Comment Paul et Virginie a transformé l'île Maurice en mythe littéraire (publicommuniqué)
Un communiqué qu'on imagine diffusé par l'office du tourisme de l'île Maurice se trouve affiché sur actualitte.com :
"Un livre peut-il façonner l'image d'une île entière pendant plus de deux cents ans ? À Maurice, oui – et l'exemple est presque troublant de précision. En 1788, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre publie Paul et Virginie. Le roman deviendra, avec le temps, l'un des textes les plus lus de la littérature française du XVIIIe siècle. Deux enfants grandissent loin de tout, sur une île tropicale ; leur amour se termine dans un naufrage. Rien d'inventé là-dedans, ou presque : l'histoire s'appuie sur un fait réel, le naufrage du Saint-Géran en 1744, au large de l'île, qui a coûté la vie à plusieurs passagers.
L'auteur connaissait le terrain. Il avait vécu sur place, à l'époque où l'île portait encore le nom d'« Isle de France », sous domination coloniale française – bien avant qu'elle ne devienne Maurice, sous administration britannique, en 1810. Ce séjour explique la précision de ses descriptions : les mornes, les champs de canne, les rivières. Rare, pour un roman de cette époque, d'avoir un tel ancrage presque documentaire.
Un ingénieur du roi devenu romancier
Détail que peu de lecteurs connaissent : Bernardin de Saint-Pierre n'était pas romancier de formation. Entre 1768 et 1770, il séjourne sur l'île en tant qu'ingénieur militaire au service de la couronne française, chargé d'évaluer fortifications et infrastructures coloniales. Le romancier viendra plus tard. Mais c'est bien pendant ces deux années qu'il observe – la vie quotidienne, les paysages, les tensions d'une société coloniale – tout ce qu'il réemploiera près de vingt ans après dans son roman.
Le texte s'inscrit dans un ensemble plus large, les Études de la Nature, où l'auteur développe une pensée proche de celle de Jean-Jacques Rousseau, qu'il a personnellement côtoyé. L'idée d'une enfance préservée de la corruption sociale, élevée au contact direct de la nature – on la retrouve presque telle quelle chez Rousseau. Paul et Virginie grandissent ainsi loin des codes rigides de la métropole, dans un cadre que l'auteur présente presque comme une utopie. Puis vient le retour vers la « civilisation ». Et c'est là que tout bascule.
Sur les traces du roman : Pamplemousses et les lieux réels
Le succès a été tel que certains lieux mauriciens ont fini par s'identifier au récit – alors même que l'histoire, elle, reste fictive. Le jardin botanique de Pamplemousses, aujourd'hui Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanical Garden, abrite un monument dédié aux personnages de Paul et Virginie. La fiction s'est mêlée à la mémoire collective de l'île, littéralement gravée dans la pierre.
Pour qui veut suivre cet itinéraire littéraire, quatre étapes reviennent souvent :
- Le jardin de Pamplemousses, pour le monument et sa végétation tropicale d'origine.
- La région de Poste de Flacq, proche du site supposé du naufrage du Saint-Géran.
- Le musée naval de Mahébourg, qui conserve des objets liés à l'histoire maritime de l'île, dont certains évoquent l'épave du Saint-Géran.
- L'Île d'Ambre, au large de la côte nord-est – souvent citée comme le point où le navire aurait heurté les récifs en 1744 […]."