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La suite dans les idées. Poétique & génétique. Séminaire de Marc Escola (Lausanne)

La suite dans les idées. Poétique & génétique. Séminaire de Marc Escola (Lausanne)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne

La suite dans les idées. Poétique & génétique 

Séminaire de Master de Marc Escola

Automne 2027, mercredi 8h30-10h 

« La suite dans les idées » : c’est le titre donné par Aragon à la préface ironiquement apposée à un roman composé dans la plus grande improvisation (Les Beaux Quartiers) ; ce pourrait être la devise du romancier, aussi bien que du dramaturge. Il paraît en effet difficile d’admettre que l’auteur d’une fiction puisse continuer, et a fortiori achever une intrigue sans en préméditer un tant soit peu le cheminement. Pour autant, on ne saurait postuler qu’un romancier anticipe dès la première page toutes les décisions dont la nécessité n’apparaîtra qu’en chemin : comme le mouvement, le génie du roman se prouve en avançant. Écrire une fiction narrative ou dramatique, c'est avancer sur la voie d'abord choisie en décidant à tout instant de la suite pour mieux anticiper la fin, en ménageant parfois des bifurcations imprévues. Il n'est pas sûr qu'on puisse opposer sur ce plan les écrivains « à programme » et les écrivains « à processus » : la dynamique de l'écriture déplace à tout instant le canevas qu'elle installe.

La question touche à l’amplitude de la projection, soit à l’empan de l’imagination romanesque : quelle prescience de la suite et de la fin peut-on raisonnablement prêter au romancier ou au dramaturge à la lecture de tel épisode, telle péripétie, telle scène, telle page, telle réplique même ?

On partira d'un premier cas d'école (la trace d'une hésitation de Molière dans le scénario de L'École des femmes) puis on se plongera dans quelques romans dûment achevés (Les Faux-Monnayeurs d'André Gide sûrement, Adolphe de Benjamin Constant sans doute, Mina de Vanghel de Stendhal peut-être) pour se mettre en quête de quelques accidents de parcours qui révèlent que l'intrigue engagée s'est trouvée déroutée, et que le dénouement finalement arrêté n'avait pas été tout à fait prémédité.

Les étudiant.e.s seront libres ensuite de choisir la fiction de leur choix pour tenter d'y repérer de tels moments d'hésitation ou y isoler des « carrefours » narratifs ou dramatiques où le créateur s'est livré à un arbitrage imprévu, au risque de donner à l'intrigue une fin improvisée.