Écritures de la vulnérabilité dans la littérature latino-américaine contemporaine (MSH Poitiers)
Écritures de la vulnérabilité dans la littérature latino-américaine contemporaine.
Journée d'étude des doctorant.e.s du CRLA-Archivos, Université de Poitiers
Jeudi 22 octobre 2026
Au cours des deux dernières décennies, la vulnérabilité s'est imposée comme une catégorie essentielle des sciences sociales et de la philosophie politique, au point de constituer ce que certain.es qualifient de « vulnerability turn » (Fineman, 2008). Dans Politiques de la vulnérabilité, Marie Garrau analyse ce concept en soulignant la nécessité d’interroger ses usages institutionnels et idéologiques afin d’en dégager le potentiel critique.
La distinction établie par Judith Butler entre precariousness (precaridad en espagnol) et precarity (precariedad) est centrale pour appréhender la notion : la première désigne « une condition générale que l’on peut qualifier d’existentielle », inhérente à toute vie humaine, tandis que la seconde renvoie « à la manière dont la fragilité existentielle du vivant et l’absence de garantie quant à sa continuation s’expriment ou sont exploitées au point de vue social et politique» (Butler, 2009 : 9). Les deux aspects sont interdépendants : la précarité existentielle de toute vie constitue la condition sur laquelle s'exercent les formes sociales et politiques de la précarisation.
Si la notion de vulnérabilité est aujourd’hui largement mobilisée, cette journée d’étude se propose d'interroger les apports de ces renouvellements théoriques dans le champ des études littéraires latino-américaines. La vulnérabilité y sera envisagée comme une manière de repenser le rapport à l’Autre à partir d’un sujet fondamentalement ouvert, perméable et interdépendant. Il s’agira de penser les affects en littérature, puisque la vulnérabilité renvoie à notre capacité constitutive d’être affecté par autrui. Elle constitue ainsi le point de départ de réflexions sur l’interdépendance, la responsabilité, les pratiques du care et les formes de résistance, que nous penserons ici par et dans la littérature.
Sortie de son autonomie (Ludmer, 2010 ; Citton, 2007 ; Gefen, 2021), la littérature contemporaine semble renouer avec le monde social, tandis que la théorie littéraire connaît un véritable « moment éthique », nourri notamment par le « tournant affectif » (Berlant, 1997 ; Ahmed, 2004 ; Clough, 2007…) Ces dernières années, de nombreux travaux ont ainsi interrogé les liens entre littérature, affects et vulnérabilités (Puchmüller Andrea et Cristina Patricia Sosa, 2025 ; Boblet, Marie-Hélène, et Anne Gourio. 2020 ; Gamba, 2025…)
Ce renouvellement critique invite à penser les « écritures de la vulnérabilité », en considérant la littérature non seulement comme un espace de représentation de la vulnérabilité, mais comme un lieu où se reconfigurent les subjectivités contemporaines (Arfuch, 2002, 2005). Les œuvres ne se contentent pas de rendre visibles des sujets vulnérables, au risque parfois de reconduire les stigmates qui leur sont associés : elles élaborent des formes capables de les penser. Comme le rappellent Guerrero et Bouzaglo, « La literatura como productora de metáforas tiene la capacidad de inventar, reforzar, invertir, resistir, desconectar o reconectar las metáforas que otras instituciones y hasta la propia literatura instalan » (2007 : 25). La vulnérabilité apparaît ainsi comme un principe poétique qui reconfigure les modalités de narration, les régimes d’énonciation et les rapports entre fiction, témoignage et document ; et la littérature comme un espace de cette reconfiguration des imaginaires de la fragilité, de la souffrance ou de la marginalité. Il s’agira également de penser une « littérature précaire », afin de déplacer la question de la représentation de la vulnérabilité vers les conditions matérielles de l’écriture et les transformations contemporaines de l’objet littéraire, de ses institutions et de ses modes de production (voir axe 5).
Les propositions pourront notamment s'inscrire dans les axes suivants, sans que cette liste soit exhaustive :
Axe 1 : Corps vulnérables, biopolitique et contre-pédagogies de la cruauté
Du latin vulnus (« blessure ») et vulnerare (« blesser »), le terme « vulnérable » renvoie d’abord à notre condition corporelle. Le corps constitue une frontière physique entre soi et autrui, séparant le dedans du dehors par l’intermédiaire de la peau : une barrière à la fois protectrice et fragile, une enveloppe poreuse (Le Breton, 2024 ; Anzieu, 1985). Au-delà de cette acception première, « la vulnérabilité (…) définit en creux ce qu’une société considère comme étant un corps intègre » (Cahiers du Genre, n° 58, 2015). Cet axe propose d’interroger la corporéité comme fondement de la gouvernementalité biopolitique (Moraña, 2021), en considérant la matérialité des corps comme le premier lieu d’inscription des normes et des rapports de pouvoir, mais aussi comme l’espace où se construisent et se négocient les processus de subjectivation, de reconnaissance et d’exclusion.
Dans le sillage des travaux de Rita Segato sur les « pédagogies de la cruauté », il s’agira d’examiner les mécanismes par lesquels certains corps sont rendus disponibles à la violence, déshumanisés ou transformés en objets : « Llamo pedagogías de la crueldad a todos los actos y prácticas que enseñan, habitúan y programan a los sujetos a transmutar lo vivo y su vitalidad en cosas. » (Segato; 2018 : 11). On pourra ainsi s’interroger sur la manière dont la littérature élabore de véritables « contre-pédagogies de la cruauté ». Cet axe accueillera des réflexions sur les écritures du corps souffrant, de la maladie et du vieillissement, mais également sur les corps féminisés, queer, racisés, dissidents ou encore sur les corps-cadavres.
Nous invitons également à penser les métaphores du corps, afin d’examiner les liens entre vulnérabilité, territoire et pouvoir. À la manière d’Anzaldúa qui fait du territoire lui-même un corps vulnérable en décrivant la frontière entre les États-Unis et le Mexique comme « una herida abierta donde el Tercer Mundo se raspa contra el Primero y sangra » (Anzaldúa, 1987 : 3), les communications pourront explorer les continuités entre les violences exercées sur les corps et les territoires, en s’intéressant aux territoires colonisés soumis aux logiques extractivistes, aux espaces et corps migrants, ou encore aux effets des crises écologiques.
Axe 2 : Écritures du traumatisme, (post)mémoire et rhétoriques de la réparation
« L’expérience du traumatisme et du deuil « exemplifient et exacerbent la vulnérabilité « fondamentale » (Garrau, 2018 : 17). Cet axe invite à penser l’écriture du traumatisme, dans son sens premier de choc, blessure comme dans sa définition la plus répandue de traumatisme psychique. Les Trauma Studies, développées à partir des réflexions sur les violences de masse du XXᵉ siècle, ont renouvelé l’approche des expériences traumatiques en interrogeant leurs conditions de représentation, et enjeux éthiques et esthétiques liés à la mise en récit de l’indicible. Il s’agira de penser les écritures contemporaines du traumatisme, individuel ou collectif, à partir des tensions entre mémoire, oubli et transmission, en mobilisant par exemple les concepts de post-mémoire (Hirsch, 2012), le paradigme de l’après-coup (Laumier, 2023) ou encore les rapports entre fiction et non-fiction dans la définition d’une éthique du témoignage.
Dans la mesure où, selon Adriana Cavarero, la condition vulnérable oscille entre deux pôles, « la herida y la cura » (2009: 43) et « En cuanto vulnerable, expuesto al otro, el cuerpo singular se manifiesta irremediablemente en ambas respuestas » (ibid.), cet axe propose également de questionner les rhétoriques contemporaines de la réparation qui marquent la théorie littéraire contemporaine. Sans les réduire à une conception thérapeutique de l'écriture, il s'agira d’examiner comment certaines œuvres élaborent des pratiques d’attention, d’écoute et de relation, en dialogue avec les éthiques du care (Carol Gilligan, Joan Tronto, Sandra Laugier). Une attention particulière pourra être portée à la question de la voix — qui parle, qui est entendu, qui demeure réduit au silence ? —, aux esthétiques de l'écoute, ainsi qu'aux pratiques d'enquête, de collecte et de travail d'archives qui participent à la transmission de mémoires blessées.
Axe 3 : Victimes, vulnérabilité et résistance
Dans La potencia feminista o el deseo de cambiarlo todo, Verónica Gago rappelle, à partir de Judith Butler, la nécessité de dissocier vulnérabilité et passivité : « Butler propone así desacoplar vulnerabilidad de victimización. Poner el cuerpo en la línea, en la valla, en el frente, no es incompatible con sostener la vulnerabilidad: sólo hay que dejar de lado el paternalismo masculino que opone poder a la vulnerabilidad » (2019 : 179) Dans cette perspective, cet axe propose de penser la vulnérabilité non comme pas comme l’envers de la capacité d’agir ou une faiblesse à dépasser, mais comme condition relationnelle à partir de laquelle peuvent émerger des formes de résistance (Butler, Gambetti, Sabsay, 2016). Dans Résistances affectives, Chowra Makaremi analyse notamment le deuil comme une « technologie de résistance affective », en montrant comment le chagrin, la colère et l’amour peuvent devenir des ressources politiques dans des mobilisations collectives, allant des Mères de la place de Mai au mouvement Black Lives Matter. Cet axe accueillera des réflexions sur les pratiques de résistance féministes, antiracistes et décoloniales, mais également sur les formes littéraires qui interrogent la figure de la victime. Comment la littérature peut-elle déplacer le regard porté sur les sujets vulnérabilisés, en les faisant apparaître non seulement comme des sujets blessés, mais comme des sujets capables d’action et de transformation politique ?
Axe 4: Vers une critique de la catégorie de vulnérabilité
Dans «White Innocence in the Black Mediterranean: Hospitality and the Erasure of History», Ida Danewid met en évidence les limites d’un « nouvel humanisme » fondé sur une vulnérabilité partagée, notamment à partir d’une lecture critique de l’éthique butlérienne du deuil et de la pleurabilité. En substituant à l’histoire des violences une ontologie générale de la vulnérabilité, ces approches risquent d’effacer les rapports historiques de pouvoir, notamment coloniaux, ainsi que les responsabilités politiques qui les sous-tendent. Danewid interroge ainsi la capacité d’une éthique fondée sur la souffrance d’une humanité abstraite à répondre aux formes contemporaines d’injustice : selon elle, une « politique de la lamentation » peut aisément se transformer en une « lamentation de la politique », qui se contente de pleurer la violence plutôt que d’en interroger les conditions historiques et structurelles. En s’appuyant sur Sara Ahmed et Clare Hemmings, elle montre également que cette approche peut conduire à une « cannibalisation of the other masquerading as care » (2012 : 152), où la compassion envers l’autre vulnérable ne fait que reconduire une forme d’innocence blanche. Par ailleurs, pour Florent Coste, cette omniprésence de la catégorie de vulnérabilité dit quelque chose d’un « hyper-individualisme exaltant et marchandant les valeurs indexées sur la singularité ; dans cette société libérale qu’on croit sans classes, la littérature se gargarise assez volontiers d’individualités et de subjectivités » (2024 : 37). Cet axe entend ainsi ouvrir une réflexion épistémologique sur la catégorie de vulnérabilité elle-même. Sans en nier la fécondité heuristique, il s’agira d’en interroger les usages, les impensés et les effets critiques : que rend-elle visible, mais aussi, que risque-t-elle d'invisibiliser ?
Axe 5 : Littérature en péril : vulnérabilité de la discipline littéraire ?
À partir des réflexions d'Annick Louis sur l'objet et la discipline littéraires (2022), cette journée d'étude entend également interroger la vulnérabilité de la littérature en tant que champ de savoir et institution. Dans cette perspective, les outils des sciences humaines et sociales permettent de dépasser une lecture strictement textualiste des œuvres. Ils invitent à penser conjointement les formes littéraires, les conditions de leur production et les régimes de circulation des textes, afin de mieux comprendre comment la vulnérabilité s'inscrit également dans les structures mêmes du champ littéraire mondialisé, sans dissocier les œuvres des rapports de force qui organisent leur production, leur diffusion et leur légitimation. Cette perspective conduit par exemple à interroger les mutations contemporaines de l'auctorialité : loin de la figure du génie romantique, de nombreuses pratiques d'écriture privilégient aujourd'hui des formes de création collaborative ou relationnelle qui font de l'interdépendance et de l'exposition à autrui des conditions mêmes de l'écriture. Les communications pourront ainsi interroger les formes contemporaines de l'auctorialité, les politiques de la publication, les conditions matérielles de production des œuvres, ainsi que les rapports entre création, précarité et institution.
Les propositions de communication (environ 300 mots), en français ou en espagnol, accompagnées d'une courte notice bio-bibliographique, devront être envoyées, au format PDF, avant le 7 septembre à l'adresse suivante : CRLAdoctoriales2026@gmail.com, La journée d’étude aura lieu à l’Université de Poitiers le jeudi 22 octobre 2026. Une seconde journée d’étude est envisagée au courant du mois de mars 2027.
Comité d’organisation :
Lola Tinevez (Université de Poitiers)
Victor Lagos Bascuñan (Université de Poitiers)
Comité scientifique :
Cécile Quintana (Université de Poitiers)
Marie-Agnès Palaisi (Université de Toulouse Jean Jaurès)
María Martinez Deyros (Université de Valladolid)
Illustration : Leonilson, Longo caminho de um rapaz apaixonado, 1989
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Escrituras de la vulnerabilidad en la literatura latinoamericana contemporánea.
Jornada doctoral del CRLA-Archivos
Jueves 22 de octubre de 2026
Convocatoria:
Durante las dos últimas décadas, la vulnerabilidad se ha impuesto como una categoría esencial de las ciencias sociales y de la filosofía política, hasta constituir el denominado «vulnerability turn» (Fineman, 2008). En Politiques de la vulnérabilité, Marie Garrau analiza este concepto subrayando la necesidad de interrogar sus usos institucionales e ideológicos para extraer su potencial crítico.
La distinción establecida por Judith Butler entre precariousness (precariedad) y precarity (precaridad) resulta central para aprehender la noción: la primera designa «más bien una condición general que puede calificarse de existencial», inherente a toda vida humana, mientras que la segunda remite «a la manera en que la fragilidad existencial de lo vivo y la ausencia de garantías respecto de su continuidad se expresan o son explotadas desde el punto de vista social y político» (Butler, 2009: 9). Ambas vertientes son interdependientes: la precariedad existencial de toda vida constituye la condición sobre la cual se ejercen las formas sociales y políticas de precarización.
Si la noción de vulnerabilidad es hoy ampliamente movilizada, esta jornada de estudio se propone interrogar los aportes de estas renovaciones teóricas en el campo de los estudios literarios latinoamericanos. La vulnerabilidad será entendida aquí como una forma de repensar la relación con el Otro, a partir de un sujeto fundamentalmente abierto, permeable e interdependiente. Se propone pensar los afectos en la literatura, en la medida en que la vulnerabilidad remite a nuestra capacidad constitutiva de ser afectados por los demás. Constituye así un punto de partida para reflexionar sobre la interdependencia, la responsabilidad, las prácticas del care y las formas de resistencia, que abordaremos aquí desde la literatura.
Al desprenderse del paradigma autonomista que durante largo tiempo la definió (Ludmer, 2010; Citton, 2007; Gefen, 2021), la literatura contemporánea parece restablecer sus vínculos con el mundo social. Paralelamente, la teoría literaria atraviesa un verdadero «momento ético», alimentado en particular por el «giro afectivo» (Berlant, 1997; Ahmed, 2004; Clough, 2007...), y en los últimos años, numerosos trabajos se han interesado en los vínculos entre literatura, afectos y vulnerabilidad (Puchmüller y Sosa, 2025; Boblet y Gourio, 2020; Gamba, 2025...).
Esta renovación crítica invita a pensar las «escrituras de la vulnerabilidad», considerando la literatura como un espacio donde se reconfiguran las subjetividades contemporáneas (Arfuch, 2002, 2005). Las obras no se limitan a hacer visibles a sujetos vulnerables —a riesgo, en ocasiones, de reproducir los estigmas que se les asocian—: elaboran formas capaces de pensarlos. Como recuerdan Guerrero y Bouzaglo, «La literatura como productora de metáforas tiene la capacidad de inventar, reforzar, invertir, resistir, desconectar o reconectar las metáforas que otras instituciones y hasta la propia literatura instalan» (2007: 25). La vulnerabilidad aparece así como un principio poético que reconfigura las modalidades de la narración, los regímenes de enunciación y las relaciones entre ficción, testimonio y documento; y la literatura como un espacio de esta reconfiguración de los imaginarios de la fragilidad, del sufrimiento o de la marginalidad. Se tratará asimismo de pensar una «literatura precaria», para desplazar la cuestión de la representación de la vulnerabilidad hacia las condiciones materiales de la escritura y las transformaciones contemporáneas del objeto literario, de sus instituciones y de sus modos de producción (véase el eje 5).
Las propuestas podrán inscribirse, en particular, en los siguientes ejes, sin que esta lista sea exhaustiva:
Eje 1: Cuerpos vulnerables, biopolítica y contra-pedagogías de la crueldad
Del latín vulnus («herida») y vulnerare («herir»), el término «vulnerable» remite en primer lugar a nuestra condición corporal. El cuerpo constituye una frontera física entre uno mismo y el otro, que separa el adentro del afuera por intermedio de la piel: una barrera a la vez protectora y frágil, una envoltura porosa (Le Breton, 2024; Anzieu, 1985). Más allá de esta acepción primera, «la vulnerabilidad (...) define en negativo lo que una sociedad considera como un cuerpo íntegro» (Cahiers du Genre, n.º 58, 2015). Este eje propone interrogar la corporeidad como fundamento de la gubernamentalidad biopolítica (Moraña, 2021), considerando la materialidad de los cuerpos como el primer lugar de inscripción de las normas y de las relaciones de poder, pero también como el espacio donde se construyen y se negocian los procesos de subjetivación, de reconocimiento y de exclusión.
En la línea de los trabajos de Rita Segato sobre las «pedagogías de la crueldad», se propone examinar los mecanismos mediante los cuales ciertos cuerpos son vueltos disponibles para la violencia, deshumanizados o transformados en objetos: «Llamo pedagogías de la crueldad a todos los actos y prácticas que enseñan, habitúan y programan a los sujetos a transmutar lo vivo y su vitalidad en cosas» (Segato, 2018: 11). Podrá interrogarse igualmente la manera en que la literatura elabora verdaderas «contra-pedagogías de la crueldad». Este eje eje acogerá propuestas sobre las escrituras del cuerpo sufriente, de la enfermedad y del envejecimiento, así como sobre los cuerpos feminizados, queer, racializados, disidentes o incluso los cuerpos-cadáveres.
Invitamos también a pensar las metáforas del cuerpo para interrogar los vínculos entre vulnerabilidad, territorio y poder. Al igual que Anzaldúa, quien convierte el propio territorio en un cuerpo vulnerable al describir la frontera entre Estados Unidos y México como «una herida abierta donde el Tercer Mundo se raspa contra el Primero y sangra» (Anzaldúa, 1987: 3), las comunicaciones podrán explorar las continuidades entre las violencias ejercidas sobre los cuerpos y los territorios, atendiendo a los territorios colonizados sometidos a lógicas extractivistas, a los espacios y cuerpos migrantes, así como a los efectos de las crisis ecológicas.
Eje 2: Escrituras del trauma, (pos)memoria y retóricas de la reparación
La experiencia del trauma y del duelo «ejemplifican y exacerban la vulnerabilidad “fundamental”» (Garrau, 2018: 17). Este eje invita a pensar la escritura del trauma, tanto en su sentido primero de choque, de herida, como en su definición más extendida de trauma psíquico. Los Trauma Studies, desarrollados a partir de las reflexiones sobre las violencias de masa del siglo XX, han renovado el abordaje de las experiencias traumáticas interrogando sus condiciones de representación, así como los desafíos éticos y estéticos ligados a la puesta en relato de lo indecible. Se tratará de pensar las escrituras contemporáneas del trauma, individual o colectivo, a partir de las tensiones entre memoria, olvido y transmisión, movilizando por ejemplo los conceptos de posmemoria (Hirsch, 2012), el paradigma del «après-coup» (Nachträglichkeit) (Laumier, 2023) o incluso las relaciones entre ficción y no ficción en la constitución de una ética del testimonio.
Según Adriana Cavarero, la condición vulnerable oscila entre dos polos, « la herida y la cura » (2009: 43) y « en cuanto vulnerable, expuesto al otro, el cuerpo singular se manifiesta irremediablemente en ambas respuestas » (ibid.) : este eje propone entonces cuestionar las retóricas de la reparación que atraviesan la teoría literaria contemporánea. Sin reducirlas a una concepción terapéutica de la escritura, se tratará de examinar cómo ciertas obras elaboran prácticas de atención, escucha y relación, en diálogo con las éticas del care (Carol Gilligan, Joan Tronto, Sandra Laugier). Podrá prestarse una atención particular a las cuestiones de la voz —¿quién habla, quién es escuchado, quién permanece reducido al silencio?—, a las estéticas de la escucha, así como a las prácticas de investigación, de recopilación y de trabajo de archivo que participan en la transmisión de memorias heridas.
Eje 3: Víctimas, vulnerabilidad y resistencia
En La potencia feminista o el deseo de cambiarlo todo, Verónica Gago recuerda, a partir de Judith Butler, la necesidad de disociar vulnerabilidad y pasividad: «Butler propone así desacoplar vulnerabilidad de victimización. Poner el cuerpo en la línea, en la valla, en el frente, no es incompatible con sostener la vulnerabilidad: sólo hay que dejar de lado el paternalismo masculino que opone poder a la vulnerabilidad» (2019: 179). En esta perspectiva, este eje invita a pensar la vulnerabilidad no como el contrapunto de la capacidad de actuar ni como una debilidad que haya que superar, sino como una condición relacional a partir de la cual pueden emerger formas de resistencia (Butler, Gambetti, Sabsay, 2016). En Résistances affectives, Chowra Makaremi analiza en particular el duelo como una «tecnología de resistencia afectiva», mostrando cómo la pena, la rabia y el amor pueden convertirse en recursos políticos dentro de movilizaciones colectivas que van desde las Madres de Plaza de Mayo hasta el movimiento Black Lives Matter. Este eje acogerá reflexiones sobre las prácticas de resistencia feministas, antirracistas y decoloniales, pero también sobre las formas literarias que interrogan la figura de la víctima. ¿Cómo puede la literatura desplazar la mirada dirigida a los sujetos vulnerabilizados, haciéndolos aparecer no solo como sujetos heridos, sino como sujetos capaces de acción y de transformación política?
Eje 4: Hacia una crítica de la categoría de vulnerabilidad
En «White Innocence in the Black Mediterranean: Hospitality and the Erasure of History», Ida Danewid pone de manifiesto los límites de un «nuevo humanismo» fundado en una vulnerabilidad compartida, en particular a partir de una lectura crítica de la ética butleriana del duelo y de la grievability. Al sustituir la historia de las violencias por una ontología general de la vulnerabilidad, estos enfoques corren el riesgo de borrar las relaciones históricas de poder, particularmente las coloniales, así como las responsabilidades políticas que las sustentan. Danewid cuestiona así la capacidad de una ética fundada en el sufrimiento de una humanidad abstracta para responder a las formas contemporáneas de injusticia: según ella, una «política de la lamentación» puede transformarse fácilmente en una «lamentación de la política», que se limita a llorar la violencia en lugar de interrogar sus condiciones históricas y estructurales. Apoyándose en Sara Ahmed y Clare Hemmings, muestra asimismo que este enfoque puede conducir a una «cannibalisation of the other masquerading as care» (2012: 152), en la que la compasión hacia el otro vulnerable no hace sino reproducir una forma de inocencia blanca. Por otro lado, para Florent Coste, esta omnipresencia de la categoría de vulnerabilidad dice algo de un «hiperindividualismo que exalta y mercantiliza los valores indexados a la singularidad; en esta sociedad liberal que se cree sin clases, la literatura se regodea con bastante gusto en individualidades y subjetividades» (2024: 37). Este eje pretende, así, abrir una reflexión epistemológica sobre la propia categoría de vulnerabilidad. Sin negar su fecundidad heurística, se tratará de interrogar sus usos, sus impensados y sus efectos críticos: ¿qué hace visible, pero también qué corre el riesgo de invisibilizar?
Eje 5: La literatura precaria: ¿vulnerabilidad de la disciplina literaria?
Siguiendo las reflexiones de Annick Louis sobre el objeto y la disciplina literaria (2022), esta jornada de estudio pretende también interrogar la vulnerabilidad de la literatura como campo de saber e institución. En esta perspectiva, las herramientas de las ciencias humanas y sociales permiten superar una lectura estrictamente textualista de las obras. Se trata, así, de pensar conjuntamente las formas literarias, las condiciones de su producción y los regímenes de circulación de los textos, a fin de comprender mejor cómo la vulnerabilidad se inscribe también en las estructuras mismas del campo literario mundializado, sin disociar las obras de las relaciones de fuerza que organizan su producción, su difusión y su legitimación. Esta perspectiva conduce, por ejemplo, a interrogar las mutaciones contemporáneas de la autoría. Lejos de la figura del genio romántico, numerosas prácticas de escritura privilegian hoy formas de creación colaborativa, relacional o situada, que hacen de la interdependencia y de la exposición al otro las condiciones mismas de la escritura. Las comunicaciones podrán, de este modo, interrogar las formas contemporáneas de la autoría, las prácticas de escritura colectiva,las condiciones materiales de producción de las obras, así como las relaciones entre creación, precariedad e institución.
Las propuestas de comunicación, en francés o en español (alrededor de 300 palabras), acompañadas de una breve nota biobibliográfica, deberán enviarse, en formato PDF, antes del 7 de septiembre a la siguiente dirección: CRLAdoctoriales2026@gmail.com. La jornada tendrá lugar en la Universidad de Poitiers el jueves 12 de noviembre de 2026. Se prevé una segunda jornada de estudio en marzo de 2027.
Comité d’organisation :
Lola Tinevez (Universidad de Poitiers)
Victor Lagos Bascuñan (Universidad de Poitiers)
Comité scientifique :
Cécile Quintana (Universidad de Poitiers)
Marie-Agnès Palaisi (Universidad de Toulouse Jean Jaurès)
María Martinez Deyros (Universidad de Valladolid)
Ilustración : Leonilson, Longo caminho de um rapaz apaixonado, 1989
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Bibliographie indicative :
Anzaldúa, Gloria, Borderlands/La Frontera. The New Mestiza, Aunt Lute Books, 1987.
Anzieu, Didier. Le Moi-peau, Dunod, 1985.
Arfuch, Leonor. Identidades, sujetos y subjetividades, Prometeo Libros, 2005.
Arfuch, Leonor. El espacio biográfico: dilemas de la subjetividad contemporánea, Fondo de Cultura Económica, 2002.
Berlant, Lauren Gail. The Queen of America Goes to Washington City: Essays on Sex and Citizenship, Duke University Press, 1997.
Boblet, Marie-Hélène et Anne Gourio. « Dire et lire les vulnérabilités contemporaines. Introduction ». Elfe XX-XXI. Études de la littérature française des XXe et XXIe siècles, no 9, Société d’étude de la littérature de langue française du XXe et du XXIe siècles, 2020.
Boehringer, Sandra et Estelle Ferrarese. « Féminisme et vulnérabilité : Introduction ». Cahiers du Genre, vol. 58, no1, 2015, p. 5-19.
Butler, Judith. Bodies that Matter: On the Discursive Limits of « Sex », Routledge, 2011.
Butler, Judith. Frames of war : when is life grievable?, Verso, 2010.
Butler, Judith, Zeynep Gambetti, Leticia Sabsay (dir.). Vulnerability in Resistance, Duke University Press, 2016.
Carral, Andrea Cobas. Narrar la ausencia: Escritura de Hijas e Hijos de militantes argentinos de los 70, Corregidor, 2024.
Cavarero, Adriana. Horrorism: Naming Contemporary Violence, Columbia University Press, 2009.
Citton, Yves. Pour une écologie de l’attention, Média Diffusion, 2014.
Citton, Yves. Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, Amsterdam, 2007.
Coste, Florent. L’ordinaire de la littérature. Que peut (encore) la théorie littéraire ?, La Fabrique éditions, 2024.
Clough, Patricia Ticineto et Halley, Jean. The Affective Turn: Theorizing the Social, Duke University Press, 2007.
Danewid, Ida. « White innocence in the Black Mediterranean: hospitality and the erasure of history », Third World Quarterly, vol. 38, no 7, 2017, p. 1674-1689.
Fineman, Martha Albertson. « The Vulnerable Subject: Anchoring Equality in the Human Condition ». Yale Journal of Law & Feminism, vol. 20, no 1, 2008.
Gago, Verónica. La potencia feminista o el deseo de cambiarlo todo, Bajo Tierra Ediciones, 2019
Gamba, Ana Marina. Escrituras de la vulnerabilidad. Precariedad, afecto y heteronomía en la narrativa contemporánea de autoras latinoamericanas, 2025. Thèse de doctorat soutenue à l’Université de Lausanne, non publiée.
Garrau, Marie. Politiques de la vulnérabilité, CNRS éditions, 2018.
Gefen, Alexandre. L’Idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Corti, coll. « Les Essais », 2021.
Gefen, Alexandre. Réparer le monde : la littérature française face au XXIe siècle, Corti, coll. « Les Essais », 2017.
Gilligan, Carol. Une voix différente : pour une éthique du care, Flammarion, coll. « Champs », 2008.
Gorton, Kristyn. « Theorizing emotion and affect: Feminist engagements », Feminist Theory, vol. 8, no 3, 2007, p. 333-348.
Hemmings, Clare. « Affective solidarity: Feminist reflexivity and political transformation », Feminist Theory, vol. 13, 21, 2012, p. 147-161.
Hirsch, Marianne. The Generation of Postmemory: Writing and Visual Culture After the Holocaust, Columbia University Press, 2012.
Laumier, Alice. L’après-coup: temporalité de l’événement et approches critiques du trauma, Presses Sorbonne Nouvelle, 2023.
Le Breton, David. Cicatrices: l’existence dans la peau, Éditions Métailié, 2024.
Louis, Annick. Sin objeto: por una epistemología de la disciplina literaria, Colihue, 2022.
Ludmer, Josefina. Aquí América Latina. Una especulación. Eterna Cadencia, 2010.
Moraña, Mabel. Pensar el cuerpo: historia, materialidad y símbolo, Herder Editorial, 2021.
Meizoz, Jérôme, Faire l’auteur en régime néo-libéral. Rudiments de marketing littéraire, Éditions Slatkine, 2020.
Nussbaum, Martha C. The Fragility of Goodness: Luck and Ethics in Greek Tragedy and Philosophy, Cambridge University Press, 2001.
Pelluchon, Corine. Éléments pour une éthique de la vulnérabilité: les hommes, les animaux, la nature, Cerf, 2011.
Puchmüller, Andrea et Sosa, Cristina Patricia. « Introducción al dossier: Poéticas de la vulnerabilidad en la literatura contemporánea », Cuadernos del CILHA, no 42, 2025, p. 1-9.
Rivera Garza, Cristina. Dolerse: textos desde un país herido, Sur+, 2011.
Rivera Garza, Cristina. Los muertos indóciles. Necroescrituras y desapropiación, Tusquets, 2013.
Segato, Rita Laura. Expuesta a la muerte: escritos acerca de la pandemia, Metales Pesados, coll. « Colección Pasado mañana », 2023.
Segato, Rita Laura. Contra-pedagogías de la crueldad, Prometeo Libros, 2018.
Tronto, Joan C. Un monde vulnérable : pour une politique du care. La Découverte, coll. « Les Textes à l’appui », 2009.