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Disparition d'Anthony Glinoer (1976-2026)

Disparition d'Anthony Glinoer (1976-2026)

Publié le par Matthieu Vernet

Fabula apprend avec tristesse la disparition d'Anthony Glinoer, professeur à l'université de Sherbrooke, survenue le 23 juin, en Gaspésie. 

Denis Saint-Amand nous fait l'amitié de partager avec nous ce texte d'hommage.

Chères et chers collègues,

Nous avons appris avec douleur le décès d’Anthony Glinoer, survenu ce mardi 23 juin 2026. Il était un chercheur d’exception, figure majeure de ce qu’il appelait la sociologie historique du littéraire. Membre de la Société Royale du Canada, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l'édition et la sociologie du littéraire, professeur à l’Université de Sherbrooke, il est l’auteur d’essais faisant autorité et alliant, comme le dit si justement Michel Lacroix, la maîtrise de la théorie, du texte et de l’histoire : Naissance de l’Éditeur. L’édition à l’âge romantique (avec Pascal Durand, Les Impressions Nouvelles, 2005), La Querelle de la camaraderie littéraire (Droz, 2008), La Littérature frénétique (PUF, 2009), L’Âge des cénacles. Confraternités artistiques et littéraires au XIXe siècle (avec Vincent Laisney, Fayard, 2013), La Bohème. Une figure de l’imaginaire social (PUM, 2018), Être éditeur. Histoire, discours, imaginaires (L’échappée, 2024) et Les Classiques littéraires. Introduction à une sociologie (PUM, 2025).

La puissance de sa pensée et sa clarté en faisaient un chercheur très respecté, dont les travaux étaient fréquemment mobilisés ; son humilité le conduisait à valoriser plus encore ce que les autres faisaient. Anthony Glinoer était un véritable animateur de la recherche et concevait celle-ci dans une dynamique d’échange et de partage. Il a ouvert un nombre incalculable de chantiers collectifs, depuis la fondation des revues COnTEXTES et Mémoires du livre jusqu’au Groupe de Recherche sur les Médiations Littéraires et les Institutions en passant par plusieurs projets du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRELQ). Il était un véritable passeur, par disposition autant que par conviction politique, soucieux de faire circuler des textes et travaux qui lui semblaient valoir le détour : ses éditions de textes (de Victor Serge à Pierre Macherey), le site Socius (rassemblant des ressources « pour mieux comprendre les approches sociales du fait et du texte littéraires ») et l’important projet Archives éditoriales, parmi d’autres, en donnent un aperçu. Tout récemment, il a fait paraître dans COnTEXTES une recension invitant à la découverte du livre de Günter Leypoldt, Literature’s Social Lives, qui l’avait enthousiasmé et, dans La Revue des livres et des idées, une note de lecture réflexive à partir de deux biographies de Victor Serge. Le détail de ses accomplissements académiques force l’admiration et montre le collègue remarquable qu’il était.

Mais, pour exceptionnelles qu’elles soient, ces réalisations ne suffisent pas à rendre compte de la personne formidable qu’était Anthony Glinoer. Dans le très bel hommage qu’il lui rend, son éditeur aux Presses de l’Université de Montréal, Benoît Melançon, met en lumière sa rigueur, son ouverture d’esprit, sa fiabilité et sa générosité. S’il pouvait intimider au premier abord par son statut, par son aplomb et par la concision d’une parole souvent accompagnée de froncements de sourcils, Anthony Glinoer se révélait très vite un interlocuteur à l’écoute, plein de curiosité sincère et d’altruisme, d’humour et de finesse. Il a été, pour plusieurs, un ami précieux, d’une loyauté inestimable. Sa disparition brutale provoque un choc et une profonde tristesse ; nous n’oublierons jamais ce qu’il a été et ce que nous lui devons.

Toutes nos pensées vont vers sa famille, ses proches, ses collègues et étudiant·e·s." — D.S.A