Actualité
Appels à contributions
Cinéma libanais histoires, enjeux et patrimoines cinématographiques (Caen)

Cinéma libanais histoires, enjeux et patrimoines cinématographiques (Caen)

Colloque international   

Cinéma libanais

histoires, enjeux et patrimoines cinématographiques

Caen - 12-13-14 avril 2027

En 1897, Alexandre Promio, opérateur pour les frères Lumières, pose son cinématographe à Beyrouth. Sur la place des canons (Sahet El Bourj), Promio filme ce qui restera comme la plus ancienne trace animée de la ville. Cette « vue lumière » n’est pas seulement le premier jalon technique du cinéma au Liban ; elle est l’acte de naissance du regard cinématographique sur un territoire qui, pendant 130 ans, ne cessera d'être filmé, modelé et reconstruit par les images.

À deux ans du centenaire officiel du cinéma national, marqué par Les Aventures d’Elias Mabrouk (Giordano Pidutti, 1929), ce colloque se veut être une étape préparatoire de réflexion. Entre ce premier film de l'italien Giordano Pidutti et l’échéance symbolique de 2029, le cinéma libanais aurait traversé des cycles de création, d’interruption, de destruction et de renaissance. Comment penser cette histoire lorsque ses premières images ont été produites depuis un regard extérieur, dans un contexte où les conditions de production, de diffusion et de réception du cinéma étaient déjà étroitement liées à des enjeux politiques coloniaux ? Se réunir en 2027 permet de poser les fondements d’une réflexion critique sur ce siècle d’images avant les célébrations officielles, dans un moment où la question de la mémoire nationale est plus brûlante que jamais.

Organiser ce colloque répond à un besoin de comprendre les bouleversements artistiques, culturels et politiques contemporains au Liban. Comme Promio qui, en 1897, a saisi le mouvement à Beyrouth, nous cherchons aujourd’hui à saisir les mouvements cinématographiques qui, malgré l’instabilité persistante, refusent de s’éteindre.

Notre colloque s'articulera autour de quatre axes complémentaires :

I) Le cinéma national et international : Filmer Beyrouth

« Beyrouth a longtemps joué le rôle d’orientale favorite de l’Occident. Une favorite sans rivale au Proche-Orient. Ville de toutes les cultures, de toutes les affaires, de tous les plaisirs, mais aussi ville de tous les drames, Beyrouth sera la ville de tous les mythes ».

C’est avec ces mots que Jocelyne Saab et Roland-Pierre Paringaux présentent la capitale libanaise dans leur projet Beyrouth, mille et une images. Ce projet est né de la volonté de créer une Cinémathèque à Beyrouth[1] en regroupant les films occidentaux et orientaux qui ont façonné l’image de la ville. Saab et Paringaux ont programmé en 1993 à la Cinémathèque française et à l’Institut du monde arabe une cinquantaine de films tournés à Beyrouth. En suivant leurs pas, ce premier axe propose d'étudier les images de Beyrouth. Il s'agit d'analyser comment la ville, dépourvue d'identité stable et invariable, devient, à travers les regards des cinéastes, un espace hétéroclite façonné par les affects, plutôt qu'un terrain géographique neutre. Du « simulacre » produit par le cinéma international, pour reprendre les mots du chercheur Elie Yazbek[2], à la « subjectivisation » opérée par le cinéma libanais, Beyrouth apparaît comme une ville-fantôme, sans cesse réinventée par l'objectif.

Pour ouvrir la réflexion et guider les futur·e·s intervenant·e·s, cet axe propose quelques pistes de réflexion non exhaustives :

·      L'évolution de l'image de Beyrouth dans le cinéma

·      Analyse comparative des méthodes de représentation (cinéma occidental / cinéma libanais, fiction / documentaire, cinéma libanais / cinéma au Liban)

·      Fragmentation urbaine et cartographie d'une ville sans repères : espace labyrinthique

II) Histoire du Liban et Histoire du cinéma : enjeux d’écritures et de représentations

Cet axe de recherche examine la relation entre la production filmique et le récit historique au Liban à travers deux approches complémentaires : l’écriture cinématographique de l’histoire du pays et l’écriture de l’histoire du cinéma libanais. Dans un contexte où l’enseignement de l’histoire nationale présente des lacunes et s’arrête officiellement à l’indépendance de 1943, le cinéma occupe une fonction de représentation essentielle. Il permet de documenter une histoire contemporaine souvent absente des programmes scolaires, devenant ainsi un support pédagogique et social capable de proposer un récit là où le manuel fait défaut. Cette démarche s'inscrit dans les réflexions actuelles, notamment portées par l’Association libanaise d'histoire (ALH), sur la nécessité de former les jeunes générations à l’analyse critique des sources. En apprenant à distinguer l’information de son interprétation tout en respectant la pluralité des expériences vécues, le cinéma peut contribuer à la construction d'une mémoire collective intégrant les différentes réalités d’un pays où l'histoire varie souvent d'une communauté à l'autre.

Parallèlement, cet axe étudie les défis méthodologiques liés à la rédaction d’une histoire du cinéma libanais. La production cinématographique nationale se caractérise par son aspect fragmenté et éparpillé, ce qui rend complexe la constitution d’une chronologie unifiée. Bien que des chercheurs et chercheuses tels que Mohamed Soueid, Ibrahim al-Ariss, Hady Zaccak, Lina Khatib, Elie Yazbek ou Raphaël Millet, aient publié des ouvrages de référence pour structurer cette mémoire, l’éparpillage des films et des sources primaires demeure un obstacle majeur. Il s’agira ici de rassembler ces fragments de patrimoine pour établir une historiographie du cinéma libanais. L'objectif est de comprendre comment ces deux formes d'écritures s'influencent mutuellement pour définir l'identité culturelle et historique du Liban.

Pour guider les communications, cet axe propose quelques pistes de réflexion non exhaustives :

·      La représentation cinématographique de l’histoire du Liban

·      L'historiographie du cinéma libanais : défis et méthodes

·      Cinéma libanais et mémoire collective

III) Pratiques artistiques contemporaines

Les pratiques contemporaines de l’image nous invitent à penser le cinéma libanais actuel dans d’autres espaces que celui de la salle de projection traditionnelle : lieu d’exposition, réseaux sociaux, plateformes en ligne sont autant de zones - réelles ou virtuelles - au sein desquelles le cinéma libanais se transforme. Des installations multimédia de Lamia Joreige aux films-performances de Rabih Mroué et Lina Saneh, l’objet-film dépasse le cadre classique de la narration pour devenir un lieu d’expérimentation et de recherches. Irriguées par des pratiques d’hybridation, de « trafiquage », de fragmentation, les démarches des cinéastes libanais contemporains (tels que Sirine Fattouh, Ghassan Salhab, Akram Zaatari, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, etc) nous invitent à repenser notre rapport aux images, au réel et à la fiction.

Les communications pourront proposer tous types d’approches méthodologiques (analyse filmique, approche génétique, recherche-création, études culturelles). Pour orienter les futur•es intervenant•es, nous proposons quelques pistes de réflexion non exhaustives :

·      Hybridation des formes : l’image comme terrain d’expérimentation

·      Les représentations filmiques contemporaines face aux représentations médiatiques

·      Politiques des images, éthiques du regard et nouveaux récits

IV)  Les pratiques archivistiques autour du cinéma libanais

Des documents de travail en amont du tournage à ceux qui accompagnent la diffusion des œuvres, les archives non-film du cinéma libanais constituent des ressources majeures pour la recherche en études cinématographiques. Appliquées au cas libanais, elles offrent la possibilité de retracer la circulation des films tout en éclairant les conditions matérielles, institutionnelles et discursives de leur production et de leur réception à différentes époques. À partir de la critique de presse, des affiches, des photographies de plateau et de promotion, des carnets de notes, des scénarios annotés, de la correspondance professionnelle ou de tout autre document afférent à la fabrique et à la circulation des œuvres, cet axe invite à interroger les archives non-film du cinéma libanais afin d'en dégager les régimes de réception successifs, ainsi que les modalités d'accès, différenciées selon les aires géographiques et les périodes historiques, tant aux films eux-mêmes qu'aux savoirs qui s'élaborent à leur sujet.

Parallèlement, la préservation de ces fonds mobilise au Liban un ensemble de structures engagées dans un travail soutenu de collecte, d’indexation, de restauration, de numérisation et de valorisation. L'Association Jocelyne Saab, UMAM Documentation and Research, Nadi lekol el Nas, Cinémathèque Beyrouth, l'Arab Image Foundation (AIF), la Bibliothèque Orientale, les Non-Aligned Film Archives, ainsi que plusieurs collections privées (Abboudi Abou Jaoudé, Hady Zaccak, etc.) constituent autant d'instances à partir desquelles se reformulent aujourd'hui les enjeux de conservation, de restitution et de transmission des archives.

Les communications pourront mobiliser une pluralité d'approches méthodologiques (analyse filmique, approche génétique, recherche-création, inventaire et valorisation de corpus au sein des organisations, études culturelles). Afin d'orienter les futur·es intervenant·es, nous proposons quelques pistes de réflexion, à titre non exhaustif :

·      La restitution des archives non-films et l’enjeu de leur circulation

·      Pratiques Archivistiques : Collecte, Préservation, conservation, restauration et valorisation des archives 

·      Politiques des archives : le patrimoine libanais, les institutions nationales et les structures culturelles indépendantes

Les propositions de communication, d’une longueur de 300 à 500 mots, accompagnées d’une courte biographie de l’auteur (150 mots), sont à envoyer avant le 30 septembre 2026 à colloquecinemalibanais@gmail.com  

Les communications ne devront pas dépasser les 20 minutes. Une réponse sera communiquée avant le 31 octobre 2026.

Les frais de déplacement seront à la charge des participants.

 —

Comité d’organisation : 

Evelyne Hlais Université Saint-Joseph de Beyrouth, Université de Caen - Normandie, 

Michael Issa El Helou Université Saint-Joseph de Beyrouth, Université de Caen - Normandie,

Rosalie Tenaillon Chackal Université Saint-Joseph de Beyrouth, Université de Poitiers, 

Hady Zaccak Université Saint-Joseph de Beyrouth, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

 —

Comité scientifique : 

Robert Bonamy Professeur des universités en études cinématographiques (Université de Poitiers)

Fabien Boully Maître de conférences en études cinématographiques (Université Paris Nanterre)

Mathilde Rouxel Docteure en études cinématographiques

Ghada Sayegh Professeure associée en études cinématographiques (Université Saint-Joseph de Beyrouth) 

Michel Tabet Anthropologue, Chargé de recherche CNRS - Centre national de la recherche scientifique

Laurent Véray Professeur des universités en études cinématographiques et audiovisuelles (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

Valérie Vignaux Professeur des universités en études cinématographiques (Université de Caen-Normandie)

Elie Yazbek Professeur des universités en études cinématographiques (Université Saint-Joseph de Beyrouth).

Bibliographie indicative :

BEDJAOUI, Ahmed et SERCEAU, Michel (dir.). Les cinémas arabes et la littérature. Paris : L’Harmattan, 2019.

COLLECTIF. Le livre pour sortir au jour de Jocelyne Saab. Marseille : Éditions Commune, 2023.

EL HORR, Dima. Mélancolie libanaise : le cinéma après la guerre civile. Paris : L’Harmattan, 2016.

EL KHOURY, Tania. « Les Cinémas Libanais et Leurs Publics ». L'Homme & la Société, vol. 154, n° 4, 2004, p. 131-144. DOI : https://doi.org/10.3917/lhs.154.0131.

FAYAD, Gaelle. L’économie du cinéma libanais : Production et distribution. Paris : L’Harmattan, 2021.

KALAKECH, Samar. « La guerre civile libanaise vue par le cinéma libanais ». Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication. Lyon : Université Jean Moulin Lyon 3.

KORKOMAZ, Joseph. Présence du cinéma libanais. Paris : L’Harmattan, 2019.

MEVEL, Quentin. Le cinéma de Joanna Hadjithomas et Khalil Joreige. Paris : Independencia, 2013.

ROUXEL, Mathilde. Jocelyne Saab : la mémoire indomptée. Beyrouth : Dar An-nahar, 2015.

SALHAB, Sabine. « Esthétique de la « ligne verte » dans le cinéma libanais de la guerre civile à nos jours ». Beyrouth : Centre d'études et de recherches sur le Proche-Orient, 2012.

SAYEGH, Ghada. « Images d’après : l’espace-temps de la guerre dans le cinéma au Liban, du nouveau cinéma libanais (1975) aux pratiques artistiques contemporaines (de 1990 à nos jours) ». Thèse en études cinématographiques. Paris : Université Paris Ouest Nanterre la Défense, 2013.

YAZBECK, Elie. Regard sur le cinéma libanais. Paris : L’Harmattan, 2013.

ZACCAK, Hady. Le cinéma libanais : itinéraire d’un cinéma vers l’inconnu (1929-1996). Beyrouth : Dar el-Machreq, 1997.

 

***
 
[1]La Cinémathèque a vu le jour officiellement en 1999 sous le nom de CNL (Cinémathèque nationale libanaise), notamment grâce à ce que Saab avait déposé au Ministère de la Culture.
[2] YAZBEK, Elie. « La représentation de la ville de Beyrouth au cinéma ». Communication présentée lors de la journée d'étude à l'Université de Nice - Sophia Antipolis, Chaire Unesco Cinéma et Imaginaire(s) , 5-6 novembre 2009.