En 2026, la photographie fête ses 200 ans. Des premières images fixées durablement au début du XIXᵉ siècle, près de Chalon-sur-Saône, aux pratiques les plus contemporaines, la photographie a façonné notre manière de voir le monde, d’enregistrer les événements, de transmettre des récits, des émotions et des idées. Le ministère de la Culture français lance une "grande célébration populaire et festive" qui mettra à l’honneur jusqu'en septembre 2027 la création ancienne et contemporaine, les collections publiques nationales et territoriales, l’édition photographique, en France métropolitaine et dans plus de trente pays dans le monde. Un texte manifeste, rédigé par le Comité scientifique de l'événement, éclaire les enjeux historiques, esthétiques et philosophiques de la photographie, de ses origines à sa place actuelle au cœur des pratiques culturelles, sociales et techniques.
L'exposition prévue sous la nef du Grand Palais qui devait ouvrir ces célébrations et "faire briller les riches collections photographiques nationales" a toutefois été annulée (en laissant toute la place à Cézanne) : on imputera ce naufrage à des écueils budgétaires (plutôt qu'à un tardif triomphe de l'impressionisme sur le procédé mécanique)… Mais le catalogue semble avoir surnagé, qu'on peut repêcher sous le titre PHOTOgraphies et la supervision de Dominique de Font-Réaulx.
Plusieurs expositions retraçant l’histoire du médium viendront rythmer le reste de l'année, dont trois propositions monographiques du Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, réalisées avec la Bibliothèque nationale de France autour de l’inventeur de la photographie. D’autres projets offriront un regard nouveau et tout contemporain, à l’image de "Youssef Nabil. De rêver encore" au musée d’Orsay, où l’artiste franco-égyptien dialoguera avec les collections et la galerie orientaliste.
De son côté, la BnF dévoilera quatre expositions majeures, dont une consacrée à deux siècles de photographie de nu et une autre dédiée aux 100 premières années de la photographie en France en collaboration avec le Kimbell Art Museum du Texas. Le Musée du Jeu de Paume devrait (?) proposer "Une histoire photographique des émotions", pour interroger la représentation et la transparence des émotions en image.
Parmi les très nombreuses publications qui accompagnent cet anniversaire, signalons le dixième numéro de la revue Focales qui explore les enjeux du flou photographique à l’époque contemporaine, à l'initiative de Pauline Martin, dont Fabula avait déjà salué l'essai Le flou. Une histoire photographique. Mais aussi l'essai de Sylvie Nayral, Une histoire de photographie, ou quand la photopgraphie n'existait pas (L'Atelier contemporain). Outre le beau volume qui nous propose Un jeu avec Eugène Atget. La rue Mouffetard, le photographe et la mercerie-papeterie, 1912, signalé par un précédent édito. toujours affiché à la rubrique "Questions de société".
(Illustr. : Joseph-Philibert Girault de Prangey, Palmier près S. Théodore à Athènes, 1842, extraite de PHOTOgraphies, GrandPalaisRmnÉditions, 2026)