Métamorphoses animales : écritures du devenir-autre Transformations, hybridations et formes du vivant dans les littératures de langue française (du Moyen-âge au XXIe siècle)
Appel à communication pour un colloque international
Métamorphoses animales : écritures du devenir-autre
Transformations, hybridations et formes du vivant dans les littératures de langue française (du Moyen-âge au XXIe siècle)
Les 27 et 28 mai 2027, Université de la Manouba et Université de Paris Cité
Les Laboratoires LR18ES12 – ATTC et CERILAC - URP 441
Depuis les récits médiévaux jusqu'aux écritures contemporaines, la métamorphose animale constitue l’une des grandes figures par lesquelles les littératures de langue française interrogent les frontières du vivant. Qu’elle relève de la transformation merveilleuse, de la punition divine, de l’expérience fantastique ou de la reconfiguration des relations entre espèces, elle met en scène le passage d’un état à un autre, d’une identité à une autre, d’un mode d’être au monde à un autre.
Si la métamorphose animale a principalement été étudiée comme mythe, motif ou figure symbolique, elle peut également être abordée comme un événement narratif : une péripétie qui modifie le statut d’un personnage, en transforme le destin ou reconfigure les rapports entre les vivants. Mais cette transformation narrative appelle-t-elle des modalités d’écriture spécifiques ? Ou révèle-t-elle, plus largement, les ressources stylistiques par lesquelles la littérature donne forme aux expériences de rupture, de passage et d’altération ?
Les recherches récentes en zoopoétique ainsi qu’en stylistique ont profondément renouvelé l’étude des présences animales dans les textes, qu’il s'agisse des voix non humaines, des déplacements du point de vue ou des formes du zoocentrage (Simon, Milcent-Lawson, Beltran). Le présent colloque s’intéresse à une autre question : que se passe-t-il lorsqu’il ne s’agit plus seulement d’écrire l’animal, mais d’écrire le devenir-animal ? Comment un texte donne-t-il à lire le passage d’une forme de vie à une autre ? Comment nommer ce qui n’est plus tout à fait humain sans être encore entièrement animal ? Comment maintenir une continuité subjective lorsque le corps change ? Comment le texte construit-il une identité énonciative au moment où vacillent les catégories qui permettaient de l’identifier ?
La métamorphose animale apparaît alors comme un observatoire privilégié des expériences du seuil : seuils entre espèces, entre états du vivant, entre identité et altérité, mais aussi seuils grammaticaux, énonciatifs et narratifs où la langue éprouve ses propres catégories. Comment les formes linguistiques prennent-elles en charge une transformation du vivant, accueillent-elles ce qui excède les catégories ordinaires de l’expérience ? La métamorphose appelle-t-elle des formes d’écriture spécifiques ou révèle-t-elle, plus largement, les ressources par lesquelles la littérature donne forme aux expériences du seuil ?
Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les axes suivants :
1. Écrire la transformation : formes narratives et formes langagières
Comment la transformation s’inscrit-elle dans la matérialité linguistique du texte ? Les communications pourront notamment interroger les rapports entre événement narratif et formes langagières : la métamorphose mobilise-t-elle des procédés spécifiques ou rejoint-elle les ressources stylistiques propres aux situations de rupture, de crise ou d'altération ?
Une attention particulière pourra être accordée aux formes qui permettent de saisir un être en devenir, dont l’identité ne coïncide plus avec les catégories disponibles, ainsi que les rapports entre langage, classification du vivant et construction des identités.
2. Nommer la métamorphose : désignation, référence et catégories du vivant
La métamorphose animale met à l’épreuve les opérations de nomination et de catégorisation. Comment désigner un être dont l’identité est en cours de transformation ? Quels procédés linguistiques permettent de maintenir, de suspendre ou de reconfigurer la référence lorsque les frontières entre humain et animal deviennent incertaines ?
Les communications pourront interroger les phénomènes de dénomination, de recatégorisation, de brouillage référentiel ou taxinomique, ainsi que les tensions entre permanence du nom et transformation de l'être.
3. Énoncer la métamorphose
La métamorphose animale engage une reconfiguration des instances énonciatives. Il ne s’agit pas seulement de donner voix à l’animal, mais d’interroger une voix en transformation : qui parle lorsque le sujet traverse plusieurs états d’existence ? Comment représenter une parole située entre plusieurs formes du vivant.
Les communications pourront analyser les récits à la première personne, les phénomènes d’hybridation énonciative, les tensions entre anthropomorphisme et décentrement, ou encore les dispositifs par lesquels la littérature invente des voix qui mettent en question les frontières habituelles du sujet parlant.
4. Temporalités de la métamorphose
Parce qu’elle est passage, la métamorphose engage une expérience spécifique du temps. Elle peut être rupture soudaine, processus progressif, mutation imperceptible ou coexistence paradoxale de plusieurs états.
On pourra s’interroger sur les formes narratives et grammaticales du changement : comment raconter une identité en cours de transformation ? Comment écrire non seulement l’avant et l’après, mais le moment instable où une forme cesse d’être elle-même sans être encore devenue autre ?
5. Hybridations et formes intermédiaires
La métamorphose animale invite également à penser l’hybridité non comme simple coexistence de deux natures, mais comme dynamique formelle. Les œuvres peuvent faire apparaître des corps composites, mais aussi des voix hybrides, des perceptions mêlées, des formes narratives traversées par plusieurs régimes d’existence.
Il s’agira d’observer comment la littérature produit des formes capables d’accueillir l’indécision, la coexistence ou la tension entre plusieurs manières d’être vivant. Les communications pourront notamment interroger les rapports entre analogie, métaphore, hybridation et métamorphose.
6. Les devenirs de la métamorphose
L’approche diachronique permettra enfin d’interroger les transformations historiques de la notion même de métamorphose. Du Moyen Âge à nos jours, comment évoluent les formes, les fonctions et les enjeux de la métamorphose animale ? Qu'appelle-t-on « métamorphose » selon les périodes de l'histoire littéraire ? Les communications pourront notamment examiner les continuités, les déplacements ou les reconfigurations de cette catégorie selon les contextes historiques, esthétiques ou poétiques.
Les écritures contemporaines constituent, de ce point de vue, un terrain d’observation particulièrement fécond. Nombre d’œuvres contemporaines semblent en effet déplacer la métamorphose : celle-ci ne relève plus nécessairement d’un changement de forme explicitement représenté, mais d’une modification du regard, de la perception ou des relations entre les vivants. S’agit-il encore de métamorphoses ? Ou ces transformations relèvent-elles désormais d’autres régimes de représentation qu’il conviendrait de décrire et de nommer ?
Quelques pistes bibliographiques
Authier-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi, 1995.
Bakhtine, Mikhaïl, Esthétique et théorie du roman, 1978.
Beltran, Perrine, Stylistique du zoocentrage dans les fictions contemporaines de langue française : le rôle de l’analogie, thèse de doctorat sous la direction de Claire Badiou-Monferran, Sorbonne Nouvelle, 2024.
Braidotti, Rosi, The Posthuman, 2013.
Bronckart, Jean-Paul, Dénomination, approches socio-linguistiques, 1984.
Brunel, Pierre, Le Mythe de la métamorphose, 1974.
Cislaru, Georgeta & Guérin, Olivia & Morim, Katia &Née, Émilie & Pagnier, Thierry & Veniard, Marie (dir.), L’Acte de nommer. Une dynamique entre langue et discours, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, coll. « Sciences du langage », 2007.
Deleuze, Gilles & Guattari, Félix, Mille Plateaux, 1980.
Despret, Vinciane, Que diraient les animaux si…, 2012.
Eco, Umberto, Semiotics and the Philosophy of Language, Bloomington, Indiana University Press, 1984.
Fontanille, Jacques, Formes de vie, Liège, Presses universitaires de Liège, 2015.
Derrida, Jacques, L’Animal que donc je suis, 2006.
Haraway, Donna, When Species Meet, 2008.
Milcent-Lawson, Sophie, « Zoographies », 2017 ; « Un tournant animal… », 2019.
Rabatel, Alain, Homo narrans, 2008.
Simon, Anne, Une bête entre les lignes, 2021.
Informations pratiques
Lieu du colloque : Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités, Université de la Manouba, Tunisie
Dates : 27-28 mai 2027
Modalités de soumission
La date limite de réception des propositions d’articles est fixée au 20 décembre2026.
Elles doivent être adressées aux co-organisatrices du colloque : cecilenarjoux.univpariscite@gmail.com et farah.zaiem@flah.uma.tn
Les propositions devront comporter :
● Un titre
● Un résumé de 300 à 500 mots précisant le corpus d’étude envisagé, l’approche formelle et l’axe choisis
● Une notice biobibliographique précisant notamment l’affiliation institutionnelle et la fonction actuelles.
● Le fichier (adressé en format word et PDF) sera nommé de la manière suivante : NOM-Prénom-titre-date
Les auteur·ices se verront notifié·e·s le 15 janvier 2027.