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L’expérience féminine comme expérimentation créatrice (Arras)

L’expérience féminine comme expérimentation créatrice (Arras)

Publié le par Marc Escola (Source : Gerald Preher)

Journée d’études – "L’expérience féminine comme expérimentation créatrice"

Vendredi 23 octobre 2026

Appel à communications 

[La version anglaise figure plus bas]

Penser l’expérience féminine à travers le prisme de l’expérimentation revient à déplacer le regard : il ne s’agit plus seulement d’étudier les femmes comme objets de l’histoire ou de la représentation, mais comme sujets actifs de la création, capables de transformer les langages, les formes et les savoirs. Cette perspective trouve un écho particulièrement fécond dans deux approches théoriques majeures. D’une part, Grammaires de la création de George Steiner (2001) envisage toute œuvre comme une réponse au vertige de l’invention, comme un acte qui reconfigure les possibles du langage et de la pensée. D’autre part, Julia Kristeva, à travers sa réflexion sur « la révolution du langage poétique » (1974) et sur l’intertextualité, montre que toute création naît d’un dialogue incessant entre les textes, les voix et les systèmes symboliques. En croisant ces deux cadres, l’expérience féminine apparaît comme une expérimentation continue, une pratique de déplacement des frontières culturelles qui concerne autant la littérature que les arts, l’histoire ou les sciences.

Chez Steiner, la création ne consiste jamais en une production ex nihilo. Elle relève d’un geste qui interroge les limites de ce qui peut être dit, pensé ou représenté. Or les créatrices ont souvent été confrontées à une difficulté supplémentaire. Elles ont dû inventer tout en négociant leur place dans des traditions construites par et pour les hommes. Leur expérimentation est ainsi double. Elle est esthétique, puisqu’elle renouvelle les formes, mais également existentielle, puisqu’elle implique de redéfinir les conditions mêmes de la prise de parole. Cette idée rejoint les analyses de Kristeva sur « la révolution poétique ». Pour elle, les œuvres véritablement novatrices introduisent dans le langage une part de rupture, de déplacement et de pluralité qui déstabilise les structures établies. L’intertextualité montre que chaque texte absorbe et transforme d’autres textes. Finalement, aucune création n’est isolée. Les écrivaines, en particulier, travaillent souvent à partir d’un héritage dont elles modifient profondément les codes, faisant dialoguer la tradition avec leur propre expérience du corps, du désir, de la mémoire ou de la marginalité. Mais il ne faut pas oublier les plasticiennes, peintres et architectes qui s’efforcent tout autant d’affirmer une identité et une compréhension du monde dans lequel elles évoluent.

L’exemple de Virginia Woolf est emblématique. Dans A Room of One’s Own (1928), elle affirme que les conditions matérielles de la création sont indissociables de la liberté intellectuelle. Mais son expérimentation dépasse la revendication sociale ; elle transforme également la narration elle-même. Avec le flux de conscience, la fragmentation temporelle et l’attention portée à la perception, Woolf construit une écriture où l’expérience intérieure devient le véritable moteur de la fiction. Son œuvre constitue ainsi une réponse concrète à la question steinerienne de la création comme invention de nouvelles possibilités formelles, tout en illustrant la conception kristevienne d’un langage en perpétuelle recomposition. On peut tout autant penser à la charpente de Mrs. Dalloway (1925) qui s’est élaborée à partir de nouvelles.

Cette dynamique se retrouve chez Joyce Carol Oates qui a pendant plusieurs années écrit des « romans en nouvelles » (« novels in stories »), explorant les violences sociales, psychologiques et genrées à travers une écriture protéiforme. Oates expérimente les points de vue, les genres littéraires et les registres stylistiques afin de montrer que l’identité féminine ne peut être réduite à une catégorie fixe. Son travail dialogue avec la tradition américaine tout en la subvertissant, illustrant parfaitement l’idée d’intertextualité comme transformation plutôt que comme imitation. Elle s’intéresse aussi aux sciences et aux expériences scientifiques qu’elle recrée et revisite pour en imaginer des conséquences inattendues.

Les écrivaines du Sud américain, Shirley Ann Grau, notamment, offrent une autre modalité de cette expérimentation. Elle a souvent déclaré vouloir que chacun de ses romans soit différent de manière formelle de celui qui l’a précédé. Ses romans, profondément ancrés dans le Sud des États-Unis, interrogent les héritages familiaux, raciaux et culturels à travers des personnages féminins confrontés aux mutations historiques. Chez elle, l’expérience individuelle devient le lieu où se croisent mémoire collective et destin personnel. L’écriture fonctionne comme un laboratoire où les récits transmis sont corrigés et parfois renversés. Elle prolonge ainsi ce qu’on découvre à la lecture d’Elizabeth Madox Roberts, Carson McCullers ou Flannery O’Connor.

L’expérimentation féminine trouve également une expression philosophique majeure chez Simone de Beauvoir. Lorsque celle-ci affirme que « l’on ne naît pas femme : on le devient », elle propose une véritable révolution conceptuelle. Le genre cesse d’être une essence pour devenir une construction historique et sociale. Cette idée ouvre un espace inédit d’expérimentation identitaire : si la féminité est produite par des pratiques et des représentations, elle peut également être réinventée. Dans cette perspective, l’expérience vécue acquiert une valeur théorique et politique qui transforme durablement les sciences humaines et les études de genre.

Colette, quant à elle, expérimente par le biais de la sensualité et de l’observation minutieuse du quotidien. Son écriture brouille les frontières entre autobiographie et fiction, entre nature et culture, entre féminité prescrite et désir personnel. Les corps, les sensations et les métamorphoses deviennent des lieux privilégiés d’exploration littéraire. Cette attention au vécu concret rejoint les analyses de Kristeva sur l’importance du sémiotique, cette dimension prédiscursive du langage qui traverse la matérialité des mots et des affects.

Bien avant ces théorisations, les sœurs Brontë avaient déjà engagé une forme d’expérimentation radicale. Charlotte, Emily et Anne investissent le roman gothique, sentimental ou réaliste pour en détourner les conventions. Leurs héroïnes revendiquent une intériorité complexe et une autonomie morale qui rompent avec les attentes de leur époque. Les paysages sauvages de Wuthering Heights (1847) ou les aspirations intellectuelles dans Jane Eyre (1847) témoignent d’une réécriture profonde des modèles narratifs hérités du passé.

Katherine Mansfield participe également à cette révolution discrète des formes. Ses nouvelles privilégient les instants de révélation, les impressions fugitives et les silences plutôt que les intrigues traditionnelles. Cette esthétique de la fragmentation montre que l’expérience humaine, notamment féminine, ne se laisse pas toujours enfermer dans une narration linéaire. Mansfield expérimente une écriture de l’inachevé qui influencera durablement la modernité littéraire et illustre l’idée de Steiner selon laquelle « l’inachèvement et le fragment, plutôt que le monumental, sont les mots de passe du modernisme » (383).

Avec Hélène Cixous, l’expérimentation devient explicitement politique et linguistique. Son concept d’« écriture féminine » ne désigne pas un style réservé aux femmes, mais une manière de défaire les hiérarchies imposées par les structures patriarcales du langage. Écrire revient à inventer de nouvelles circulations du sens, à faire entendre des voix longtemps réduites au silence. Cette démarche rejoint directement la réflexion de Kristeva sur les potentialités révolutionnaires de la poésie et sur la capacité des formes littéraires à transformer les systèmes symboliques. Betty Friedan déplace pour sa part cette expérimentation vers la sociologie et l’analyse culturelle. Dans The Feminine Mystique (1963), elle met au jour ce qu’elle appelle « le problème sans nom » : le malaise éprouvé par de nombreuses femmes assignées au seul rôle domestique malgré les promesses de prospérité de l’après-guerre. Son enquête contribue à transformer une expérience individuelle diffuse en objet de réflexion collective et de mobilisation politique. Là encore, la création d’un nouveau vocabulaire permet l’émergence d’une nouvelle réalité sociale.

L’histoire des sciences fournit également des exemples significatifs d’expérimentation féminine. Pendant longtemps exclues des institutions académiques, de nombreuses chercheuses ont dû inventer des stratégies alternatives pour produire et diffuser leurs travaux. Les parcours de Marie Curie, Rosalind Franklin ou Ada Lovelace montrent que l’innovation scientifique s’accompagne souvent d’une lutte pour la reconnaissance intellectuelle. Leur contribution rappelle que l’expérimentation ne concerne pas uniquement les protocoles de laboratoire, mais aussi les conditions sociales de la recherche elle-même.

Dans les arts visuels, cette logique est tout aussi manifeste. Les performances de Marina Abramović, les installations de Judy Chicago ou les autoportraits de Frida Kahlo transforment le corps féminin en espace critique où se rejouent les questions d’identité, de mémoire et de pouvoir. L’œuvre devient un lieu d’expérience partagée, où les frontières entre vie personnelle et création artistique sont continuellement remises en question.

Cette dynamique d’expérimentation se manifeste avec une force particulière chez des autrices qui articulent la question du féminin à celles de la mémoire, de l’appartenance culturelle et de la transmission. Toni Morrison fait de la langue un espace de réinvention historique où les voix réduites au silence par l’esclavage retrouvent une présence et une puissance narratives. Ses romans montrent que l’acte de raconter constitue déjà une forme de résistance et de recréation du réel. De manière comparable, Jesmyn Ward explore les expériences de la précarité, du deuil et de la survie dans le Sud des États-Unis en mêlant réalisme social, mémoire familiale et dimensions quasi mythiques. Maxine Hong Kingston ou Amy Tan, quant à elles, brouillent les frontières entre autobiographie, légende et histoire collective, révélant la nature profondément intertextuelle de toute identité. Leurs œuvres illustrent bien l’intuition de Kristeva selon laquelle le sujet se construit dans un réseau de récits antérieurs qu’il transforme à son tour. Leslie Marmon Silko développe une démarche similaire à partir des traditions narratives amérindiennes (on pense à Ceremony) : ses textes refusent les séparations occidentales entre histoire, mythe, nature et communauté, proposant une autre grammaire de la création fondée sur la circularité et la relation. Enfin, Siri Hustvedt occupe une position singulière à l’intersection de la littérature, de la philosophie, de la psychanalyse et des neurosciences. Son travail interroge les mécanismes de la perception, de la mémoire et de l’incarnation, démontrant que l’expérience féminine ne relève pas seulement d’une catégorie sociale mais constitue également un champ d’investigation épistémologique. Chez ces autrices, l’expérimentation dépasse la seule innovation formelle. Elle devient une méthode de connaissance, un moyen de rendre visibles des expériences historiques, culturelles et corporelles longtemps marginalisées. Leurs œuvres confirment ainsi que la création, au sens où l’entend Steiner, naît souvent de la rencontre entre plusieurs traditions, plusieurs langues et plusieurs mémoires, et que cette pluralité constitue l’une des sources les plus fécondes du renouvellement littéraire contemporain.

L’idée steinerienne de « grammaires de la création » permet de comprendre que ces innovations ne relèvent pas d’exceptions isolées mais participent d’un processus plus vaste de renouvellement culturel. Les femmes créatrices développent des grammaires nouvelles parce que leurs expériences historiques les conduisent à interroger des catégories établies – l’autorité, la filiation, le corps, la mémoire, le travail, la sexualité ou encore la transmission du savoir. Leur expérimentation produit des formes inédites qui enrichissent l’ensemble de la culture et redéfinissent les possibilités mêmes de la création. Elle constitue un moteur privilégié de l’expérimentation artistique, intellectuelle et scientifique.

À partir de ces réflexions, la journée explorera diverses formes d’expérimentation créatrice en ne limitant pas la perspective à une temporalité imposée ou à une aire géographique spécifique.

Les propositions de communications, d’une longueur d’environ 500 mots et accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer avant le 15 septembre à gerald.preher@univ-artois.fr; patrycja.renard@wanadoo.fr et julie.beynel@cegetel.net

Conceiving of the female experience through the lens of experimentation amounts to shifting our perspective: it is no longer simply a matter of studying women as objects of history or representation, but as active agents of creation, capable of transforming languages, forms, and forms of knowledge. This perspective finds a particularly fruitful echo in two major theoretical approaches. On the one hand, George Steiner’s Grammars of Creation (2001) views every work as a response to the vertigo of invention, as an act that reconfigures the possibilities of language and thought. On the other hand, Julia Kristeva, through her reflections on “the revolution of poetic language” (1974) and on intertextuality, shows that all creation arises from a ceaseless dialogue between texts, voices, and symbolic systems. By bringing these two frameworks together, the female experience emerges as a continuous experimentation, a practice of shifting cultural boundaries that concerns literature as much as the arts, history, or the sciences.

For Steiner, creation never consists of producing something out of nothing. It is an act that questions the limits of what can be said, thought, or represented. Yet women creators have often faced an additional challenge. They have had to invent while negotiating their place within traditions built by and for men. Their experimentation is thus twofold. It is aesthetic, in that it renews forms, but also existential, in that it involves redefining the very conditions of speaking. This idea aligns with Kristeva’s analyses of “the poetic revolution.” For her, truly innovative works introduce into language an element of rupture, displacement, and plurality that destabilizes established structures. Intertextuality shows that every text absorbs and transforms other texts. Ultimately, no creative work exists in isolation. Women writers, in particular, often draw on a legacy whose codes they profoundly alter, creating a dialogue between tradition and their own experiences of the body, desire, memory, or marginality. But we must not forget the visual artists, painters, and architects who strive just as hard to assert an identity and an understanding of the world in which they live.

Virginia Woolf’s example is emblematic. In A Room of One’s Own (1928), she asserts that the material conditions of creation are inseparable from intellectual freedom. But her experimentation goes beyond social advocacy; it also transforms the narrative itself. Through stream of consciousness, temporal fragmentation, and a focus on perception, Woolf develops a style of writing in which inner experience becomes the true driving force of fiction. Her work thus constitutes a concrete response to the Steinerian notion of creation as the invention of new formal possibilities, while illustrating the Kristevan conception of language in perpetual reconfiguration. One might just as easily consider the structure of Mrs. Dalloway (1925), which was developed from short stories.

This dynamic is evident in the work of Joyce Carol Oates, who for many years wrote “novels in stories,” exploring social, psychological, and gender-based violence through a multifaceted writing style. Oates experiments with points of view, literary genres, and stylistic registers to demonstrate that female identity cannot be reduced to a fixed category. Her work engages with the American literary tradition while subverting it, perfectly illustrating the idea of intertextuality as transformation rather than imitation. She is also interested in science and scientific experiments, which she recreates and reimagines to explore their unexpected consequences.

Women writers from the American South—Shirley Ann Grau, in particular—offer another form of this experimentation. She has often stated that she wants each of her novels to differ formally from the one that preceded it. Her novels, deeply rooted in the American South, explore family, racial, and cultural legacies through female characters confronting historical upheavals. In her work, individual experience becomes the space where collective memory and personal destiny intersect. Writing functions as a laboratory where inherited narratives are revised and sometimes overturned. In this way, she builds upon what we discover in the works of authors such as Elizabeth Madox Roberts, Carson McCullers and Flannery O’Connor.

Simone de Beauvoir also offers a major philosophical expression of women’s experimentation. When she asserts that “one is not born a woman: one becomes one,” she proposes a true conceptual revolution. Gender ceases to be an essence and becomes a historical and social construct. This idea opens up a new space for experimentation with identity: if femininity is produced by practices and representations, it can also be reinvented. From this perspective, lived experience acquires a theoretical and political value that permanently transforms the humanities and gender studies.

Colette, for her part, experiments through sensuality and the meticulous observation of everyday life. Her writing blurs the boundaries between autobiography and fiction, between nature and culture, and between prescribed femininity and personal desire. Bodies, sensations, and metamorphoses become prime sites of literary exploration. This focus on concrete lived experience aligns with Kristeva’s analyses of the importance of semiotics—that pre-discursive dimension of language that cuts across the materiality of words and affects.

Long before these theoretical developments, the Brontë sisters had already embarked on a form of radical experimentation. Charlotte, Emily, and Anne immersed themselves in the Gothic, sentimental, and realist novel genres in order to subvert their conventions. Their heroines asserted a complex inner life and moral autonomy that broke with the expectations of their time. The wild landscapes of Wuthering Heights (1847) and women’s intellectual aspirations in Jane Eyre (1847) attest to a profound rewriting of inherited narrative models.

Katherine Mansfield also contributed to this quiet revolution in form. Her short stories prioritize moments of revelation, fleeting impressions, and silences over traditional plots. This aesthetic of fragmentation demonstrates that human experience—particularly that of women—cannot always be confined to a linear narrative. Mansfield experiments with a style of writing centered on the unfinished, which would have a lasting influence on literary modernism and illustrates Steiner’s idea that “incompleteness and the fragment, rather than the monumental, are the watchwords of modernism” (383).

With Hélène Cixous, experimentation becomes explicitly political and linguistic. Her concept of “feminine writing” does not refer to a style reserved for women, but to a way of undoing the hierarchies imposed by the patriarchal structures of language. Writing amounts to inventing new flows of meaning, to giving voice to those long silenced. This approach ties directly into Kristeva’s reflections on the revolutionary potential of poetry and on the capacity of literary forms to transform symbolic systems. Betty Friedan, for her part, shifts this experimentation toward sociology and cultural analysis. In The Feminine Mystique (1963), she brings to light what she calls “the problem with no name”: the unease felt by many women assigned solely to domestic roles despite the promises of postwar prosperity. Her investigation helped transform a diffuse individual experience into a subject of collective reflection and political mobilization. Here again, the creation of a new vocabulary enabled the emergence of a new social reality.

The history of science also provides significant examples of women’s experimentation. Long excluded from academic institutions, many female researchers had to devise alternative strategies to produce and disseminate their work. The careers of Marie Curie, Rosalind Franklin, and Ada Lovelace show that scientific innovation is often accompanied by a struggle for intellectual recognition. Their contributions remind us that experimentation is not limited to laboratory protocols but also involves the social conditions of research itself.

In the visual arts, this logic is just as evident. Marina Abramović’s performances, Judy Chicago’s installations, and Frida Kahlo’s self-portraits transform the female body into a critical space where questions of identity, memory, and power are reenacted. The artwork becomes a site of shared experience, where the boundaries between personal life and artistic creation are continually challenged.

This spirit of experimentation is particularly evident among female authors who intertwine the theme of femininity with those of memory, cultural belonging, and transmission. Toni Morrison transforms language into a space for historical reinvention, where voices silenced by slavery regain a narrative presence and power. Her novels show that the act of storytelling is in itself a form of resistance and a recreation of reality. Similarly, Jesmyn Ward explores experiences of precariousness, grief, and survival in the American South by blending social realism, family memory, and quasi-mythical elements. Maxine Hong Kingston and Amy Tan, for their part, blur the boundaries between autobiography, legend, and collective history, revealing the profoundly intertextual nature of all identity. Their works vividly illustrate Kristeva’s insight that the subject is constructed within a network of prior narratives, which it in turn transforms. Leslie Marmon Silko develops a similar approach based on Native American narrative traditions (as seen in Ceremony): her texts reject Western distinctions between history, myth, nature, and community, proposing an alternative grammar of creation grounded in circularity and relationship. Finally, Siri Hustvedt occupies a unique position at the intersection of literature, philosophy, psychoanalysis, and neuroscience. Her work explores the mechanisms of perception, memory, and embodiment, demonstrating that the female experience is not merely a social category but also constitutes a field of epistemological inquiry. For these authors, experimentation goes beyond mere formal innovation. It becomes a method of knowledge, a means of bringing to light historical, cultural, and bodily experiences that have long been marginalized. Their works thus confirm that creation, as Steiner understands it, often arises from the encounter between multiple traditions, languages, and memories, and that this plurality constitutes one of the most fertile sources of contemporary literary renewal.

Steiner’s concept of “grammars of creation” helps us understand that all such innovations are not isolated exceptions but are part of a broader process of cultural renewal. Creative women develop new grammars because their historical experiences lead them to question established categories—authority, lineage, the body, memory, work, sexuality, and the transmission of knowledge. Their experimentation produces novel forms that enrich culture as a whole and redefine the very possibilities of creation. It serves as a key driving force behind artistic, intellectual, and scientific experimentation.

Building on these reflections, the study day will explore various forms of creative experimentation without limiting the perspective to a specific time frame or geographic area.

Proposals for papers, approximately 500 words in length and accompanied by a brief biographical and bibliographical note, should be submitted by September 15 to gerald.preher@univ-artois.fr ; patrycja.renard@wanadoo.fr ; and julie.beynel@cegetel.net