Colloque international
"Écritures urbaines : formes et pratiques"
30 juin-2 juillet 2027
Ce colloque propose une rencontre pluridisciplinaire autour des relations entre architecture, urbanisme, littérature, géographie et histoire urbaine, en interrogeant les écritures urbaines comme corpus partagé. Il s’agit d’examiner ce que la ville fait à l’écriture, dans ses formes littéraires, techniques, théoriques ou ordinaires, et, en retour, ce que ces écritures produisent sur la fabrique, la représentation et les imaginaires de la ville. En croisant études de cas et approches théoriques, il ouvre un espace de dialogue entre disciplines autour des manières de dire, lire et faire la ville.
Parce qu’elles offrent des expériences sensibles complexes et plurielles mais aussi parce qu’elles donnent lieu à une diversité de formes qui sédimentent sur le temps long et qui pourtant sont mouvantes, les villes ont toujours noué un rapport étroit avec l’écriture. Les œuvres littéraires qui les ont prises pour cadre d’une intrigue, objet d’une évocation ou d’une réflexion, ou bien celles qui les ont constituées comme sujet-personnage à part entière ont fait l’objet de longue date d’anthologies romanesques ou poétiques. Les études architecturales et urbaines donnent aussi lieu à d’autres formes d’anthologies. Ces recueils disent à la fois l’ancrage dans la durée d’écritures de l’urbain et la manière dont les processus d’écriture s’adaptent à l’évolution des formes et des pratiques de la ville. Pour les architectes, designers et urbanistes, l’écriture se fait performative dans l’exercice même de leur pratique, en s’adaptant à des contextes variés et changeants qu’ils et elles contribuent à façonner. Les villes, quelle que soit leur taille, disposent ainsi d’un corpus d’ « écritures urbaines », que le XXe siècle a contribué à élargir, de l’écrivain·e à l’architecte, du mémorialiste à l’urbaniste. Ces corpus, leur analyse scientifique et leurs usages sociaux, politiques ou professionnels sont l’objet de ce colloque.
On entendra ici par « écritures urbaines » un ensemble hétérogène de productions – textuelles, graphiques, cartographiques, réglementaires, théoriques ou littéraires – qui participent à la fois de la description, de l’interprétation et de la fabrication de la ville. De la littérature aux documents de projet, des récits situés aux dispositifs normatifs, des archives aux écrits théoriques, ces formes composent un champ transversal où se croisent les approches des études urbaines, de l’architecture et de l’urbanisme, mais aussi des études littéraires. Envisagées comme un corpus, elles permettent d’articuler des perspectives disciplinaires souvent disjointes : la ville comme objet de récit et d’imaginaire, comme espace conçu et planifié, et comme milieu vécu et pratiqué. Ce déplacement invite à considérer l’écriture non seulement comme un mode de représentation, mais aussi comme une pratique opératoire, impliquée dans les processus de transformation urbaine, dans la construction des savoirs et dans les rapports de pouvoir qui traversent l’espace.
Plusieurs croisements disciplinaires sont à l’origine de ce projet. Dans le prolongement de cette approche élargie des écritures urbaines comme corpus multiformes, les études littéraires offrent un premier terrain d’investigation particulièrement fécond. La création contemporaine, comme la relecture d’œuvres plus anciennes, invite à interroger les processus documentaires, les jeux d’échelle dans l’appréhension de la trame urbaine, les arrière-plans interprétatifs qui orientent l’usage des mots et des formes, ainsi que les renouvellements formels qui en résultent. À cet égard, la recherche actuelle se montre aussi attentive aux transformations environnementales – crises climatiques, dégradations écologiques, recompositions des milieux – qui reconfigurent en profondeur les imaginaires urbains et les manières d’écrire la ville, en introduisant de nouvelles sensibilités aux sols, aux ressources, aux vulnérabilités et aux interdépendances.
Dans ce contexte, la recherche dans différentes disciplines tend à la fois à saisir des espaces longtemps marginalisés ou peu représentés (friches, périphéries, territoires intermédiaires, zones en transition…) et à intégrer des corpus hybrides dont les processus d’écriture demandent à être analysés : écrits d’architectes et d’urbanistes, textes littéraires, narratifs de projet, discours sur le renouvellement urbain, ou des formes diverses de marketing territorial. Ceci rejoint des questionnements plus larges sur les conditions de production des récits, leur performativité et leur rôle dans la fabrique des espaces contemporains. Pour le dire autrement, il s’agit d’interroger ici ce que la ville – dans ses transformations matérielles, sociales et environnementales – fait à l’écriture, mais aussi, en retour, ce que ces écritures font à la ville.
L’inversion des termes de la phrase invite ainsi les études urbaines, au sens large – urbanisme, architecture, géographie, histoire urbaine, entre autres – à se saisir de l’objet « écritures urbaines » : dans un contexte marqué par l’intensification des crises environnementales, les transitions socio-écologiques, les recompositions géopolitiques et les transformations des modes d’habiter, la fabrique de la ville contemporaine se trouve aujourd’hui profondément reconfigurée. Ces dynamiques interrogent les processus d’écritures urbaines et les manières de faire projet : comment intervenir dans des territoires déjà là, souvent saturés de traces, d’usages et de conflits ? Comment articuler les échelles, du local au global, dans un cadre de métropolisation diffuse et inégalitaire ? Comment intégrer des formes renouvelées de participation et de savoirs situés, tout en prenant acte des asymétries persistantes ?
Dans ce cadre, la prise en compte des mémoires plurielles de l’urbain, l’attention portée aux milieux et aux ressources, ainsi que la reconnaissance de la vulnérabilité des territoires et des populations, contribuent à déplacer les cadres d’action, d’écriture et de pensée. L’impossibilité de la tabula rasa cède la place à des logiques d’intervention fondées sur la transformation, la réparation, l’adaptation ou encore la réversibilité. Les notions de palimpseste et de patrimoine s’en trouvent renouvelées et placées au cœur des pratiques : elles ne renvoient plus seulement à la conservation, mais à des processus actifs de réécriture, de sélection et de mise en récit. À ce titre, elles participent pleinement des écritures urbaines contemporaines, en tant qu’elles engagent des arbitrages, produisent des narrations situées – qu’elles soient institutionnelles ou critiques – et contribuent à orienter les devenirs possibles de la ville.
Les approches littéraires, artistiques et urbaines ont vocation à s’hybrider dans ce colloque via la mise en dialogue d’études de cas notamment. Ce dialogue sera ici considéré comme l’espace de révélation des références qui circulent d’un champ académique à l’autre, qui font donc l’objet de lectures différentes voire de désaccords mais aussi d’emprunts et de détournements ; il s’agit de penser « l’ écriture urbaine » en tant qu’ensemble d’outils analytiques ou critiques ou de métaphores opératoires. À partir de ce point de départ commun, plusieurs pistes de réflexion peuvent permettre aux différentes disciplines intéressées de répondre à cet appel.
La première relève de l’analyse des conditions, des dispositifs et des pratiques qui rendent possibles la production des écritures urbaines. Elle interroge les formes d’arpentage – libres ou méthodiques –, les relevés infra-ordinaires, les enquêtes de terrain, les ateliers et les résidences d’écriture, ainsi que l’ensemble des dispositifs mobilisant documents, sources et ressources hétérogènes. Ces dispositifs articulent ainsi expérience située et production de savoirs, en engageant des régimes d’enquête et d’attention spécifiques à l’urbain. Quels sont-ils précisément ? Comment ont-ils évolué, et sous l’effet de quelles transformations des pratiques de recherche, de projet ou de création ? Qui est invité à y participer, et selon quelles modalités d’implication des participant·es ? Sur quelles formes d’écriture – littéraires, critiques, documentaires ou hybrides – débouchent-ils ? Enfin, en quoi ces dispositifs, à la croisée de l’enquête, de l’expérience et de l’archive, peuvent-ils nourrir les démarches de recherche comme les pratiques pédagogiques en études littéraires et en études urbaines ?
Une seconde piste procède de la définition et de la diversité des formes, formats des écritures urbaines en tant que corpus. Au-delà des anthologies produites par des éditeurs classiques ou numériques, jusqu’où s’étend l’écriture urbaine : du roman à l’essai, de la poésie au récit aménageur ? Plus encore que la délimitation de ces champs textuels, le colloque propose d’interroger les processus d’hybridation qui se développent de longue date, mais que l’essor du numérique, de l’internet et de l’intelligence artificielle rend aujourd’hui particulièrement visibles et interconnectés. De l’écrit à l’image fixe ou animée, du codex à l’écriture sur les murs, les sols ou le mobilier urbain, de la matérialité des supports aux environnements virtuels et augmentés, les écritures urbaines circulent entre des régimes sémiotiques multiples. Cette hybridation des médias et des formats engage une redéfinition des pratiques d’expression, de lecture et de production des récits urbains, en brouillant les frontières entre texte, projet, représentation et expérience sensible de la ville.
Une troisième piste découle de l’observation des usages et des apports possibles des écritures urbaines, et par voie de conséquence des glissements terminologiques et conceptuels qu’elles induisent. Que gagne-t-on, ou que perd-on, lorsque l’on passe de l’écriture au récit, de la déambulation à la traversée, du parcours à l’enquête, de la contemplation à la projection, du terrain à l’atelier, ou encore de la phrase à l’énonciation ? Ces déplacements ne relèvent pas seulement de nuances lexicales : ils signalent des transformations profondes des régimes de savoir, d’attention et d’action sur l’urbain. Ils interrogent également la place des usager·ères, des riverain·es et des habitant·es dans la production des connaissances, ainsi que la reconnaissance progressive de leurs savoirs situés, de leur expertise d’usage et de leurs formes propres de narration. À travers ces glissements, c’est la capacité même des écritures urbaines à redistribuer les rôles entre chercheur·ses, praticien·nes et habitant·es qui se trouve mise en jeu, ouvrant un champ d’interrogation sur les conditions d’une fabrique partagée des récits et des savoirs de la ville notamment.
Une quatrième piste permet d’interroger les enjeux démocratiques des écritures urbaines. Depuis longtemps, la critique urbaine a mis en évidence les liens étroits entre projet urbain et projet de société, en soulignant les présupposés idéologiques qui sous-tendent de nombreuses catégories opératoires de l’action urbaine (mixité sociale, renouvellement urbain, cadre de vie, ville durable, entre autres). La reformulation contemporaine de la question sociale, à travers les gender studies, les postcolonial studies ou les environmental studies, invite à reconsidérer en profondeur les formes d’écriture de la ville et leurs effets de représentation. Dès lors, comment écrire celles et ceux qui, bien que parlant ou agissant dans l’espace urbain, demeurent peu ou mal représenté·es dans les discours dominants ? Comment rendre visibles des réalités souvent invisibilisées, des infrastructures techniques aux formes du vivant, en passant par les conflits d’usage et les luttes pour l’espace ? Comment, enfin, à travers les corpus littéraires, les écritures de projet ou les productions documentaires, appréhender les résistances ouvertes ou diffuses, ainsi que les répertoires d’action des habitant·es et des usager·ères ? Ces interrogations engagent une réflexion critique sur les rapports entre écritures techniques et discours de management urbain, sociologie critique et production des savoirs, mais aussi sur les conditions d’un débat démocratique renouvelé autour de la ville. Elles interrogent, en définitive, les cadres idéologiques et politiques qui orientent les formes de représentation de l’urbain, ainsi que leur portée dans la construction des imaginaires et des décisions urbaines contemporaines.
Les réponses à cet appel sont attendues pour le 1er octobre 2026 et sont à adresser à contact@ecrituresurbaines.org
Elles prendront la forme d’un titre (éventuellement précisé par un sous-titre), d’un résumé d’intention problématisé et appuyé sur un corpus d’écritures urbaines mentionné, le tout tenant sur une page maximum (5 000 signes).
Le comité scientifique se réunira après cette date et enverra les acceptations ou refus avant le 1er novembre 2026.
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Comité d’organisation : Olivier Brossard (UGE, LISAA), Jennifer Buyck (UGE, Lab'Urba), Virginie Tahar (UGE, LISAA), Loïc Vadelorge (UGE, ACP)
Conseil scientifique : Nacima Baron, Marion Boisset, Ari Blatt, Laurent Devisme, Sophie Didier, Isabelle Krzywkowski, Georges Lomné, Laurent Matthey, Jaime Meloni, Yoan Miot, Arthur Pétin, Anna Rosellini, Jennifer Scappettone, Zoe Skoulding, Joshua Stein, Donna Stonecipher, Nicolas Tixier, Caroline Trotot, Elsa Vivant, Serge Weber, Edward Welch.
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