Edgar Morin et la pensée de la complexité: héritages, dialogues et perspectives contemporaines (Revue Complexus)
Revue Complexus
Revue Interdisciplinaire en Littératures, Critique, Histoire de l’art et Didactique Interdisciplinary Journal in Literature, Criticism, Art History and Didactics
n° 10, 2027: Appel à contributions
« Edgar Morin et la pensée de la complexité: héritages, dialogues et perspectives contemporaines »
« Edgar Morin and the Thought of Complexity: Legacies, Dialogues, and Contemporary Perspectives »
Dossier coordonné par Mounir CHAFYQ
Date limite de soumission des articles : 30 novembre 2026
Retour d’évaluation : 30 décembre 2026
Parution : 28 février 2027
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La disparition récente d’Edgar Morin, survenue le 29 mai 2026, clôt un parcours intellectuel hors norme, traversé par une curiosité encyclopédique et une inquiétude lucide face aux défis de son temps. Son œuvre, traduite dans le monde entier, a profondément marqué les sciences humaines et sociales, les études culturelles, la philosophie, l’éducation, la communication, l’écologie politique, ainsi que les épistémologies contemporaines. À travers une production monumentale, au cœur de laquelle se déploie La Méthode (six volumes, 1977-2004), Morin a élaboré une pensée de la complexité qui ne se réduit pas à une simple méthode, mais constitue une véritable posture épistémologique. Celle-ci invite à dépasser les cloisonnements disciplinaires, la disjonction des savoirs et la simplification réductrice (héritée du paradigme cartésien), pour appréhender les phénomènes humains dans leur multidimensionnalité, leurs interactions en boucle, leurs émergences et leurs dynamiques de transformation.
Cette approche, qui refuse l’illusion de la transparence et l’aveuglement de la spécialisation sans mise en relation, est plus que jamais indispensable pour naviguer dans un monde interdépendant, turbulent et incertain.
À une époque marquée par des crises enchevêtrées (écologiques, énergétiques, sociales, sanitaires, culturelles, technologiques et géopolitiques), la pensée morinienne apparaît d’une brûlante actualité. Elle fournit des outils conceptuels puissants : la dialogique (articulation des contraires), la récursion (causalité circulaire), le principe hologrammatique (la partie est dans le tout, le tout est dans la partie) ; ce pour penser les interdépendances, les incertitudes, les contradictions, les risques et les rétroactions qui caractérisent la condition historique présente. Son appel à une réforme de la pensée, formulé notamment dans Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (commandé par l’UNESCO en 1999), continue d’inspirer chercheurs, enseignants, artistes, décideurs et acteurs de la société civile, bien au-delà des seules sphères académiques. Morin nous exhorte à cultiver une « intelligence générale » et une écologie de l’action, seules capables de relier ce qui est disjoint, de surmonter la pensée linéaire et d’embrasser la complexité du réel. Il nous rappelle que « le tout est plus que la somme des parties » (propriétés émergentes), mais aussi que les parties sont contenues dans le tout (principe hologrammatique), dans un mouvement de récursion permanente.
Ce numéro 10 de la revue Complexus, dédiée à l’étude et à la diffusion des approches complexes, entend à la fois rendre hommage à l’œuvre d’Edgar Morin et interroger sa fécondité dans les recherches contemporaines. Il s’agit d’explorer les prolongements, les réappropriations créatrices, les critiques internes et externes, ainsi que les renouvellements de la pensée complexe dans les domaines de la littérature, des arts, des sciences humaines, de l’éducation, mais aussi du management, des politiques publiques ou des humanités numériques. Une attention particulière sera portée aux dialogues inattendus que sa pensée a suscités, notamment en Amérique latine, où son approche syncrétique et relationnelle a trouvé un écho profond. Là s’est développée une véritable « pensée du Sud », en dialogue avec des auteurs comme Enrique Leff, Boaventura de Sousa Santos ou les épistémologies décoloniales, qui interroge l’hégémonie des savoirs occidentaux, valorise les qualités des cultures du Sud et promeut une écologie des savoirs. Ces réceptions multiples montrent la plasticité et la puissance heuristique de la pensée morinienne, capable de transcender les frontières géographiques, disciplinaires et épistémologiques, tout en ouvrant la voie à des approches écologiques, décoloniales et éthico-politiques profondément renouvelées.
Les contributions pourront adopter des approches théoriques, historiques, critiques, empiriques ou appliquées. Elles porteront aussi bien sur l’œuvre même de Morin que sur les perspectives qu’elle ouvre dans différents champs du savoir, en explorant comment ses concepts peuvent éclairer les grands défis du XXIe siècle : l’Anthropocène et les effondrements écologiques, les mutations numériques et l’intelligence artificielle, les migrations et le cosmopolitisme, les recompositions démocratiques, ou encore les nouvelles formes de vulnérabilité et de reliance.
Axes indicatifs (non limitatifs)
- La pensée complexe : fondements théoriques et évolutions : Retour sur les principes clés (dialogique, récursion, hologrammatique, introduction du désordre, de l’aléatoire et de l’incertitude) et leur généalogie dans l’œuvre morinienne.
- Edgar Morin et l’interdisciplinarité/transdisciplinarité : Analyse des méthodes, des obstacles institutionnels et des enjeux du décloisonnement des savoirs, en lien avec la réforme de la pensée et la formation des chercheurs.
- Complexité et sciences humaines et sociales : Renouvellements apportés en sociologie (complexité du social), en anthropologie (l’homme multidimensionnel), en histoire (l’événement et le temps non linéaire), en psychologie (l’individu-sujet), etc.
- Littérature et pensée de la complexité : La littérature comme laboratoire de la condition humaine, de l’ambiguïté morale et des destins croisés ; lectures moriniennes d’écrivains (Proust, Kafka, Dostoïevski, etc.).
- Arts, création et approches complexes : Contribution des arts à la représentation de la complexité (théâtre, cinéma, arts plastiques, musique) ; influences réciproques entre Morin et les pratiques artistiques contemporaines.
- Complexité, culture et mondialisation : Analyse morinienne des phénomènes culturels globaux : identités métissées, unité/diversité humaine, dialogique du local et du planétaire.
- Éducation, pédagogie et réforme de la pensée : Impact des Sept savoirs sur les curriculums, les pédagogies actives, la formation des enseignants et les éducations à l’environnement et au développement durable.
- Humanisme, éthique et citoyenneté chez Morin : Dimensions éthiques et politiques de la pensée complexe : éthique de la compréhension, anthropo-éthique, concept de Terre-Patrie, citoyenneté planétaire.
- Complexité et défis environnementaux : Écologie de l’action, pensée écologique de Morin, critiques de la technoscience, apports aux théories de la transition, de la résilience et de l’Anthropocène.
- Héritages et critiques de la pensée morinienne : Évaluation de son influence épistémologique, débats critiques (risque de généralisme, tensions avec les sciences dures, réceptions contrastées).
- Actualité d’Edgar Morin dans les recherches contemporaines : Réceptions, réappropriations et malentendus de sa pensée dans les travaux récents en sciences, en philosophie et en ingénierie.
- Dialogues entre la pensée complexe et les approches décoloniales, écologiques ou numériques : Convergences et divergences avec les épistémologies du Sud, les humanités environnementales, l’intelligence artificielle, les big data, les communs numériques et la gouvernance algorithmique.
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Bibliographie essentielle (Edgar Morin)
La Méthode
- La Méthode. Tome 1 : La Nature de la nature (1977) ; Tome 2 : La Vie de la vie (1980) ; Tome 3 : La Connaissance de la connaissance (1986) ; Tome 4 : Les Idées (1991) ; Tome 5 : L’Humanité de l’humanité (2001) ; Tome 6 : L’Éthique (2004). Paris, Seuil. [Rééd. « Points Essais » puis « Opus »]
Épistémologie de la complexité
- Introduction à la pensée complexe. Paris, ESF, 1990 ; Seuil, « Points Essais », 2005.
- Science avec conscience. Paris, Fayard, 1982 ; « Points Sciences », 1990.
Éducation et réforme de la pensée
- Les Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Paris, Seuil / UNESCO, 2000 ; « Points Essais », 2025.
- La Tête bien faite. Repenser la réforme, réformer la pensée. Paris, Seuil, 1999.
- Enseigner à vivre. Manifeste pour changer l’éducation. Paris, Actes Sud, 2014.
Anthropologie, société et culture
- L’Homme et la Mort. Paris, Corréa, 1948 ; Seuil, « Points Essais », 1977.
- Le Cinéma ou l’homme imaginaire. Paris, Minuit, 1956.
- L’Esprit du temps. Essai sur la culture de masse. Paris, Grasset, 1962 (t.1) et 1976 (t.2) ; Armand Colin, 2008.
- La Rumeur d’Orléans. Paris, Seuil, 1969 ; « Points Essais », 1982.
Politique, écologie et Terre-Patrie
- Terre-Patrie (avec Anne-Brigitte Kern). Paris, Seuil, 1993 ; « Points », 1996.
- Penser l’Europe. Paris, Gallimard, 1987 ; « Folio », 2022.
- La Voie. Pour l’avenir de l’humanité. Paris, Fayard, 2011 ; « Pluriel », 2012.
- Changeons de voie. Les leçons du coronavirus (avec Sabah Abouessalam). Paris, Denoël, 2020.
- Réveillons-nous ! Paris, Denoël, 2022 ; « Folio », 2023.
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Modalité de soumission
- Les textes, en français ou en anglais, doivent être soumis directement via la plateforme de la revue : https://revues.imist.ma/index.php/Complexus/about/submissions#onlineSubmissions (Les auteurs doivent s’inscrire sur la plateforme de la revue) ;
- ou envoyés en fichier attaché au format Word accompagné d’un résumé (en français et en anglais) de 250 à 300 mots et d’un court CV (une dizaine de lignes précisant les coordonnées, statut, institution universitaire, discipline scientifique, orientations de recherche de l’auteur et les principales publications). Le courriel doit être adressé avant le 30 novembre 2026 délai de rigueur, à l’adresse suivante : revuecomplexus@gmail.com
- La rédaction de l'article devra respecter les normes de la revue. Merci de consulter à cette fin : https://revues.imist.ma/index.php/Complexus/about/submissions#onlineSubmissions
- Les articles doivent compter de 30 000 à 40 000 signes, incluant les espaces, mais excluant les références. Ils seront évalués en double aveugle par le comité de lecture. Les décisions du comité scientifique seront communiquées aux auteurs avant le 30 décembre 2026.