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Georges Bataille et la science

Georges Bataille et la science

Publié le par Marc Escola (Source : Christine Lemaitre)

Colloque 

« Georges Bataille et la science » 

13 mars 202, à l’IPC, 20, rue des Cordelières, Paris 13e 

Il peut sembler curieux de vouloir organiser un colloque sur Georges Bataille et la science. De prime abord, l’écrivain ne semble pas être connu pour ses analyses scientifiques. Et pourtant, à y bien regarder, son oeuvre théorique regorge de références à la science (sciences humaines comme sciences de la nature), bien souvent pour la critiquer. Que peut-on en penser aujourd’hui ? Les réflexions de Bataille peuvent-elles nous éclairer face aux problèmes scientifiques contemporains ? Voici quelques pistes de recherche qui pourraient être suivies (ou non). 

L’hétérologie ou « science de ce qui est tout autre » pour désigner des phénomènes excrémentiels (Bataille, 1970a, p. 58-62 ; Baudry, 1973, p.134 ; Boyne, Galletti, 2018) peut-elle être reprise aujourd’hui ? Et la méthode présidant à L’Érotisme, que Bataille (1957) voulait aborder comme un « fait social total » à l’instar de Mauss (1950), et de l’intérieur comme un « brahmane », non de l’extérieur comme un savant, semble-t-elle pertinente ? 

Et cette affirmation que la revue Critique qu’il créa en 1946, devait être le point de convergence de l’économie politique, la littérature, la philosophie et la politique et sa sollicitation de chercheurs aussi différents que Raymond Barre, François Perroux, Georges Friedman ou Alexandre Kojève, n’était-ce pas un appel à l’interdisciplinarité vantée aujourd’hui mais rarement réalisée (Surya, p. 449-458) ? 

Et que penser de ce Collège de Sociologie, cette communauté de « savants » différente de celle qui unissait habituellement les scientifiques ? Une communauté qui recherchait avant tout une connaissance « autre » ou « communielle » (Bataille, 1937 ; 1970b) dans lequel Bataille dialoguait pourtant avec des scientifiques de la nature plus traditionnels (un astronome comme Emile Belot ou un zoologiste comme Etienne Rabaud) (Berlantini, 2022). 

Et comment ne pas être étonné par l’exploration d’une expérience mystique dans L’expérience intérieure (Bataille, 1943), conduisant au « non-savoir » dont le principe, à l’inverse de la science menait du connu à l’inconnu, et dont l’accès privilégié devait se faire par une littérature authentique (Besnier, 1988, chapitre 14 ; Sasso, 1978) ? 

Il y avait aussi le « moment ethnologique » de la pensée de Bataille dont Stéphane Massonet (2015) a retracé la genèse : l’analyse des sacrifices humains et du potlatch dans les sociétés amérindiennes, et particulièrement les aztèques (Bataille, 1928 ; 1933 ; 1949). 

Il y avait enfin l’ensemble des textes regroupés autour de La Part maudite parmi lesquels : 

- L’économie à la mesure de l’univers (Bataille, 1946), en collaboration avec le physicien Georges Ambrosino, qui définissait la richesse comme étant de l’énergie en excès qu’il fallait éponger par une dépense en pure perte (Ambrosino, Bataille, 2018 ; Mong-Hy, 2012 ; 2015). 

- La Part maudite, la Consumation (Bataille, 1949) qui cherchait à tracer les contours d’une histoire universelle autour du sort réservé à la dépense improductive dans diverses sociétés. 

- Mais aussi Théorie de la religion (Bataille, 1974) qui esquissait une histoire des relations entre le sacré et le profane (entre le monde de l’immanence originel et celui de la transcendance des choses). Dans le monde contemporain où domine le monde des choses et la science, l’intimité propre au monde sacré ne pouvait être connue que par la position du non-savoir car « l’intimité est la limite de la conscience claire » (Bataille, 1974, p. 342). 

Plusieurs articles et ouvrages ont été consacrés aux propos « scientifiques » de Bataille ou ont cherché à les prolonger, par exemple : 

Son épistémologie économique (Guillaume, 1987 ; 1999 ; De March, 2015). 

Sa confrontation avec les épistémologies reconnues en sciences de gestion (Dumond, 2023). 

L’exploration de phénomènes récents économiques ou écologiques (Guillaume, 1978 ; Dicks, 2015 ; Iwano, 2015 ; Berlantini, 2022). 

D’autres l’ont critiqué (Goux, 1990 ; Baudrillard, 1976 ; L’Yvonnet, 2023). 

L’analyse de phénomènes sociologiques comme les sites de rencontre (Noël-Lemaitre, 2023), le phénomène #MeToo (De March, 2025) ou les suicides au travail (De March, 2023). 

Ce colloque sera l’occasion de revenir sur cette pensée « scientifique » de Bataille et de mesurer sa pertinence pour rendre compte de phénomènes contemporains. Deux types de communications sont attendues, certaines actualisant, approfondissant ou critiquant certains aspects de cette pensée, d’autres la mobilisant pour penser des évènements actuels. 

Le colloque se tiendra dans les locaux de l’IPC le 13 mars 2027. Les projets de communications doivent être envoyés à François De March : francois.de-march@u-pec.fr avant le 1er novembre 2026 (4-5 pages maximum). Des questions peuvent nous être posées avant si vous voulez vérifier la pertinence de votre projet. 

Les évaluations pour le colloque seront faites en double aveugle et le retour aura lieu le 30 novembre 2026 indiquant l’acceptation ou non pour la participation au colloque. 

Les communications définitives susceptibles d’être publiées seront envoyées avant le 1er février 2027 dans un format permettant leur publication dans la revue Analogia pour les meilleures d’entre elles (cf. normes éditoriales ci-dessous). Le retour de ces communications acceptées pour la revue sera fait le 1er mars 2027. 

Bibliographie 

Ambrosino G., Bataille G. (2018). L’Expérience à l’épreuve – Correspondance et inédits (1943-1960), Editions les Cahiers. 

Bataille G. (1928). L’Amérique disparue, (1ère parution dans Cahiers de la République des lettres, des sciences et des arts, XI), dans OEuvres Complètes, tome I, Paris, Gallimard, p. 152-158. 

Bataille G. (1933). La notion de dépense, (1ère parution dans La Critique sociale, n°7, janvier 1933), dans OEuvres Complètes, tome I, Paris, Gallimard, p. 302-320. 

Bataille G. (1937). Note sur la fondation d’un Collège de Sociologie, (1ère parution dans Acéphale, n° 3-4, juillet 1937), dans OEuvres Complètes, tome I, Paris, Gallimard, p. 491-492. 

Bataille G. (1943). L’expérience intérieure, dans OEuvres Complètes, tome V, Paris, Gallimard, p. 7-189. 

Bataille G. (1946). L’économie à la mesure de l’univers, dans OEuvres Complètes, tome VII, Paris, Gallimard, p. 7-16. 

Bataille G. (1949). La Part maudite, I. La Consumation, dans OEuvres Complètes, tome VII, Paris, Gallimard, p. 17-179. 

Bataille G. (1950-1951). L’Histoire de l’érotisme, dans OEuvres Complètes, tome VIII, Paris, Gallimard, p 7-165. 

Bataille G. (1957). L’Érotisme, dans OEuvres Complètes, tome X, Paris, Gallimard, p 7-270. 

Bataille G. (1970a). La valeur d’usage de D.A.F. de Sade (I). Dans OEuvres Complètes, tome II, Paris, Gallimard, p. 54-69. 

Bataille G. (1970b). Collège de sociologie. Dans OEuvres Complètes, tome II, Paris, Gallimard, p. 289-374. 

Bataille G. (1974). Théorie de la religion, dans OEuvres Complètes, tome VII, Paris, Gallimard, p. 281-361. 

Baudry J.L. (1973). Bataille et la science : introduction à l’expérience intérieure. Dans Artaud-Bataille (actes du colloque de Cerisy), tome 2, Paris, UGE 10-18, p. 127-152. 

Baudrillard J. (1976). Quand Bataille attaquait le principe métaphysique de l’économie, La Quinzaine littéraire (n° 234 du 01/06/1976) 

Berlantini G. (2022). L’autre partage. Georges Bataille et l’écologie. Thèse de philosophie soutenue à l’université de Paris X Nanterre. 

Besnier J-M. (1988). La politique de l'impossible : « L’intellectuel entre révolte et engagement », Paris, La Découverte, repris en 2014 sous le titre Georges Bataille, la politique de l’impossible, éditions Cécile Defaut. 

Boyne R., Galletti M. (2018). Heterology or « The Science of the Excluded Part » : An Introduction. In Special Issue : Bataille and Heterology, Theory, Culture & Society, Vol 35, Issue 4-5, p. 3-27. 

De March F. (2015). La part maudite : un “non savoir” économique ? Dans Limousin C. et Poirier J., La Part maudite de Georges Bataille : La dépense et l’excès, Paris, Classiques Garnier, Série Littérature des XXe et XXIe siècles (n° 124), p. 119-134. 

De March F. (2023). Les suicides au travail : un retour des sacrifices humains ? Dans De March F, Dumond J.-P. (dir), Un regard critique sur la gestion avec l'oeil de Georges Bataille, Caen, EMS Éditions, p. 177-191. 

De March F. (2025). #MeToo : une négation sans reste de l’érotisme bataillien ? Dans De March et alii (dir.), L’entreprise après #MeToo – Entre romances et violences, que peut le management ?, Paris, EMS, p. 179-209. 

Dicks H. (2015). Bataille et la crise écologique. L’économie générale et l’oubli de l’être. Dans Limousin C. et Poirier J., La Part maudite de Georges Bataille : La dépense et l’excès, Paris, Classiques Garnier, Série Littérature des XXe et XXIe siècles (n° 124), p. 383-394. 

Dumond J.P. (2023), Bataille et les paradigmes réaliste, interprétativiste et constructiviste. Dans De March, Dumond (dir.), Un regard critique sur la gestion avec l’oeil de Georges Bataille, Caen, Editions EMS, p. 135-148. 

Goux J.-J. (1990). General Economics and Postmodern Capitalism, trad. Kathryn Ascheim, Rhonda Garelick, Yale French Studies n° 78, On Bataille, : Allan Stoekl Yale University, New Haven, p. 206-224 repris dans Goux (Jean-Joseph), 2000, Frivolité de la valeur - Essai sur l’imaginaire du capitalisme, Paris, Blusson. 

Guillaume M. (1978). Éloge du désordre, Paris, Gallimard. 

Guillaume M. (1987). La notion de dépense de Mauss à Bataille. Dans Écrits d'ailleurs-Georges Bataille et les ethnologues, textes réunis par Dominique Lecoq et Jean-Luc Lory, Les amis de Georges Bataille, Centre coopératif de recherche et diffusion en anthropologie, Paris, Maison des Sciences de l'Homme, p. 9-17. 

Guillaume M. (1999). La part mal dite de l’économie. Dans Bataille-Leiris L’intenable assentiment au monde (actes du colloque d’Orléans pour le centenaire de la naissance de Georges BATAILLE), Belin, p. 189-201. 

Iwano T. (2015). L’« économie générale » et le don solaire – Réflexion sur la pensée économique de Georges Bataille. Dans Limousin C. et Poirier J., La Part maudite de 

Georges Bataille : La dépense et l’excès, Paris, Classiques Garnier, Série Littérature des XXe et XXIe siècles (n° 124), p. 135-145. 

L’Yvonnet F. (2023). Baudrillard, par-delà Mauss et Bataille. Dans De March F, Dumond J.-P. (dir), Un regard critique sur la gestion avec l'oeil de Georges Bataille, Caen, EMS Éditions, p. 89-87. 

Mauss M. (1950). Essai sur le Don - Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques, Dans Sociologie et anthropologie, Paris, Presses Universitaires de France, p. 143-279. 

Mong-Hy C. (2012). Bataille cosmique – Georges Bataille : du système de la nature à la nature de la culture, Paris, Nouvelles Editions Lignes. 

Mong-Hy C. (2015). Vers la thermodynamique de l’anthropos. Georges Bataille, Georges Ambrosino et les naissances du paradigme énergétique. Dans Limousin C. et Poirier J., La Part maudite de Georges Bataille : La dépense et l’excès, Paris, Classiques Garnier, Série Littérature des XXe et XXIe siècles (n° 124), p. 337-351. 

Noël-Lemaitre C. (2023). L’érotisme des coeurs est-il devenu impossible à l’ère des plateformes numériques de rencontre ? Quelques réflexions à partir de la conception de l’amour chez Bataille. Dans De March F, Dumond J.-P. (dir), Un regard critique sur la gestion avec l'oeil de Georges Bataille, Caen, EMS Éditions, p. 207-220. 

Sasso R. (1978). Georges Bataille : Le système du Non-Savoir - Une ontologie du jeu, Paris, Les Editions de Minuit, (coll. Arguments). 

Surya M. (1992) [1987]. Georges Bataille, la mort à l'oeuvre, (2e éd.), Paris, Gallimard, (coll. « Tel », 2012). 

Comité d’organisation : 

Emmanuel Brochier, Doyen et directeur de l’IPC 

François De March, IRG Université de Paris-Est Créteil 

Louis de Cacqueray, IPC 

Comité scientifique : 

Germana Berlantini (Chercheuse postdoctorale en écologie politique et philosophie de l’environnement) 

Jean-Michel Besnier (Professeur émérite de philosophie à la Sorbonne) 

François De March (Chercheur associé à l’IRG de l’Université de Paris-Est Créteil) 

Marc Guillaume (Economiste et philosophe) 

François L’Yvonnet (Professeur de philosophie et éditeur) 

Monika Marczuk (Chargée de collection à la BNF, co-directrice de la rédaction des cahiers Bataille) 

Cédric Mong-Hy (Professeur à l’ESA Réunion, chercheur associé au LCF de l’université de La Réunion) 

Christine Noël-Lemaitre (Maître de conférence en philosophie, Habilitée à diriger des recherches, Aix Marseille Université) 

Normes éditoriales pour les communications définitives 

D’une longueur maximale de 20 pages (hors page de garde et bibliographie), les communications définitives devront respecter la Charte graphique Analogia 

Mise en forme des références 

On utilise la norme Chicago. 

Les références sont données en notes de bas de page, et développées dans la bibliographie en fin d’article. 

Notes de bas de page 

L’appel de note se place après le signe de ponctuation. 

Pour les oeuvres classiques, on donne le livre, le chapitre, la ligne (sans utiliser les abréviations L., chap.) : 

Sénèque, Lettres à Lucilius 82, 9-24 ; Aulu Gelle, Nuits attiques II 25, 4. 

Pour la littérature secondaire, on donne uniquement l’auteur, la date de l’oeuvre citée et le numéro de 

page (sans utiliser p.). Exemple : 

Ce point est travaillé par ailleurs.1 

1. Voir Wilson 2013, 73-81 ; Fazzo 2014, 270. 

On utilise avec parcimonie les abréviations op. cit. et ibid. 

Les citations en langues étrangères restent en romain (pas d’italiques). 

Bibliographie 

Les oeuvres citées sont classées dans l’ordre alphabétique des auteurs, puis chronologique des dates de 

parution. 

Livre : 

Nom de l’auteur virgule Prénom point. Année de parution point. Titre en italiques point. Traducteur ou 

éditeur scientifique point. Ville d’édition deux points : nom de l’éditeur point. 

Aristote. 1965. Les Topiques. Traduction nouvelle et notes par Jules Tricot. Paris : Vrin. 

Giovacchini, Julie. 2012. L’empirisme d’Épicure. Paris : Classiques Garnier. 

Chapitre de livre : 

Nom de l’auteur virgule Prénom point. Année de parution point. « Titre du chapitre entre guillemets » 

point. Dans Titre du livre en italiques point. Sous la direction de Prénom, Nom deux points : numéros 

de page point. Ville d’édition deux points : nom de l’éditeur point. 

Verbeke, Gérard. 1982. « Saint Thomas d’Aquin et les commentaires grecs sur la Physique d’Aristote ». 

Dans La philosophie de la nature de saint Thomas d’Aquin. Sous la direction de Leo Elders : 134-154. 

Roma : Libreria Editrice Vaticana. 

Article de revue : 

Nom de l’auteur virgule Prénom point. Année de parution point. « Titre de l’article entre guillemets » 

point. Nom de la revue en italiques numéro deux points : numéros de page. 

Aubenque, Pierre. 1978. « Les origines de la doctrine de l’analogie de l’Être. Sur l’histoire d’un 

contresens ». Les Études philosophiques 1 : 3-12.