Après deux premières éditions réussies (2025 et 2026), la Journée Jeunes Chercheurs.ses organisée par l’Association des Professeur.es de Langues Anciennes de l’Enseignement Supérieur (APLAES), qui permet aux jeunes chercheurs.ses de présenter leurs travaux aux membres de l’association, titulaires et non-titulaires, est reconduite pour une troisième année.
Le thème retenu pour cette troisième édition est « Femmes et pouvoir(s) dans l’Antiquité ». Nous souhaitons interroger les représentations féminines comme figures individuelles tout autant que dans leur(s) condition(s) féminine(s), et la façon dont le genre inscrit les femmes dans les dynamiques de pouvoir, que ce soit en tant qu’actrice de la production et de la transmission de la littérature ou comme objet littéraire ; par « pouvoirs » au pluriel, nous entendons le pouvoir dans toute sa multiplicité : pouvoir politique évidemment, mais aussi pouvoir socio-économique, pouvoir religieux, pouvoir littéraire, etc. Les études de genre représentent évidemment un enjeu crucial dans le cadre de cette thématique, et il faudra donc s’interroger sur l’apport des études de genre à l’étude des textes antiques. Les recherches récentes de Violaine Sébillote Cuchet (avec Les femmes d’Athènes paru en 2025), de Francesca Rohr (et ses travaux sur les matrones romaines, Powerful Matrons en 2022), d’Isabelle Algrain (spécialiste de l’archéologie du genre, Introduction à l’archéologie du genre en 2024), parmi d’autres, sur l’histoire des femmes et du genre, ainsi que le grand nombre de colloques de ces dernières années sur la question (pour n’en citer que quelques uns : « Les travaux, le rôle et le contrôle des femmes dans les textes didactiques antiques » à Lyon en 2025, « Autorités féminines. Reconsidération du pouvoir des femmes durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge (IVe-VIIIe siècles) » à Francfort en 2024, « Cultures de la violence et résistances féminines : les réceptions des mythes grecs antiques du XIVe au XXIe siècle, en Europe et au-delà » à Caen en 2026), montrent bien toute l’actualité et toute l’importance du sujet que Suzanne Saïd, par exemple, abordait déjà dans Le monde à l’envers : pouvoir féminin et communauté des femmes en Grèce ancienne dès 2013.
Ce thème peut être approché selon les axes suivants :
1) Femmes autrices et action des femmes dans la littérature/la transmission littéraire : dynamiques de pouvoir dans la création littéraire
→ Les femmes autrices : quels textes écrits par des femmes nous sont parvenus de l’Antiquité ? Sous quelle forme ? Quels sont les genres auxquels ils appartiennent ? On peut ici se questionner sur la transmission des textes écrits par des femmes, les étapes suivies et leur popularité antique ou contemporaine. Que disent ces textes du pouvoir de leurs autrices, ou de leur absence de pouvoir ?
→ L’action des femmes dans la littérature ou la transmission littéraire : quelle influence féminine dans la transmission des textes ? À quelles étapes, selon quelles modalités ? Comment l’action féminine peut-elle influer, révéler ou modifier les dynamiques de pouvoir préexistantes dans l’Antiquité ? On peut penser par exemple aux femmes copistes, qui ont eu une influence directe sur la transmission des textes, comme la copiste Eugenia, qui a copié au IXe siècle le manuscrit latin 7560 conservé à la Bibliothèque nationale de France et comportant des textes grammaticaux.
2) La représentation des femmes et des rapports de pouvoir au sein de la littérature antique
→ Comment les femmes de pouvoir sont-elles représentées dans la littérature antique ? Comment ces femmes qui transgressent les normes de genre sont-elles représentées ? Ont-elles des caractéristiques masculines qui justifient leur prise de pouvoir, par exemple ? Comment sont-elles situées parmi les normes de genre de leur époque (et de l’époque de leur auteur.rice) ? Quel traitement est accordé aux personnages féminins, quel est leur champ d’action et leur influence au sein de l’intrigue ? Peut-on identifier des motifs communs à tout un genre ; quid, par exemple, des personnages types féminins ? Certaines figures se détachent-elles au contraire des schémas usuels ? On orientera ces questions sur la thématique du pouvoir, sous toutes ces formes ; cet axe se prête aussi bien à des études de cas consacrées à des personnages féminins spécifiques qu’à des études d'ensemble.
3) Condition féminine et autorité
→ Comment est représentée la condition féminine dans la littérature antique ? Y a-t-il une conscience de genre, une différence de classe, d’âge, de statut ? À qui sont-elles comparées ? Y a-t-il une unité de représentation ou des variations ? Si oui, à quoi sont-elles liées (géographique, historique…) ? Comment représente-t-on une femme mariée, libre, déesse, esclave ? Y a-t-il une forme d’autorité liée à la condition féminine, ou à l’inverse une dynamique d’effacement ?
4) Approches théoriques des dynamiques du pouvoir féminin
→ Comment les Anciens concevaient-ils les femmes et les dynamiques de pouvoir liées au genre ? Cette approche pourra notamment se focaliser sur les textes historiographiques et philosophiques abordant la question de la place des femmes au sein des sociétés antiques, grecques et romaines ; mais aussi sur les textes techniques, comme les textes juridiques discutant des droits des femmes, ou médicaux qui, en s’intéressant au fonctionnement du corps féminin, ont pu servir de justification théorique à la répartition genrée du pouvoir.
5) Études de réception
→ Les études de réception sont également les bienvenues pour réfléchir à la continuité et l’évolution de ces idées après l’Antiquité. On peut ainsi se demander de quelle façon les thématiques évoquées ci-dessus, l’influence des femmes dans la création littéraire, la représentation du pouvoir féminin, sa conceptualisation, etc., telles qu'elles sont traitées par les Anciens, sont reçues, qu’elles soient conservées, modifiées ou rejetées, au Moyen Âge et à la Renaissance, voire aux époques modernes et contemporaines. On pourra s'intéresser, parmi d’autres possibilités, aux réécritures et réactualisations des œuvres antiques, ainsi qu’à la réinterprétation des personnages féminins antiques dans les écrits médiévaux, modernes et contemporains, à la réception des textes des autrices antiques et des théories médicales et philosophiques par les humanistes, et, au sein de tout cela, à l’évolution des dynamiques du pouvoir féminin par rapport aux conceptions antiques.
Organisatrices : Emmanuelle Jégo (UGA) et Clémence Pelletier (Sorbonne Université), représentantes des non-titulaires au Bureau de l’APLAES.
Date de tombée de l’appel : 16/10/2026
Date de la manifestation : 15-16/01/2027
Informations pratiques : les propositions de communication, qui devront comporter un titre provisoire, un résumé (de 250-300 mots) et une brève notice biographique, sont à envoyer aux deux organisatrices par mail au plus tard le 16 octobre 2026 (emmanuelle.jego@univ-grenoble-alpes.fr ; clemence.pelletier@sorbonne-universite.fr). Les résultats de la sélection seront annoncés fin octobre 2026. La manifestation se tiendra les 15 et 16 janvier 2027, à l’ENS de Paris.
Les communications feront ensuite l’objet d’une publication dans la revue des Annales de l’APLAES, sous réserve que les articles soumis aient été validés au préalable par le directeur ou la directrice de thèse de l’auteur.trice.