Journaliste et romancière genevoise, Noëlle Roger (pseudonyme d’Hélène Dufour, 1874-1953) s’est illustrée d’abord par ses témoignages journalistiques sur les décombres de la Première Guerre mondiale, qu’elle vit en tant qu’infirmière en France. Dès les années 1920, elle se tourne vers le roman conjecturel avec des récits qui mettent notamment en lumière l’incapacité de l’homme à maîtriser la science. Considérée de son vivant comme l’une des auteurs les plus en vue de la littérature romande, elle recevra également trois prix de l’Académie française (1925, 1935 et 1948), entre autres récompenses. L'historien Michel Porret nous redonne à lire quelques-uns de ses titres, à commencer par Le chercheur d'ondes, paru en 1931, un roman anticipatoire qui met en œuvre un appareil à capter les ondes de l’esprit humain, un écrivain célèbre (et malheureux en amour) et un ingénieur cupide… Mais aussi Le Nouvel Adam, où le brillant docteur Fléchère se prend à rêver à l’homme du futur, celui du prochain stade évolutif. Dans un éclair de génie – ou de folie – Fléchère entrevoit la possibilité de provoquer lui-même, par une intervention humaine, cette mutation, afin de précipiter la création d’un nouvel Adam. Au risque de se voir dépasser par cet être supérieur qui voit trop loin, et se révèle rapidement inarrêtable... Ou encore Le livre qui fait mourir (1927), deux récits de malédiction littéraire parus un demi-siècle avant Le Nom de la rose d’Umberto Ecco, qui croisent les imaginaires orientaliste et gothique.
(Noëlle Roger vers 1920 (photographe anonyme). — © Bibliothèque nationale suisse, Berne, Cabinet des estampes)