Au-delà des deux solitudes : la transmédiation dans les mondes des BD et comics au Canada (revue Transcr(é)ation)
La bande dessinée, même si elle est dès sa naissance le fait d’un travail largement artisanal, s’est développée dans un contexte industriel, celui des publications de masse. BD et animation diffèrent fondamentalement en bien des aspects (par exemple, voix, bruitage, …) mais la place centrale du dessin dans les deux médiums a souvent créé des ponts (Dutel, dir. 2023). Le développement de ces médiums au Japon en est l’archétype. En effet, la transmédialité d’un manga est souvent conçue dès la création par l’auteurice ou dès sa publication, ce qui n’est pas le cas avec la plupart des productions canadiennes. Avec ce numéro de Transcr(é)ation, le groupe de recherche « Au-delà des 2 solitudes en bande dessinée » pose la question de la place de la transmédialité dans le monde des BD et comics au Canada.
Les questions que nous posons donc dans ce numéro spécial tournent autour de ce concept de transmédialité et de sa pratique. La question est d’autant plus importante qu’elle implique une autre question qui est, sans être celle de la survie, du moins de la « bonne vie » des agents de ce monde bédéique. Comme le montrent de nombreuses études, les bédéistes vivent majoritairement mal de leur production bédéique (Aquatias pour la France, 2023; et Harper pour le Canada, 2015).
En effet, pour vivre mieux et peut-être même pour survivre, au-delà de la vente de leurs produits créatifs et des aides financières publiques diverses, les créateurs et créatrices ont parfois recours à l’adaptation, soit vécue comme une nécessité alimentaire soit comme une passion. Dans cette mesure-là, plus leur BD est adaptable, plus elle a de chance d’être adaptées. Une BD très médiagénique a moins de chance d’être adaptée qu’une BD adaptogénique et, moins encore, qu’une BD conçue pour être adaptée. La notion d’adaptogénie a été développée par le Québécois André Gaudreault en collaboration avec le Belge Philippe Marion. Brièvement, elle caractérise un récit qui peut facilement migrer d’un média à l’autre (Gaudreault et Marion, 2018) et s’oppose à celle de médiagénie, qui met en évidence les spécificités d’un média en jouant avec ce qui tend à le caractériser, comme par exemple la variation des cadres, les onomatopées, les bulles, pour la BD (Groensteen 1999), mais aussi, comme le montre Baetens, les divers degrés et aspects de la « fidélité » (2020).
Dans ce numéro spécial, nous cherchons à explorer les BD issues des différentes nations au Canada qui ont été adaptées dans d’autres médias, en particulier au cinéma – animé ou prises réelles – et aux jeux vidéo, ou réciproquement. D’une part, entre autres, à travers des entretiens avec les agents de ce monde bédéique dont les auteurices et éditeurices, nous cherchons à comprendre si elles ont effectivement été conçues comme adaptables, et d’autre part comment s’est opéré l’adaptation, et avec quels résultats par l’analyse des opinions des divers publics (critiques, fans) et l’analyse formelle de l’œuvre adaptée.
Les sujets à exploiter ci-après ne sont pas exhaustifs :
- L’adaptation de BD (comme Paul à Québec [2002-2016], Paying for it [2011-2024], Le petit astronaute [2022-2026], Essex County [2012-2016]) en prises réelles ;
- L’adaptation de BD (par exemple, Red Ketchup de Godbout et Fournier ou Tangles de Sarah Leavitt) en dessin animé ;
- L’adaptation du superhéros autochtone (comme Kagagi) en dessin animé pour une chaine de télévision autochtone ;
- L’adaptation de BD pour enfants en dessin animé par Radio-Canada-CBC (par exemple, L’Agent Jean!);
- Les passages entre balado et en BD / les adaptations de BD en balado (par exemple, Red Panda et Les Pires Moments de l’histoire) ;
- L’adaptation d’un roman en BD (par exemple The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood, adapté par Renée Nault) ;
- Les projets d’adaptation inaboutis (par exemple, Magasin général) ;
- La BD autochtone à partir de sources réelles ou orales (par exemple, Betty: The Helen Betty Osborne Story etGuides w8banakiak de chasse et pêche : fragments de mémoire) ;
- Les adaptations graphiques dans la culture qui se construit autour des mèmes, de la viralité et des algorithmes ;
- La modification des contextes de réception (numériques, transnationaux, conçus pour des interfaces spécifiques) and leur reformattages ;
- Comment peut-on définir la « transcréation » à partir d’exemples canadiens ?
- La BD québecoise est-elle peu adaptogénique, comparativement à d’autres « traditions » (anglo-canadienne, américaine, française ou belge) ?
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Échéancier
Date limite pour l’envoi des propositions (titre, résumé de 250-300 mots, adresse email, affiliation et notice bio-bibliographique de 150 mots) :
le 1er octobre 2026 aux adresses : reynschi@ualberta.ca et jsebastien@cmaisonneuve.qc.ca
Réponse avant fin novembre
Articles (6 000 – 8 000 mots) respectant le protocole de la revue : avant le 1er mars 2027 (retour des évaluations début mai 2027)
Publication du numéro envisagée pour septembre 2027.
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Transcr(é)ation est une revue spécialisée consacrée à la transmédialité et aux dialogues texte – film, sans hiérarchisation de l’un sur l’autre. Nous accueillons des travaux théoriques ou analytiques ainsi que des dossiers thématiques sur les questions de l’intermédialité, du dialogue entre les médiums, ou toute autre ouverture encore peu ou prou investiguée. Langues de rédaction : anglais, français