront également être abordées la question de la traduction des littératures lesbiennes et, plus largement, leurs circulations et les conséquences poétiques et politiques de ces déplacements. La traduction peut, selon les contextes, rendre dicibles des expériences longtemps restées implicites, ou au contraire, reconduire des euphémisations (par exemple lorsqu’un vocabulaire de l’amour entre femmes est neutralisé par des choix lexicaux, paratextuels ou éditoriaux). La traduction de tout texte nécessite des conditions éditoriales et matérielles favorisant la visibilité. Évoquer les trajectoires de maisons d’édition donnant accès aux textes lesbiens peut dès lors être une piste intéressante. À l’inverse, certaines retraductions contemporaines peuvent constituer des gestes de réappropriation, en restituant des ambiguïtés, des sous-entendus ou des catégories d’identification propres à une époque, une langue ou une communauté.

La circulation des textes peut se faire entre espaces géographiques distincts mais aussi entre époques diverses. Il pourra être intéressant de se pencher sur les relectures contemporaines de textes antérieurement invisibilisés. En outre, la circulation de textes traduits s’inscrit souvent dans une dynamique d’engagement politique et militant. C’est ce dont témoigne, par exemple, le travail de Noémie Grunenwald selon laquelle « Traduire en féministe/s, c’est corriger l’absence des textes. S’engager pour leur publication. S’engager plus souvent comme militante que comme professionnelle du livre. » (Grunenwald, 2021 ; 2024). Une telle posture devient cruciale pour la (re)visibilisation d’autrices lesbiennes au-delà des frontières.

Au-delà des textes, c’est également la traduction des images qui soulève des défis spécifiques. Les approches comparatistes, en particulier en littérature jeunesse, ont montré que les codes visuels, y compris de lesbianités, n’ont pas de portée universelle (Foucault, 2010). Dès lors, comment restituer la portée sémantique originale des images lorsqu’elles sont transposées dans un nouveau contexte culturel ?

✤ Représentations lesbiennes

Les expériences lesbiennes peuvent aussi être abordées sous l’angle de la représentation. La lesbienne comme personnage de la littérature française a bien été étudiée notamment par Jennifer Waelti-Walters (2000) mais une telle étude portée sur d’autres aires géographiques serait extrêmement enrichissante. Identifier des motifs récurrents, des caractéristiques novatrices ou stéréotypiques, des tendances et des ruptures permettra d’affiner notre connaissance des représentations lesbiennes.

Cet axe peut aussi englober la question de la narration. Quelle voix prend en charge le récit des existences lesbiennes ? Qui est autorisé·e à parler ? La voix et le regard (male, female ou feminist gaze) pourront ouvrir des perspectives novatrices. Des approches narratologiques concernant notamment le point de vue ou la focalisation permettraient d’interroger des processus de silenciation, d’(in)visibilisation ou d’autodétermination de la part des différentes instances narratives, qu’elles soient textuelles et/ou iconiques (Boulaire, 2012).

Modalités de soumission et format

Les doctorant·es et jeunes chercheureuses sont invité·es à proposer une communication s’inscrivant dans l’un des axes ci-dessus, ou à partir d’un corpus/cas d’étude comparatiste permettant d’en développer les enjeux.

Les propositions (300-400 mots maximum) préciseront le titre, le corpus (textuel ou iconographique), le cadre théorique et méthodologique, et présenteront brièvement l’objet de la communication. Merci d’ajouter une courte notice bio-bibliographique (4-5 lignes).

Les propositions sont à envoyer à doctorant.e.s.cerc@gmail.com en plaçant les adresses suivantes en copie : julie.silva.1@sorbonne-nouvelle.fr, laetitia.chanoz@sorbonne-nouvelle.fr et ameline.bellancourt@sorbonne-nouvelle.fr. Le courriel devra impérativement indiquer « Séminaire doctoral CERC/THALIM 2026-2027 » en objet. Le document, à envoyer uniquement en format .DOCX, doit être intitulé comme suit : NOM_Titre.docx (ex : DUMONT_Lesbianités-contemporaines.docx). Les réponses aux propositions seront envoyées à la mi-novembre 2026.

Les communications, en français, durent environ 20-25 minutes, et seront suivies d’un échange. Elles pourront ensuite faire l’objet d’une publication dans la revue électronique de littérature générale et comparée TRANS-, labélisée Presses de la Sorbonne Nouvelle (PSN), après relecture.

Le séminaire doctoral croisé CERC/THALIM se déroulera au cours de l’année universitaire 2026-2027 (Maison de la Recherche 4, rue des Irlandais 75005 Paris). Les salles seront précisées sur le programme, qui sera disponible sur le site de l’ED 120.

Échéances

Envoi des propositions avant le 9 octobre 2026 ;

Réponse du comité d’organisation le 6 novembre 2026 ;

Séances du séminaire un mardi après-midi par mois (dates et horaires à préciser) entre décembre 2026 et juin 2027.

Comité d’organisation

Améline Bellancourt (CERC, Université Sorbonne Nouvelle) 
Laetitia Chanoz (THALIM, Université Sorbonne Nouvelle) 
Julie Oliveira da Silva (CERC, Université Sorbonne Nouvelle)

Bibliographie indicative

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ALLISON Dorothy, Peau. À propos de sexe, de classe et de littérature, trad. Nicolas Milon et Camille Olivier, Paris, Cambourakis, coll. « Sorcières », 2015 (édition originale : SKIN : Talking About Sex, Class & Literature, Ithaca, Firebrand Books, 1994).

ANZALDÚA Gloria, MORAGA Cherríe (dir.), Ce pont, mon dos. Voix de femmes de couleurs étatsuniennes radicales, trad. Noémie Bannerot-Polverini, Paris, Cambourakis, coll. « Sorcières », 2026 (édition originale : This Bridge Called My Back: Writings by Radical Women of Color, Watertown, Persephone Press, 1981).

BOULAIRE Cécile, « Les deux narrateurs à l’œuvre dans l’album : tentatives théoriques », dans Viviane Alary, Nelly Chabrol Gagne (dir.), Le parti-pris de l’album ou De la suite dans les images, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2012, p. 21-28. URL : https://hal.science/hal-01165639 

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