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Glace(s) (Clermont-Ferrand)

Glace(s) (Clermont-Ferrand)

Publié le par Marc Escola (Source : Paolo Dias Fernandes)

 Journée d’études interdisciplinaire

« Glace(s) »

Mardi 10 novembre 2026 MSH de Clermont-Ferrand 

En 1899, dans son Histoire de la glace des temps présents et passés1, William A. Brend évoque dès lespremières lignes de l’introduction l’intrication pourtant, et toujours, contre-intuitive du paysage humain et de la glace :

Ice, in the various forms in which it is found upon the surface of the globe, not only plays a large part in the economy of Nature, but has many important relations to human affairs and conditions of existence. The Swiss mountaineer must build his châlet out of reach of theavalanche, and must beware of the snow-hidden crevasses on the glaciers. The navigator in the path of icebergs must steer his ship withcaution, and in the Polar Oceans must be alive to the dangers of the ice-pack. […] Less obviously the work of ice, but in many instancesnot less important to mankind, are effects which have been recognised as due to the glaciers and ice-sheet of the past2.

La glace apparaît dès lors comme une composante discrète d’un oïkos humain, plus encore comme un ethermatriciel, moteur de nombreux paysages qu’elle a aujourd’hui désertés. L’analyse conjointement géologique, géographique et poétique des glace(s) semble alors relever d’une entreprise autant archéologique qu’écologique, soit une lecture quienvisage le paysage comme habité avec et au-delà de l’histoire des paysages et des sociétés.

Symbolique du pris-au-piège, de l’à-jamais figé, et paradoxalement éminente représentante d’un monde en mouvement, del’immuable altéré et de l’alerte écologique, nous souhaitons interroger la glace dans cette tension qui la place au centre del’urgence écopoétique3.

La journée d’études Glace(s) se propose d’interroger ainsi les paysages glaciaires, en particulier les régions polaires et les paysages de haute montagne, comme objets à la fois scientifiques, esthétiques, symboliques et politiques.Elle s’inscrit dans une double démarche : d’une part, une approche transdisciplinaire articulant sciences de l’environnement,sciences de la Terre, études littéraires et humanités environnementales ; d’autre part, une dynamique de recherche-création, envisagée comme mode de production de savoir à part entière.

Les propositions pourront s’inscrire dans les axes suivants, sans s’y limiter :

  •              Tragédies glaciaires

Longtemps perçue comme un danger pour l’être humain, la glace a été l’objet de nombreuses représentationsmettant en scène ces paysages inhospitaliers. Les glaciers apparaissent comme un des symboles du danger de la montagne – un danger moins soudain que celui de l’avalanche, mais d’autant plus traître et funeste. Chez Adalbert Stifter, parexemple, la vie rurale paisible dans la montagne est perturbée dans Bergkristall (Cristal de roche, 1853) lorsque deux enfants se perdent dans la neige à la veille de Noël. Dans ce récit, le glacier est une menace à laquelle les protagonistesparviennent à échapper grâce à une grotte de pierre au cœur de la montagne. Si cette histoire a une fin heureuse, lestragédies provoquées par la glace sont nombreuses dans la réalité comme dans la fiction ; la plus célèbre d’entre elles étant peut-être celle du Titanic et son adaptation au cinéma en 1997 par James Cameron. Dans le même esprit, l’œuvre Das Eismeer(1824) de Caspar David Friedrich, représentation du naufrage d’un navire coincé dans la glace, fait partie des œuvresinspirant à David d’Angers l’expression passée à la postérité de « tragédie du paysage4 ».

Si dans les œuvres évoquées jusqu’ici la glace est cause de danger, voire de mort, elle peut aussi être l’héroïne de latragédie, victime d’une disparition progressive sous l’effet du changement climatique. Les artistes se sont emparés de ce sujet, avec des œuvres telles que l’installation Ice Watch (2015) d’Olafur Eliasson.

  •              Voyages dans les glaces

Les paysages sublimes que sont les étendues glacières attirent depuis plusieurs siècles les voyageurs. Qu’il s’agissedu Grand Tour ou des exploits alpinistes dans les Alpes au XVIIIe siècle, des nombreuses ascensions de l’Everest ou encoredes expéditions vers les paysages variés mais polaires de l’Arctique ou vers les sols faits de couches de glace del’Antarctique, ces lieux peu explorés et inhospitaliers apparaissent comme un défi pour l’être humain. William Windham etses compagnons font le récit dès 1744 de leurs observations de la Mer de Glace dans An Account of the Glacieres or Ice Alpsin Savoy.

Des représentations fictives de ces environnements sont appréciées dès le XIXe siècle : le Frankenstein (1818) de Mary Shelley est introduit par la rencontre du narrateur avec Victor Frankenstein durant une expédition maritime vers le pôle Nord ; Jules Verne choisit le cercle polaire comme cadre de son roman Le Pays des fourrures (1873).

Ces voyages, qu’ils soient horizontaux, en direction des pôles, ou verticaux, vers les sommets du monde, sont marqués par le danger extrême et le souvenir des morts qui ont précédé chaque expédition. Ainsi l’adaptation en manga par Jiro Taniguchi du roman de Baku Yumemakura Le Sommet des Dieux au début des années 2000 – œuvre adaptée au cinéma par Patrick Imbert en 2021 – raconte la quête d’un photographe sur les traces de George Mallory, l’alpiniste ayant peut-êtreété le premier à atteindre le sommet de l’Everest.

  •              Fantasmes et mystères des glaces

Sujet à de nombreux mythes, légendes, voire même de nos jours aux théories de complot, ce qui se trouve dans et sous lesglaces intrigue. Du mythe de l’Atlantide, pouvant évoquer un archipel ayant sombré suite à la montée des eaux, auxprétendues bases militaires du national-socialisme en Antarctique, l’inconnu des paysages gelés et la force qu’ils suggèrentsuscite mystère et fantasme depuis de nombreux siècles. Cet imaginaire se retrouve en particulier dans la science-fiction, qu’il s’agisse d’un cadre propice à l’horreur, comme dans The Thing (1982) de John Carpenter, ou des fondements d’unmonde sorti de l’imagination d’un écrivain, tel que la Terre de La Compagnie des glaces (premier volume en 1980) de Georges-Jean Arnaud. Pensons également aux glaces les plus lointaines, paysages exoplanétaires qui inquiètent et fascinent et où le froid n’est plus seulement un climat mais la limite imposée par le zéro absolu au cœur d’une immensité auxsolitudes les plus radicales. La glace s’y consacre alors comme l’un des derniers territoires de l’inconnu.

Les propositions pourront ainsi s’inscrire, sans que cela soit exclusif, dans les pistes évoquées dans le présent appel. Elles seront transmises par courriel aux adresses suivantes : paolo.dias_fernandes@doctorant.uca.fr et judith.trouilleux@doctorant.uca.fr avant le 30 juillet 2026. Les contributions envisageant une approche créative sont vivement encouragées.

Les actes de la journée seront valorisés par une double publication : celle d’un volume collectif regroupant lescontributions de la journée augmentées d’un appel complémentaire et celle d’une anthologie poétique multilingue detextes inédits.

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Comité scientifique : Valérie Deshoulières, Anne-Sophie Gomez.

Comité d’organisation : Paolo Dias Fernandes, Judith Trouilleux-Leca.

 Bibliographie indicative :

Edward Białek et Jan Pacholski (dir.), « Über allen Gipfeln... » Bergmotive in der deutschsprachigen Literatur des 18. bis 21.Jahrhunderts, Dresden, Neisse, 2009.

Julien Blanc-Gras, Briser la glace, Paris, Paulsen, 2016.

Chrystèle Burgard et Baldine Saint Girons (dir.), Le paysage et la question du sublime, Paris, Réunion des musées nationaux, 1997.

William A. Brend, The Story of Ice in the present and past, George Newnes, Limited, London, 1899.

Daniel Chartier, Gilles Bertrand, Alain Guyot, Anne-Élisabeth Spica & Marie Mossé (dir.), Voyages illustrés aux pays froids (XVIe-XIXe siècle), Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2020.

Valérie Deshoulières (dir.), Effets de neige. L’épopée à l’épreuve du froid, Clermont-Ferrand, Cahiers de recherches duCRLMC, Université Blaise Pascal, 1998.

Bruno Doucey, Glaciers, Paris, Éditions Bruno Doucey, 2025.

Pierre-Jean Dubosson, Michel Saint-Maurice et Marie-Clotilde Vincent (dir.), Découverte et sentiment de la montagne 1740-1840, Annecy, Conservatoire d’Art et d’Histoire de la Haute-Savoie, 1986.

Kathrin Geist, Berg-Sehn-Sucht, Der Alpenraum in der deutschsprachigen Literatur, Paderborn, Wilhelm Fink, 2018.

Sarah Goldsmith, « Fire and ice : mountains, glaciers and volcanoes », in : Masculinity and Danger on the Eighteenth-Century Grand Tour, London, University of London Press, 2020, p. 141–184. URL: https://www.jstor.org/stable/j.ctvk3gp1g.10.

Hélène Guenin (dir.), Sublime : les tremblements du monde, Metz, Centre Pompidou-Metz, 2016.

Alexis Metzger et Frédérique Rémy (dir.), Neiges et glaces. Faire l’expérience du froid (XVIIe-XIXe siècle), Paris,Hermann, coll. « MétéoS », 2015.

Sean Moore Ireton et Caroline Schaumann (dir.), Heights of reflection. Mountains in the German imagination from the Middle Ages to the twenty-first century, Rochester et New-York, Camden House, 2012.

Halia Koo, « Le spectacle surréel d’un monde en extinction : absurdité paradoxale dans Paradis (avant liquidation) et Briser la glace de Julien Blanc-Gras », Viatica, HS 8, 2025, URL: https://doi.org/10.4000/14ju3.

Yvon Le Scanff, Le Paysage romantique et l’expérience du sublime, Paris, Champ Vallon, 2007.

Johann Georg Lughofer (dir.), Das Erschreiben der Berge. Die Alpen in der deutschsprachigen Literatur, Innsbruck, Innsbruck University Press, 2014.

Dominique Peyrache-Leborgne, La poétique du sublime de la fin des Lumières au romantisme. Diderot, Schiller, Wordsworth, Shelley, Hugo, Michelet, Paris, Honoré Champion, 1997.

Christoph Ransmayr, Die Schrecken des Eises und der Finsternis, Frankfurt am Main, S. Fischer, 1996. ClaudeReichler, La découverte des Alpes et la question du paysage, Paris, Georg Éditeur, 2002.

Frédérique Rémy, « Les glaces vues du ciel », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 20, 2008, mis en ligne le 3 avril2010, DOI : 10.4000/histoire-cnrs.5982.

Lutz Röhrich, « Le monde surnaturel dans les légendes alpines », in : Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, 10.1-4, 1982, p. 25–41.

Emmanuel Ruben, La Ligne des glaces, Paris, Rivages, 2016.

Emmanuel Salim, Christophe Gauchon et Ludovic Ravanel, « Voir la glace. Tour d’horizon des sites touristiquesglaciaires alpins, entre post- et hyper-modernités », Journal of Alpine Research | Revue de géographie alpine, 109-4,2021.

Pierre Wat, « La tragédie du paysage. Mort et résurgences de la peinture d’histoire », Romantisme, 3, 169, 2015, p.5-18.

Pierre Wat, Pérégrinations. Paysages entre nature et histoire, Paris, Hazan, 2017.

Notes 

1 Notre traduction pour William A. Brend, The Story of Ice in the present and past, George Newnes, Limited, London, 1899.

2 Ibid. p.13.

3 Dans le sillage de José Muchnik, « La maison brûle : urgence poétique », Europhonie(s), n°1, 2025.

4 David d’Angers, Les Carnets de David d’Angers, volume 2, Plon, 1958.