Questions de société
Raphaël Gallien, À en perdre la raison. Folies et colonisation à Madagascar

Raphaël Gallien, À en perdre la raison. Folies et colonisation à Madagascar

Publié le par Marc Escola

À partir des dossiers retrouvés des personnes internées à Anjanamasina (Madagascar), premier asile d'aliénés des colonies françaises, Raphaël Gallien prend au sérieux des paroles jugées délirantes, des gestes incompris, des trajectoires brisées, pour approcher les effets intimes de la colonisation.

À Anjanamasina (Madagascar), premier asile d'aliénés de l'empire colonial français en Afrique, se croisent des instituteurs à la dérive, des travailleurs épuisés, des femmes violentées, des insurgés torturés, des migrants désabusés ou des colons déclassés. Leurs dossiers d'internement tiennent souvent en quelques pages : un semblant de déposition, une appréciation médicale, une photographie, quelques écrits personnels. Autant de fragments qui laissent percer des subjectivités.

Retrouvées en 2019 dans un pavillon désaffecté, ces archives inédites donnent accès à des trajectoires anonymes prises dans les tensions du monde colonial. Elles racontent les violences de la domination, les hiérarchies raciales, la guerre et ses exactions, la misère ou les déplacements forcés. Mais elles révèlent aussi les logiques propres au monde malgache, ses rivalités politiques, ses conflits de générations, ses angoisses et ses espoirs.
En prenant au sérieux paroles et gestes dits " délirants ", ce livre ouvre une fenêtre rare sur l'expérience vécue de la colonisation, saisie depuis des existences réduites à la folie. L'asile devient dès lors un poste d'observation singulier des secousses de la première moitié du XXe siècle et permet d'appréhender comment un ordre colonial s'inscrit progressivement au plus profond des corps, des sensibilités et des imaginaires.

Lire un extrait de l'ouvrage…

On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :

"Une histoire à hauteur de délire", par Philippe Artières…

Avec À en perdre la raison, Raphaël Gallien montre que les archives des institutions asilaires ne nourrissent pas seulement une histoire de la psychiatrie mais constituent également un formidable observatoire pour penser l’histoire de Madagascar, grâce à l’analyse au plus près des délires des colons et des colonisés, qui donne à voir les subjectivités en situation coloniale. L’historien se livre notamment à une passionnante analyse des traces de l’insurrection de 1947.