Savez-vous parler argot ? C'est dans la littérature que cette langue des malfaiteurs et des gueux a été dévoilée, exposée... et parfois même valorisée. De François Villon à Victor Hugo, la littérature utilise l'argot pour penser les problèmes que les marginaux et les déclassés se posent au corps social. Mais elle a aussi recours à ce langage, aussi fascinant que dangereux, aussi poétique que prosaïque, pour s'enrichir et se diversifier. Claudine Nédelec en fait la démonstration dans Argot et littérature, du Moyen Âge aux Misérables (Le Temps des cerises) : la littérature n'a cessé, tout en rendant compte de la réalité historique et sociale de l'argot et des argotiers, de la réinventer formellement et idéologiquement.
Rappelons au passage l'existence d'une revue vouée à l'étude des argots : Argotica, qui a consacré un sommaire au plurilinguisme de l'argot, ou encore à l'argot carcéral.
Mais c'est encore au cinéma que l'on prend les meilleures leçons d'argot, et pour ne pas passer plus longtemps pour un baltringue, on se plongera fissa dans L'argot du cinéma français (Dunod) de Philippe Lombard, dont on peut lire sur Fabula quelques pages… Et si l'on veut retrouver la mémoire du mot argot lui-même, on se tournera vers un lointain article paru dans Acta fabula : "Les descriptions lexicographiques du mot argot : une longue tradition d’imprécisions", où Florence Courriol rend compte de l'essai de Denis Delaplace, L’Article "Argot" au fil des dictionnaires depuis le XVIIe siècle (Classiques Garnier, 2013).
(Illustr. : Définition du terme morpion dans le Dictionnaire de la langue verte d'Alfred Delvau, 1866)