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Contacts et toucher dans les mondes ibéro-américains contemporains (Paris)

Contacts et toucher dans les mondes ibéro-américains contemporains (Paris)

Publié le par Marc Escola (Source : Laboratoire doctoral CRITIC)

Journée d'étude

Contacts et toucher dans les mondes ibéro-américains contemporains (Paris)

Lundi 2 novembre 2026, Maison du Portugal - Cité Universitaire, Paris, 75014

Cette journée d’étude en présentiel a pour but d’explorer les rapports qui se tissent entre les êtres humains et les productions culturelles et artistiques, via le corps et la sensibilité tactile, dans une perspective interdisciplinaire et plurilingue, en accord avec l’identité de l’UR CRIMIC et s’intégrant à son axe quinquennal sur les « Pratiques du commun ». Elle prend pour objet les notions de contacts et de toucher entendues comme des concepts en tension, porteurs d’une véritable polysémie et d’un fort potentiel heuristique. On s’attachera ainsi à mettre en lumière la diversité des représentations du toucher et des interactions sociales dans les mondes ibéro-américains contemporains, tout en interrogeant la complexité de ces notions, à travers les prismes de la création artistique, de la pensée critique et des dynamiques sociales.

La pluralité de sens de ces notions et la multiplication des approches scientifiques offrent la possibilité de questionnements pluridisciplinaires, à partir de la littérature, de l'histoire, et des arts visuels :

Notre premier axe s’intéressera aux notions de toucher et de contact dans la littérature des mondes ibéro-américains contemporains, depuis la spécificité de chacun de ses genres. D’une part, elles permettent d’évoquer les données du sensible, du sensuel, des expressions poétiques et narratives qui versent dans la synesthésie ou l’exploration des sens, vecteurs interconnectés de l’appréhension du monde par le sujet sensible. La littérature se fait, via la langue, le vecteur de ces sensations et ouvre des perspectives sur la relation qu’entretiennent les cultures vis-à-vis des sens (Verine, 2021). D’autre part, la notion de contact permet de pencher vers la rencontre et ses modalités : rencontre entre les subjectivités via l’objet livre, rencontre de soi à soi par l’introspection et la projection de l’être dans l'œuvre littéraire, rencontre du lecteur avec une époque, une culture d’un autre espace ou d’un autre temps, étant donné que langue, culture et espace sont fondamentalement liés, selon la “poétique de la Relation” (Glissant, 1990). La notion de contact invite également à penser aux interactions, qui peuvent être constructives et créatrices de richesses ou de plus-value, mais aussi aux interactions plus néfastes, délétères, conflictuelles. Toutes les modalités de ces notions peuvent enfin être abordées sous l’angle de la traduction, “opération interlinguistique-interculturelle” (Manai, 2024 : 137), qui induit un dialogue entre langues et cultures.

Notre second axe se concentrera sur les formes de toucher et de contacts dans l'histoire ibéro-américaine, en explorant la manière dont les sociétés de ces espaces l'ont expérimenté, représenté et conceptualisé au fil du temps. Ces notions pourront être abordées selon différentes approches : histoire des objets et de leur matérialité, transferts culturels, histoire intellectuelle, histoire culturelle des sentiments et des émotions. Les mondes ibéro-américains ont constitué des contextes privilégiés pour observer comment les contacts entre cultures ont transformé des cosmovisions, des langages et des comportements, non pas uniquement comme processus d'échange, mais aussi comme espaces de friction, de négociation et de conflit. On pourra ainsi examiner comment les sociétés ont élaboré des concepts tels que l'altérité, ou comment les Lumières européennes ont construit une définition « rationnelle » de l'être humain qui a légitimé des discours d'exclusion (Gutiérrez Estévez, Surrallés, éds., 2015). Les études sur la matérialité d'objets éclairent quant à elles la circulation des idées et la construction d'imaginaires collectifs (Otero-Cleves, 2017 ; Chartier, 2005). Enfin, toucher et contacts permettent d'approcher une histoire de la vie intime : échanges épistolaires, journaux personnels et espaces de l'intimité constituent une voie pour appréhender la dimension sensible des relations sociales, marquée par le transfert d'imaginaires et des pratiques de pouvoir et de résistance (Maya, 2005).
Suivant une longue histoire des images qui va des premières représentations de corps en interaction jusqu’aux enregistrements vidéo des mouvements sociaux avec des téléphones portables - en passant par la peinture de genre, la photographie de portrait ou de reportage et les expérimentations des avant-gardes du XXe siècle - la question du contact n’a cessé de se réinventer comme problématique propre aux arts visuels et invite à repenser l’expérience sensible au-delà du seul paradigme de la vision (Benjamin, 1935). Les œuvres plastiques mobilisent déjà une logique de l’empreinte et de la trace, où l’image naît d’une ressemblance par contact, d’un frottement ou d’une pression des corps et des surfaces, comme l’a montré Georges Didi-Huberman à propos de l’empreinte et des « contact images » (Didi-Huberman, 1997). De leur côté, les images en mouvement activent une sensorialité spécifique : raccords, mobilités et dynamiques sonores permettant de complexifier des questions telles que l’altérité, l’hybridité et les interactions. Le contact constitue aujourd’hui un prisme critique pour aborder des enjeux esthétiques, politiques et sociaux (Butler, 2004) : distribution des places, exposition des corps, redéfinition des frontières. Il s’agira d’interroger les formes et les défis que cette notion de contact fait surgir aussi bien dans les œuvres à images fixes que dans les œuvres à images en mouvement, qu’elles relèvent des arts plastiques, du cinéma, de l’audiovisuel ou des arts numériques. 

Les propositions de communication devront être envoyées en français, espagnol, portugais ou catalan, au format PDF, et ce, pour le 13 septembre 2026, à l’adresse suivante : evenements.critic.organisation@gmail.com.

Elles devront contenir un titre, un résumé de la présentation d’une longueur de 200-300 mots, 5 mots-clefs ainsi qu’une notice biographique de 10 lignes maximum. Les communications dureront 20 minutes.

Comité d'organisation (Doctorant·e·s, CRIMIC)

Ignacio BECERRA, Santiago CÓRDOVA, Luana Camila DE SOUZA LIMA NICAISE, Lucas FIGUEIREDO SILVEIRA, José Carlos GLAIZAR URIOSTEGUI, Diego Felipe GONZÁLEZ, Martha MONTENEGRO RICO, Irene QUINTANA I GISPERT, Elisabeth SANDOVAL GONZÁLEZ, Gaël VOISIN.


Comité scientifique (Professeur·e·s et MCF habilité·e·s, CRIMIC)

Maria ARAÚJO DA SILVA, Marianne BLOCH-ROBIN, Laurence BREYSSE-CHANET, Alberto DA SILVA, David MARCILHACY, Joaquín MANZI, Françoise MARTINEZ, Michel MARTÍNEZ PÉREZ, Ina SALAZAR.

Laboratoire doctoral CRITIC – UR CRIMIC. Faculté des Lettres de Sorbonne Université.