Claire Jaquier avait donné voici quelques années à l'Atelier de théorie littéraire de Fabula un utile inventaire des travaux d'écopoétique, avec l'entrée "Écopoétique : un territoire critique". On lui doit aussi d'avoir repensé les rapports entre littérature et "partage des lieux" dans un essai intitulé Par-delà le régionalisme. Roman contemporain et partage des lieux (Alphil, 2019). Elle nous plonge ces jours-ci Dans le temps long des plantes, avec un nouveau livre qui paraît aux éditions Hermann, sous-titré Littératures du végétal et illustré d’œuvres d’Alain Huck, Mingjun Luo et Bernard Pagès. Depuis Le Carnet du bois de pins et L’Opinion changée quant aux fleurs de Francis Ponge, la littérature invente, pour dire les plantes, une langue à la mesure de leur nature singulière. Poèmes, romans ou essais, les écritures du végétal aux XXe et XXIe siècles sont ici mises en lien avec l’immense gisement de textes qui interrogent la vie des plantes, depuis l’Antiquité : comment les nommer, les décrire, les figurer, ces muettes qui nous interpellent, nous séduisent et nous donnent à penser ? Sous l’éclairage d’illustrations anciennes du végétal – chez Ovide ou Virgile, Rousseau ou Bernardin de Saint-Pierre, Senancour ou Hugo, Rimbaud ou Maurice Maeterlinck, Proust ou Valéry –, on tente de comprendre ce que les plantes font aujourd’hui à la littérature. Si le déclin des espèces et la maltraitance qu’elles subissent peuvent de nos jours nourrir la mélancolie, les plantes trouvent protection et refuge dans des textes contemporains qui « les rendront peut-être heureuses », selon un mot de Jacques Roubaud. On peut lire sur Fabula l'introduction de l'ouvrage… et parcourir sa Table des matières…
Rappelons que Claire Jaquier a récemment rendu compte pour Acta fabula de l'essai de Clélia Nau, La Parade des fleurs. Leçons de peinture (Hazan) : "Leçons de peinture, leçons d’écriture : inspirations végétales".