Implicites et non-dits dans les discours en langue française : déploiements et implications (Béjaia, Algérie)
Implicites et non-dits dans les discours en langue française : déploiements et implications
Le colloque sera organisé les 4 et 5 novembre 2026
Présidents du colloque :
Pr. LANSEUR Soufiane & Dr. BELKESSA Lahlou
Cette deuxième édition du colloque sur l’implicite langagier, organisée par le laboratoire LESMS en collaboration avec la faculté des lettres et des langues de l’université de Bejaia, se veut un espace de réflexion, d’échanges et de débats autour des questions d'implicite et de non-dits dans les discours tenus en langue française. Elle interroge ces deux notions théoriques et heuristiques pour explorer des contextes de communication particuliers, tout en adoptant des approches diverses, parfois spécifiques, et parfois interdisciplinaires.
La portée de cette question est d'autant plus intéressante qu'elle touche à tous les genres du discours et à toutes les situations où la langue française est utilisée. Interroger l'implicite et le non-dit revient à questionner tous les usages de la langue française, car ces deux phénomènes sont diffus et omniprésents, et ils se déploient à différents niveaux langagiers (le mot, la phrase, le texte, le discours, etc.). En effet, quelle que soit la situation, dès qu'on veut dire, on dit et on tait (Kerbrat-Orecchioni, 1986). L'explicite et l'implicite s’imbriquent souvent. Si le dit répond à des intentions, le non-dit est soumis lui aussi à des desseins et à des restrictions. On non-dit pour dissimuler, pour laisser entendre, pour se protéger, pour ne pas assumer, pour mieux dire, pour mieux embellir… Toutefois, le non-dit et l’implicite ne relèvent pas toujours de la stratégie communicative ou discursive : on tait aussi certaines choses parce que c’est tabou, ou parce qu’on refuse de dire.
L'implicite et le non-dit présentent divers aspects langagiers et requièrent parfois des outils complexes pour en comprendre et en étudier les subtilités. Leur analyse implique les intentions des instances interlocutives agissant dans un contexte spécifique où le discours prend forme. Les questionnements autour de ces deux notions suscitent un vif intérêt chez de nombreux chercheurs en linguistique, didactique, sociolinguistique, analyse du discours et en sciences des textes littéraires.
Nous proposons de regrouper les communications suivant les objets auxquels elles pourraient s'intéresser au-delà des approches théoriques et méthodologiques adoptées. Les 7 axes suivants, sans pour autant prétendre à l'exhaustivité, couvrent un large panel des discours que les chercheurs pourraient analyser :
Axe 1 : Implicite et non-dits au quotidien
Dans diverses situations de communication informelle, les locuteurs ont souvent recours à des implicites pour atteindre leurs objectifs de communication. Les genres "conversationnels" (Maingueneau, 2004) sont caractérisés par "leur grande instabilité, liée aux stratégies d’ajustement et de négociations des interlocuteurs" (Delarue-Breton, 2019 : 54), et regorgent d'implicites, de présupposés et de sous-entendus. Comme le souligne Zarate (1985), "derrière la trivialité du quotidien se cache l'implicite ; il est présent derrière l'apparente insignifiance des interactions sociales".
Axe 2. Implicite et non-dits dans les genres conventionnels
Cet axe englobe les réflexions concernant l'implicite en relation avec les genres de discours “institués” (Maingueneau, 2004). L'analyse se concentre sur la description et la formalisation des implicites en tant qu'éléments constitutifs de genres de discours spécifiques dans lesquels ils se déploient, car l'implicite est avant tout une caractéristique du discours, et son déploiement ainsi que sa compréhension dépendent des enjeux propres à chaque genre discursif.
Axe 3. Implicite et non-dits dans les discours politiques
L'implicite est omniprésent dans tous types de discours, mais celui du domaine politique est sans doute le plus saturé de sous-entendus, d'allusions et de détournements. Que ce soit lors des meetings, des allocutions présidentielles, ou des débats télévisés, les politiciens, les militants et les commentateurs politiques exploitent largement les implicites. Il y a ceux qui tentent de convaincre les électeurs de la pertinence de leurs projets politiques, ceux qui cherchent à semer le doute dans les propos de leurs rivaux, et d'autres encore qui, parfois, se retranchent derrière les malentendus pour se protéger L’implicite a, en effet, cette particularité de renforcer “l’argumentation en présentant sous forme indirecte et voilée les croyances et opinions qui en constituent les prémisses incontestées, ou encore les éléments qu’il est habile de faire passer par la bande” (Amossy, 2021 : 191).
Axe 4. Implicite et non-dits dans les médias
Dans les discours de presse, l’implicite y joue plusieurs fonctions déterminantes pour leur compréhension. Sa posture étant très souvent délicate, le journaliste ou le chroniqueur se trouve dans l’obligation d’utiliser l’implicite pour parvenir à son objectif, celui d’être lu et d’être compris. Dans les chroniques, les éditos, les billets et autres genres journalistiques, l’implicite est bien présent et prend des formes diverses.
Axe 5. Implicite et non-dits scolaires et situations didactiques
La notion d’implicite est fructueuse dans le domaine de l’enseignement-apprentissage. Il est de plus en plus admis qu’il existe une multitude d'éléments implicites et de non-dits dans le contexte de l'enseignement et de l'apprentissage. Ces aspects posent des difficultés pour bon nombre d'apprenants (Bautier et Rochex, 1997 ; Bautier, & Rayou, 2013 ; Lavieu-Gwozdz & Pagnier, 2022), notamment ceux qui sont peu familiarisés avec les standards de l'école et de l'université. Ces éléments peuvent se retrouver dans les manuels scolaires, les ressources pédagogiques, les discours éducatifs, les instructions et durant les activités d'apprentissage. Il est donc pertinent de questionner les diverses situations didactiques qui peuvent favoriser l'émergence de ces non-dits. De plus, il paraît essentiel que les chercheurs identifient et exposent ces éléments, et qu'ils établissent les bases d'une pédagogie explicite afin de diminuer les inégalités.
Axe 6. Implicite et non-dits dans les genres d’expression littéraires
Dans cette perspective, il s'agit d'analyser la façon dont les auteurs francophones utilisent les implicites et les non-dits pour enrichir leurs œuvres littéraires. Les subtilités de ces éléments peuvent transcender les différents genres littéraires tels que les romans, la poésie, le théâtre, et autres formes d'expression artistique, offrant ainsi une profondeur et une complexité supplémentaires à leurs créations. Certaines œuvres en font de l’implicite leur principal enjeu : “toute œuvre qui figure au corpus de la Littérature pousse son lecteur à traquer l’implicite. Il y a même des œuvres (...) qui indiquent nettement au lecteur qu’il faut traquer l’implicite” (Maingeuneau, 2001 : 78).
Axe 7. Implicite et non-dits dans les communications médiatisées
L'intégration des nouvelles technologies dans tous les aspects de la vie quotidienne crée des contextes favorables à l'émergence d'implicites, lesquels peuvent évoluer pour s'adapter aux innovations de la communication contemporaine. Les réseaux sociaux, à titre d’exemple, donnent forme à de nouvelles pratiques discursives qui nécessitent d'être examinées à travers le prisme de l'implicite.
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Bibliographie
Amossy, R. (2021). L'argumentation dans le discours . Paris : Armand Colin. https://doi-org/10.3917/arco.amoss.2021.01.0181
Bautier, É. et Rayou, P. (2013). Les inégalités d’apprentissage. Programmes, pratiques et malentendus scolaires. Paris : PUF. DOI : 10.3917/puf.bauti.2009.01
Bautier, É. et Rochex, J.-Y. (1997). Apprendre, des malentendus qui font la différence. Dans J.-P. Terrail (dir.), La scolarisation de la France. Critique de l’état des lieux (p. 105-122). Paris : La Dispute.
Kerbrat-Orecchioni, C. (1986). L’implicite. Paris, A. Colin, coll. « Linguistique ».
Lavieu-Gwozdz, B. & Pagnier, T. (2022). L’implicite des visées d’apprentissage dans les supports pédagogiques. Le français aujourd'hui, 218, 57-70. https://doi.org/10.3917/lfa.218.0057
Maingueneau D. (2004). Le discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation. Paris : Armand Colin.
Maingueneau D. (2001). Pragmatique pour le discours littéraire. Nathan, Paris.
Zarate, G. (1985). Enseigner une culture étrangère. Hachette, Paris.
Modalités de soumission :
● Cet appel à communication s’adresse à tous les chercheurs (doctorants et enseignants) travaillant dans les domaines des lettres et des langues.
● Les interventions, qui ne devront pas excéder 20 minutes, seront suivies de 10 minutes de discussion avec le public.
● Les propositions en français contenant nom, prénom, statut, affiliation, discipline, le titre et le résumé (200-300 mots) de la communication, doivent être transmises au plus tard le 15 aout 2025 à l’adresse suivante : laboratoire.lesms@langue.univ-bejaia.dz
● Les candidat.e.s seront informé.e.s de l’acceptation ou du refus de leurs propositions au plus tard le 5 septembre 2026.
· Les candidats dont les propositions ont été acceptées doivent soumettre une version intégrale de leurs communications, d’une longueur comprise entre 15 000 et 20 000 caractères (espaces inclus), soit environ 8 à 10 pages au format Word, au plus tard le 15 octobre 2026.
· En l’absence de la communication complète, l’acceptation de la proposition sera automatiquement annulée.