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Les mots du territoire ou le territoire des mots (Arras)

Les mots du territoire ou le territoire des mots (Arras)

Publié le par Marc Escola (Source : Anne Gensane)

Cette journée d'études qui se tiendra à Arras le 19 février a pour objet central la dimension diatopique du langage, envisagée sous de multiples aspects. Comment désigne-t-on un territoire ? Quels mots emploie-t-on pour le dire, le représenter ou se l'approprier ? Comment les territoires façonnent-ils les usages linguistiques, et comment les mots contribuent-ils, en retour, à construire les territoires ? 

Il pourra s’agir d'analyser les toponymes, mais aussi l'histoire plus intime des mots employés pour dire « sa » ville, « son » quartier, « son » pays ; plus largement, les formes d'appropriation langagière de l'espace urbain et de l’espace rural. Les créations lexicales, néologismes ou argotismes participent pleinement de cette mise en mots du territoire. Ils témoignent d'usages situés qui redessinent les espaces autant qu'ils les nomment (Courbon et al, 2026 ; Turpin, 2012, Bulot, 2004 ; Podhorná-Polická, 2012).

On pourra par exemple interroger la mise en mots artistique ou poétique du territoire et ses visées identitaires. Les productions contemporaines, notamment dans le rap, constituent à cet égard un terrain privilégié, où la question de la street credibility engage des formes spécifiques d'ancrage spatial et symbolique (Gensane et al, 2026). Les emprunts vernaculaires urbains offrent des pistes pour réfléchir aux liens entre création linguistique et territoire. L'attention pourra également se porter sur les paysages linguistiques et les différentes formes de présence du langage dans l'espace, des enseignes aux graffitis, en passant par la signalétique ou le street art (Bulot et Dubois, 2005, Goudaillier, 1991).

Qu'il s'agisse de nommer un territoire, d'y inscrire des pratiques langagières, de le traverser ou de le quitter, les mots constituent des marqueurs privilégiés des rapports qu'entretiennent les individus et les groupes avec les espaces qu'ils habitent et/ou se représentent.

Si les mots participent à la construction des territoires, ils se meuvent également d'un espace à l'autre, se déplacent avec leurs locuteurs. Les mots ne sont donc évidemment pas immobiles : ils franchissent les frontières et se transforment au  gré des contacts avec d'autres langues et d'autres cultures. C’est pourquoi l'étude des emprunts linguistiques, anciens comme récents, invite à suivre le voyage des mots : leurs trajectoires et leurs réappropriations (Humbley, 2010). À ce voyage des mots répondent les mots des  voyageurs. Les discours sur ou par les nommés « gens du voyage » (Bergeon et Salin, 2010), les récits de nomadisme, ou les récits de voyage, les témoignages de l'exil ou de la migration permettent d'interroger les expériences du déplacement (Canut et Ramos, 2014). Les néologismes du tourisme (Tallarico, 2026) ou les mots qui émergent des nouvelles pratiques de mobilité constituent à cet égard un corpus d'étude également riche. Les politiques linguistiques (Calvet, 2010 ; Boyer, 2010) pourront être abordées, notamment à travers l'analyse des dispositifs d'« intégration » par la langue et de leurs effets sur les pratiques comme sur les représentations. Enfin, l'existence des langues régionales constitue un champ d'étude qui nous intéressera également ; que l'on parle de dialectes ou de variétés régionales, les pratiques comme les représentations offrent un terrain propice à l'analyse des tensions entre légitimation, marginalisation, patrimonialisation et valorisation (Blanchet, 2017 ; Éloy, 2003).

Cette journée d'études entend ainsi explorer les interactions entre langage et territoire en portant l'attention sur les mots du territoire autant que sur le territoire des mots. Dans une perspective sociolinguistique ouverte aux approches lexicales, discursives, historiques et culturelles, elle envisagera les mots non seulement comme des outils de désignation, mais aussi comme des instruments de construction symbolique et sociale des espaces, mettant ainsi en évidence les rapports de pouvoir. Toutes les périodes, toutes les approches scientifiques et tous les corpus seront les bienvenus.

Enfin, la tenue de cette journée le 19 février, à la veille de la Journée internationale de la langue maternelle (21 février), nous incite à prolonger la réflexion sur les liens qui unissent les langues à leurs territoires, et peut-être plus précisément aux mémoires qu'elles portent et aux identités qu'elles contribuent à fabriquer.

Axes-clefs

# Toponymie et désignation des territoires urbains et ruraux ;

# Territoire, identité et représentations ;

# Néologie, créations lexicales, argotismes, emprunts ;

# Représentations sociolinguistiques, idéologies linguistiques et territoires ;

# Variation diatopique et contacts de langues ;

# Les mots des voyageurs : récits de voyage, tourisme, migration et exil ;

# Sédentarité et nomadisme ;

# Mise en mots artistique, littéraire ou médiatique du territoire ;

# Paysages linguistiques, graffitis, street art ; 

# Langues régionales, dialectes, patois et pratiques vernaculaires ;

# Politiques linguistiques, territorialisation et rapports de pouvoir ;

# Mémoire, patrimoine, transmission linguistique, plurilinguisme.

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 Modalités pratiques

 Présence physique uniquement

 Pas de frais d’inscription

 Langue française

 20 minutes de présentation, 10 minutes de discussion

 La publication d’articles est envisagée.

Calendrier

-    Date limite d’envoi des propositions : 19 octobre

-    Notification d’acceptation ou de rejet : 19 novembre

-    Journée d'étude : 19 février

Références bibliographiques à titre indicatif

Bergeon, C., Salin, M. (2010). « Se dire Manouche, Rom, Gitan ? », e-Migrinter, 6, 1454. 

Bertucci, M.-M. (dir.). (2013). « Lieux de ségrégation sociale et urbaine : tensions linguistiques et didactiques ? » Glottopol, 21.

Blanchet, P. (2017). Discriminations : combattre la glottophobie. Paris : Textuel. 

Boyer, H. (2010). « Les politiques linguistiques. » Mots. Les langages du politique, 94, 67-74.

Bulot, T. (dir.). (2004). Linguistique urbaine. Identités et mise en mots des territoires. Paris : L'Harmattan.

Bulot, T., Dubois, L. (dir.). (2005). « Signalétiques et signalisations linguistiques et langagières des espaces de villes (configurations et enjeux sociolinguistiques) ». Revue de l'Université de Moncton, 36(1). Actes de la 4ᵉ Journée internationale de sociolinguistique urbaine, Moncton, septembre 2005.

Calvet, L.-J. (2011). Les voix de la ville. Introduction à la sociolinguistique urbaine. Paris : Payot.

Canut, C., Ramos, E. (dir.). (2014). Carnets de route d'un voyageur en Afrique. Paris : Le Cavalier Bleu.

Caput, N. (2025). La région, une échelle de valorisation des langues minoritaires ? La cause du picard et du flamand occidental en Hauts-de-France. Thèse de doctorat. Université d’Artois.

Courbon, B., Horová, H., Mudrochová, R. (dir.). (2026). Représentations de l'espace dans le lexique. Lausanne : Peter Lang.

Éloy, J.-M. (2003). « Langues d'origine, langue régionale, français. Intégration et plurilinguisme. » VEI Enjeux, 133, 134-146.

Erfurt, J., Hélot C. (éd.), (2016). L’éducation bilingue en France : politiques linguistiques, modèles et pratiques, Limoges : Lambert-Lucas.

Gadet, F. (2007). La variation sociale en français. Paris : Ophrys.

Gensane, A., Mudrochová, R., Napieralski A., (2026). « Vers une analyse sociolexicologique du lexique de la street. » SHS Web of Conferences, 232, 05006.

Gensane, A. (dir.). (2026) Des marges mises en mots. Discours, pratiques, représentations. Paris : L’Harmattan, coll. sociolinguistique.

Goudaillier, J.-P. (1991). « Les pochoirs muraux. Défonce d'afficher... 22, v'là Olga. » Communication et langages, 87, 28-38.

 Hammou, K. (2005). « Comment le monde social du rap aménage-t-il son territoire ? L'exemple de la polémique autour du groupe Manau ». Sociétés contemporaines, 59-60(3), 179-197. 

Humbley, J. (2010). « Peut-on encore parler d'anglicisme ? ». Lexique, normalisation, transgression, 21-45.

Klinkenberg, J.-M. (2015). « De la sociolinguistique à l’action linguistique. ». Le symbolique et le social, Dubois J. et al. (dir.), Presses universitaires de Liège, 83-93.

Podhorná-Polická, A. (2012). « Les "argotoponymes": les toponymes dans l'argot des jeunes Français et Tchèques », Karyolemou M. et al (dir.), Actes du 30e Colloque international de linguistique fonctionnelle. Chypre, 18-21 octobre 2006. Bruxelles : EME Editions, 163-166.

Rampton, B. (2015). ). « Contemporary urban vernaculars. », Nortier J. et Svendsen B. A. (dir.), Language, Youth and Identity in the 21st Century, Cambridge : Cambridge University Press, 42-44.

Tallarico, G. (2026). « La néologie de l'antitourisme. Fonctions et valeurs dans le cadre d'un discours militant. » Neologica, 20, 91-111.

Trédez-Lopez, M. (2024). Esprit de communauté et intégration républicaine des descendants d’immigrés espagnols. L’impact des cours de langue et culture d’origine. Paris : L’Harmattan, coll. sociolinguistique.

Turpin, B. (dir.). (2012). Discours et sémiotisation de l'espace. Les représentations de la banlieue et de sa jeunesse. Paris : L’Harmattan, coll. Espaces discursifs.

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Comité scientifique 

Blanchet Philippe, Université de Rennes, CELTIC-BLM – Rennes

Canut Cécile, Université de Paris, CERLIS – Paris 

Éloy Jean-Michel, Université de Picardie, LESCLaP – Amiens 

Gensane Anne, Université de Paris, CERILAC – Paris ; Textes et Cultures – Arras

Napieralski Andrzej, Université de Łódź, Institut d’Études Romanes – Łódź

Szabó Dávid, Université de Eötvös Loránd, CIEF – Budapest 

Trédez-Lopez Mélanie, Université d’Artois, Textes et Cultures – Arras