Esthétique et authenticité : œuvres, expériences, valeurs. Congrès 2026 de la Société Française d'Esthétique.
Le congrès 2026 de la Société française d’Esthétique, qui aura lieu le samedi 28 novembre 2026 en Sorbonne (Paris) à l’amphithéâtre Chasles, propose de réfléchir au concept et à la valeur d’authenticité. Il sera ouvert par une conférence plénière du professeur David Freedberg (université de Columbia).
Au sens premier, l’authenticité désigne l’œuvre qui n’est pas la copie ou la singerie d’une autre, et dont l’auteur, la période ou la culture de production sont bien ceux qu’exhibe son apparence. Par extension, elle qualifie l’interprétation qui respecte les propriétés historiques, stylistiques et culturelles d’une œuvre. La question de l’authenticité recoupe ainsi partiellement le problème ontologique et axiologique de la copie ou de la réplique. Qu’est-ce qui justifie qu’une copie ait moins de valeur (marchande, historique, artistique ou esthétique) qu’un original ? L’authenticité ou l’inauthenticité peuvent-elles être considérées comme des propriétés des œuvres d’art, ou sont-elles des évaluations dépendantes du contexte ? Les œuvres mobilisant l’IA peuvent, dans cette perspective, être un terrain d’étude intéressant. À l’inverse, ne faut-il pas que la copie participe de l’authenticité de l’œuvre originale pour expliquer son rôle épistémique majeur en histoire de l’art ? Par exemple, la plupart de nos connaissances sur la sculpture grecque découle de la découverte et de l’observation de copies romaines.
Dans un second sens découlant du premier, l’authenticité renvoie à la démarche artistique qui a donné lieu à la production de l’œuvre. Ainsi Kant distinguait-il, dans la 3e Critique, les beaux-arts (ou les arts du génie) de leur simple singerie. Par rapport à l’originalité cependant, l’authenticité ne désigne pas seulement le caractère singulier et inaugurateur, mais une certaine qualité éthique, caractérisée par l’absence de calcul, de recherche maniériste d’un style ou d’effet sur le public. Rousseau est le premier théoricien de l’authenticité, qu’il articule au concept de naturel : à la musique artificielle et rationnelle (on dirait aujourd’hui cérébrale) de Rameau, il oppose la naturalité de la musique italienne, et l’authenticité des mélodies populaires. Perspective esthétique et dimension éthique sont inextricablement liées : l’authenticité est devenue la caractéristique d’une personne non pervertie par la société, dont les comportements, transparents, ne sont pas feints ou hypocrites. L’image romantique de l’artiste inadapté aux mœurs de son siècle hérite partiellement de ce thème. Dans « À quoi bon la critique ? », issu de ses écrits sur le Salon de 1846, Baudelaire insiste sur l’importance pour un artiste d’être sincère et naïf. Il revient, en note de bas de page, sur sa critique de 1845 consacrée à La Fontaine de Jouvence de William Haussoullier dans laquelle il faisait l’éloge de cet artiste, décrié par d’autres critiques, tout en lui reprochant malgré tout que son savoir comprime sa naïveté.
En un troisième sens, l’authenticité s’articule ainsi à l’idée d’origine, voire de naïveté. Elle semble alors remettre en cause le concept même de techne, qui requiert connaissance, savoir-faire conscient et production maîtrisée et intentionnelle. Paradoxalement, l’œuvre authentique serait d’autant plus artistique qu’elle aurait moins d’art (moins d’artifice) que l’œuvre inauthentique. L’art authentique semble alors le fait privilégié de l’autodidacte, de l’artiste brut ou premier. En accord avec les études postcoloniales, il convient dès lors d’évaluer la valeur d’authenticité, dont le concept peut charrier la quête du « primitif », de l’« exotisme » et de l’« ailleurs ».
Enfin, en un quatrième sens, l’authenticité désigne une certaine qualité d’expérience. Au-delà des expériences d’œuvres authentiques, y a-t-il des expériences authentiques d’œuvres ? Sans que le terme n’apparaisse dans ses travaux, la manière dont Walter Benjamin théorise l’aura est souvent prise comme une réflexion sur l’authenticité ontologique. Toutefois, dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, qui oppose valeur cultuelle et valeur d’exposition, ce n’est pas tant l’œuvre d’art qui est plus ou moins authentique que l’expérience qu’on en fait. La démultiplication des situations artistiques, qu’elle soit due à la démultiplication des reproductions d’œuvres comme des œuvres originales, affecte alors l’authenticité des expériences artistiques. En d’autres termes, l’œuvre originale devant laquelle on passe tous les jours, indépendamment du nombre de ses reproductions, possède moins d’aura que si elle était moins facilement accessible. À l’inverse, une personne parcourant des kilomètres pour voir une œuvre d’art a davantage l’impression de vivre une expérience authentique. Le musée ou l’espace culturel touristique est-il un lieu d’expériences authentiques, ou un lieu où l’on feint l’expérience artistique authentique ? Que faire des œuvres qui reposent sur une authenticité feinte, une illusion d’authenticité – que l’on trouve déjà dans Julie ou la nouvelle Héloïse de Rousseau et L’Adieu des bergers de Berlioz ?
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Les communications au Congrès 2026 de la Société française d’Esthétique pourront traiter d’une de ces quatre dimensions de l’authenticité en esthétique et philosophie de l’art, ou en proposer une problématisation propre. Toutes les propositions méthodologiques et théoriques relevant du domaine de l’esthétique et de la philosophie de l’art sont les bienvenues. Les communications, d’une durée de 30 minutes, peuvent être données en français ou en anglais. Toutefois, une compréhension passive du français est nécessaire, afin de faciliter les échanges durant le congrès.
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Comité scientifique :
Carole Talon-Hugon (Professeur à l’université de Sorbonne Université)
Quentin Gailhac (maître de conférences, université de Paris-cité)
Maud Pouradier (maîtresse de conférences, HDR, université de Caen Normandie – membre junior de l’IUF)
Bruno Trentini (maître de conférences, HDR, université de Lorraine).
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Bibliographie
Baudelaire, Charles, Curiosités esthétiques, Paris, Classiques Garnier, 2018.
Benjamin, Walter, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, Paris, Allia, 2003.
Danto, Arthur, La Transfiguration du banal : une philosophie de l’art, tr. fr. Cl.-Harry Schaeffer, Paris, Seuil, coll. « Points », 2019.
Clifford, James, Malaise dans la culture. L’ethnographie, de la littérature et l’art au xxe siècle, Paris, Éditions de l’ENSBA, 1996.
Genin, Christophe, « Du monde fait le Tour du monde. L’expérience esthétique à l’ère du tourisme de masse », Proteus, 8, 2015, p. 4-13.
Geurds, Alexander et Van Broekhoven, Laura (dir.), Creating Authenticity. Authentication Processes in Ethnographic Museums, Sidestone Press, 2013.
Goehr, Lydia. “Being True to the Work.” The Journal of Aesthetics and Art Criticism, vol. 47, no. 1, 1989, pp. 55–67.
Goodman, Nelson, Langages de l’art : une approche de la théorie des symboles, tr. fr. Jacques Morizot, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2011.
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Hermens, Erma & Robertson, Frances, Authenticity in transition : changing practices in art making and conservation : proceedings of the international conference held at the university of Glasgow, 1-2 December 2014, Londres, Archetype publications, 2016.
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Kant, Emmanuel, Critique de la faculté de juger, tr. fr. Alain Renaut, Paris, Flammarion, 1995.
George Kubler, Formes du temps : remarques sur l’histoire des choses, tr. fr. Y. Kornel, 1973.
O’Dea, Michaël, « Rousseau contre Rameau : musique et nature dans les articles pour l’Encyclopédie et au-delà », Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, 17, 1994, p. 133-148.
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Starobinski, Jean, Jean-Jacques Rousseau : la transparence et l’obstacle, Paris, Plon, 1957, rééd. Gallimard, 1976.
Talon-Hugon, Carole (dir.), Noesis, dossier « éthique et esthétique de l’authenticité », 22-23, 2014.
Taylor, Charles, The Ethics of Authenticity, Harvard University Press, 1991.
Trentini, Bruno, « L’authenticité postcoloniale des artistes : entre émancipation des Suds et voyeurisme économique de l’Occident – introduction au dossier », Proteus, 15, 2019, p. 4-8.
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Les propositions devront être adressées au plus tard le 15 octobre 2026 à sfe.congres@gmail.com, dans un courriel incluant dans son titre [Congrès2026]. Elles comprendront un titre, un abstract une brève bio-bibliographie, et seront Les réponses seront données le 1er novembre au plus tard.
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Modalités de soumission
Les propositions, rédigées en anglais ou en français, seront envoyées à : sfe.congres@gmail.com, dans un courriel incluant dans son titre [Congrès2026].
Elles doivent comprendre :
- le nom de l’auteur ou des auteurs ainsi qu’une présentation biographique succincte (100 mots maximum) sous la forme d’un fichier .docx ou .odt intitulé NOM_Prénom.
- le titre
- un résumé (entre 600 et 800 mots),
- une liste de mots clés (5 maximum)
- une bibliographie essentielle
- l’engagement écrit et signé à s’acquitter des droits d’inscription de 50 euros au cas où la proposition serait retenue. Ils donnent droit à la participation au colloque et à la gratuité des déjeuners. NB : Les droits d’inscription des membres de la Société française d’esthétique à jour de leur cotisation sont de 25 euros.
Date limite d’envoi des propositions : 15 octobre 2026
Les réponses seront communiquées le 1er novembre 2026 au plus tard.
Les communications, d’une durée de 30 minutes, seront tenues en anglais ou en français. Aucun service d’interprétariat ou de traduction ne pourra être fourni. Les frais d’hébergement et de transport sont à la charge des participants.