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Penser les résistances communautaires dans les littératures africana. NeMLA 2027 (Newport, Rhode Island)

Penser les résistances communautaires dans les littératures africana. NeMLA 2027 (Newport, Rhode Island)

Publié le par Marc Escola (Source : Jean-Arnauld Libong)

Penser les résistances communautaires dans les littératures africana

58th Annual Convention of the Northeast Modern Language Association(March 6-9, Salve Regina University, Newport, Rhode Island)

Areas : French and Francophone Studies+Comparative Literature

Chair : Jean-Arnauld Libong, University of Douala 

La Modernité occidentale, dans son processus d’occultation de l’Autre (Dussel, 1492. L’occultation de l’Autre, 1992), à travers sa logique cartésienne, a mis sur pied un système qui, pour son fonctionnement, a besoin d’individualiser, de séparer et de dominer. Celui-ci a pour conséquence d’avoir façonné un imaginaire basé sur l’individualisme. Ceci est d’autant plus perceptible lorsqu’on observe l’émergence de la figure de « l’ego conquiro » et sa célèbre devise : « Dios está en el cielo, el Rey está lejos, yo mando aquí » (« Dieu est dans le ciel, le Roi est loin, ici, c’est moi qui commande »), représentative de la matrice coloniale du pouvoir (Colin & Quiroz, Pensées décoloniales, 2023).

Par ailleurs, depuis la période coloniale jusqu’aux premières décennies d’après les indépendances, les littératures africana ont très souvent mis en avant des figures individuelles qui font face, de plusieurs manières, à diverses formes de domination. Ces littératures ont notamment célébré l’aspect héroïque des figures historiques (Chaka, la Reine Nzinga, Ruben Um Nyobè, Patrice Lumumba, etc.) dans l’optique d’offrir une véritable thanatographie mémorielle de ces héros.

Au regard de ce qui précède, ce panel envisage d’analyser comment les littératures africana mettent en lumière les résistances communautaires comme formes d’agentivité fondées sur des savoirs, des temporalités et des représentations du monde localisés. Nous proposons une lecture à rebours de ces textes afin de voir comment ils s’inscrivent dans une dynamique de rupture/création (Ngal, Création et rupture en littérature africaine, 1995), en mettant l’accent sur les parcours qui se distinguent de ceux de la figure élitiste et individualiste du héros ou de l’héroïne. Autrement dit, il s’agit d’étudier la manière dont le « je » et les communautés, en tant que corps résistants, forment une symbiose et produisent du sens.

En outre, concevoir les résistances communautaires dans les contextes coloniaux et postcoloniaux ne se réduit pas à une simple opposition politique au pouvoir dominant. Dans la perspective du delinking, il s’agit de reconnaître les formes alternatives d’existence et de relation au monde qui échappent à la logique temporelle de la Modernité coloniale. Cette démarche trouve son sens dans l’ancho presente, concept élaboré par Rolando Vázquez, qui désigne un « présent élargi » ou un temps relationnel où coexistent des mémoires, des savoirs et des expériences historiquement marginalisés (Mignolo, La désobéissance épistémique, 2015, p. 291). Dès lors, les résistances communautaires se manifestent aussi par la réactivation de temporalités alternatives permettant d’imaginer d’autres manières d’habiter le temps, l’espace et la communauté.

Cette conception du rapport de la communauté au temps n’est pas limitée à la présence. En effet, les membres des communautés sont ceux qui « marchent en regardant leur passé en face », selon les traditions mayas évoquées par Vázquez. Par cette orientation, il est pertinent de questionner la manière dont ces esthétiques donnent à voir des communautés qui résistent non seulement politiquement, mais également par la préservation et la réactivation de savoirs endogènes longtemps marginalisés, dans une logique de désobéissance épistémique et d’ouverture au pluriversalisme (Dufoix, Décolonial, 2023).

Nous porterons donc une attention particulière aux interrogations suivantes : comment les communautés (femmes, hommes, jeunes, personnes âgées, personnes en situation de handicap, etc.) s’organisent-elles pour résister aux différentes formes d’oppression ? Comment les esthétiques africana mobilisent-elles les savoirs locaux (oralité, spiritualités, mythes, solidarités, initiations et transmissions) comme moyens de résistance communautaire ? Dans quelle mesure ces textes participent-ils à la déconstruction des mythologies de la Modernité et à l’élaboration d’imaginaires décoloniaux capables de remodeler l’espace-temps des communautés africaines ?

Nous invitons les participant·e·s à soumettre leur résumé de 500 mots maximum via la plateforme officielle de la Northeast Modern Language Association (NeMLA) avant le 30 septembre 2026.

Les propositions doivent être déposées en sélectionnant la session : « Penser les résistances communautaires dans les littératures africana ». Lien de la session : https://cfplist.com/nemla/Home/S/22480.

Vous pouvez adresser vos questions à Jean-Arnauld Libong : arnauldlibong@yahoo.fr.