Georges Sebbag, Aragon Leiris Péret Fraenkel Picasso. Collagistes surréalistes
Dès 1919, les surréalistes ont découpé dans les journaux des titres d’articles ou des fragments de réclames.
Ils ont ainsi conçu des poèmes-collages. Une recherche systématique des sources des découpures a permis de dévoiler les pensées intimes des collagistes, de révéler les préoccupations profondes du groupe surréaliste et d’évoquer le bouillonnement culturel et social de l’époque.
La démonstration en a été faite avec la publication en 2024 de Poisson soluble. Le Manuscrit, où quatorze poèmes-collages d’André Breton ont été passés au crible. Poursuivant cette même démarche, l’ouvrageAragon Leiris Péret Fraenkel Picasso collagistes surréalistesrenouvelle l’approche et la connaissance des cinq collagistes. On y découvre un Louis Aragon assassin du passage des Soupirs, un Michel Leiris mireur de poules, un Benjamin Péret amoureux immodéré et un Théodore Fraenkel face à une tête coupée. Et on apprend que le 14 décembre 1935, Picasso en personne fabrique à son tour trois poèmes-collages tirés du journal Le Journal. Voilà comment nos cinq collagistes surréalistes jettent toutes leurs forces dans une bataille vitale pour la poésie.
Le poème-collage tiré des journaux témoigne de la volonté surréaliste d’affronter la presse et la publicité, les deux médias dominants de l’époque. Comment se mesurer à des reportages, des chroniques ou des faits divers supposés plonger dans la société et refléter la réalité ? Comment rivaliser avec des réclames qui se flattent de sublimer leur objet ? En allant sur le terrain de l’adversaire, les surréalistes tentent de détourner le récit officiel du réel et la fabrique marchande de l’irréel. En opérant des emprunts ici et là dans les journaux, ils rayonnent dans l’espace et le temps, hasardent des alliages de mots, passent d’un gros plan à un horizon lointain, oscillent entre la vie et la mort, convoquent leurs désirs, impriment leurs pensées intimes et s’acheminent vers une révolution de l’esprit.
—
On peut lire sur en-attendant-nadeau.fr un article sur cet ouvrage :
"Les découpeurs surréalistes", par François-René Simon
Au début des années 1920, les surréalistes ont inventé le découpage des journaux pour en faire jaillir des poèmes. Surréaliste dans l’histoire du surréalisme (comme aurait dit Breton), Georges Sebbag dévoile, dans Collagistes surréalistes, ce qui environnait les manchettes de journaux prélevées par Aragon, Leiris, Péret, Fraenkel, plus tardivement Picasso, pour dire ce qui, plus ou moins de biais, guidait leurs ciseaux.