Dans la constitution du sujet humain, le livre joue un rôle qui n’est pas petit. Parler, raconter, lire – ces verbes jalonnent une compréhension de celui qu’Aristote définissait comme un « vivant doué de logos », en allant de la puissance vers l’exposition. « L’animal à paroles » du poète Francis Ponge semble voué à ne dire que des choses, mais comment pourrait-il prendre leur parti tout en restant absent ? Les travaux de Paul Ricœur nous ont rendus familiers avec l’idée que l’identité personnelle, la réponse à la question « Qui sommes-nous ? », a à voir avec la capacité de raconter et d’abord de se raconter. Mais les livres de littérature que nous ouvrons narrent d’autres histoires que la nôtre, nous ouvrant ainsi à une féconde dimension d’extériorité.
L’occasion de ce dossier aura consisté dans la publication par le pape François d’une Lettre sur le rôle de la littérature pour la formation(2024) – une lettre qu’il faut accueillir comme une chance, celle d’un authentique exercice spirituel où apprendre à voir et à écouter. Entrer par le chemin de la littérature dans le mystère de l’homme, de celui que Moltmann appelait « homo absconditus », demandait de regarder quelques œuvres en particulier (Faulkner, Bernanos, Duras…) et d’y séjourner.