Cette analyse de l’artiste visuel congolais Romario Lukau, figure de la scène artistique de Kinshasa, explore les mécanismes contemporains de la subjectivité artistique en Afrique centrale. En examinant simultanément ses peintures, ses performances et ses installations, l’auteur s’interroge sur la manière dont Lukau combine la mémoire collective, l’héritage colonial, les émotions personnelles et l’empreinte urbaine dans un contexte postcolonial mondialisé. Loin de toute représentation stéréotypée, Lukau crée un style artistique marqué par la tension et le morcellement. Ses personnages, marqués par des cicatrices, des regards impassibles ou des voiles, incarnent une intériorité en constante évolution, hantée par les spectres du passé, mais orientée vers la création d’un avenir novateur. L’essai, rédigé dans un style accessible et exigeant, examine le pouvoir critique de cette représentation postcoloniale. Il l’ancre dans une épistémologie visuelle africaine rénovée, où la mémoire se transforme en outil de reconstruction et la vulnérabilité en mode d’existence politique.
Buata B.Malela est né à Kinshasa. Il a obtenu un doctorat en philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles. Après avoir enseigné pendant dix ans à l’Université de Mayotte, il est maintenant professeur des universités en littérature française et francophone des XXe et XXIe siècles à l’Université de Limoges. Spécialiste des discours littéraires francophones (Afrique, Antilles, océan Indien), de la sociologie de la littérature et des intellectuels, des théories du sujet et des cultures et musiques populaires contemporaines, il est membre du laboratoire EHIC.