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Les usages politiques de la complainte en Italie du XIIIe au XVe s. (Sorbonne nouvelle)

Les usages politiques de la complainte en Italie du XIIIe au XVe s. (Sorbonne nouvelle)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Laurent Baggioni)

Appel à communications

Les usages politiques de la complainte en Italie du XIIIe au XVe s.

Colloque international

Université Sorbonne Nouvelle, 24-25 novembre 2026

Organisation : Laurent Baggioni, Patrizia Gasparini, LECEMO (CERLIM)

Le colloque sera consacré à une réflexion sur les usages politiques de la complainte en Italie entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle. Le champ d’étude apparaît d’emblée particulièrement vaste, voire excessif, si l’on ne s’attache pas, dans un premier temps, à définir les contours que nous entendons donner à l’expression de la douleur. Nous nous proposons ainsi de prendre en considération l’ensemble des formes du « corrotto », depuis la lamentation funèbre jusqu’aux manifestations les plus générales de la douleur et de l’affliction, mais uniquement pour les compositions entretenant un lien avec l’actualité et ayant des implications politiques ou sociales. Seront donc privilégiés les textes qui font écho aux bouleversements liés à l’instabilité de l’Italie communale, aux luttes entre pouvoirs locaux et étrangers ainsi qu’à la disparition de personnages ayant joué un rôle stratégique dans les équilibres territoriaux de la période considérée. L’exclusion des lamentations funèbres consacrées à la mort de la femme aimée, de la complainte élégiaque ainsi que de la lamentation liée au deuil cultuel – notamment des « laude » et, plus largement, de toute complainte religieuse – n’implique pas que l’on négligera les résonances stylistiques de ces modalités thématiques dans les textes à caractère politique.

Jaillissant de la contingence, les complaintes constituent à la fois une réaction à la réalité douloureuse d’une perte, qu’elle soit individuelle ou collective, une tentative de l’appréhender en lui conférant une expression poétique et, enfin, un instrument susceptible d’intervenir sur cette même réalité. S’il demeure sans doute imprécis d’envisager le « lamento » comme un genre littéraire à part entière, on peut néanmoins considérer, à la suite de P. Zumthor, qu’il est traversé par des « habitudes poétiques » qui en font un corpus aux spécificités bien définies.

C’est justement à la définition de ces spécificités que le colloque est consacré. Trois axes d’études seront privilégiés :

1) les horizons historiques et politiques dans lesquels s’inscrivent et prennent naissance les « lamenti » constituent un axe essentiel de la réflexion. Les limites chronologiques sont fixées entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle. La borne inférieure correspond à une réalité historico-littéraire déjà en grande partie explorée par la recherche, laquelle a mis en évidence le caractère politique d’une poésie historico-communale étroitement liée, elle aussi, à la contingence (P. Borsa). La borne supérieure conduit à s’arrêter au seuil des guerres d’Italie, même si des incursions ponctuelles demeurent envisageables, à l’orée d’une période dont les bouleversements sont généralement considérés comme un point de bascule, entraînant la péninsule dans une dynamique d’incertitudes et de fragilités, au sein de laquelle les lamenti apparaissent comme « un médium pour décrire le monde » (F. Alazard). Les XIVᵉ et XVᵉ siècles occuperont une place privilégiée en tant que période où les tensions, moins aisément réductibles à une étiquette unificatrice comparable à celle des « guerres d’Italie », n’en laissent pas moins apparaître des tendances de longue durée : de la fluctuation des grandes puissances territoriales telles que Florence et Milan entre dynamiques d’expansion et logiques défensives, à la décadence du pouvoir universel impérial, jusqu’à la crise spirituelle et territoriale de l’autre autorité universelle, celle de l’Église.
Cette instabilité socio-politique et géopolitique conduit les auteurs à proposer leur propre lecture du réel, en endossant une posture énonciative qui leur permet de rendre publics leurs « lamenti ». L’étude de ces voix doit ainsi permettre de comprendre comment elles se chargent d’une expressivité poétique susceptible de se convertir en force politique, ainsi que d’identifier les publics auxquels elles s’adressent.

2) Depuis les travaux fondateurs d’Ernesto De Martino consacrés au lamento rituale (1975), la recherche a permis de mettre en évidence la dynamique anthropologique engendrée par l’expérience de la mort, entendue comme passage de la dispersion et de la menace de dissolution psychique affectant le sujet endeuillé à une élaboration ritualisée de la souffrance, puis à son inscription dans un horizon mythique. Ce processus s’étend également aux multiples formes de l’agir humain, où s’articulent l’ethos des mémoires et des affects, les significations sociales, politiques et juridiques, ainsi que l’autonomie de la création poétique dans sa réflexion sur les rapports entre vie et mort (De Martino, 1975). C’est un univers culturel qui se dessine alors derrière ces pratiques éthiques et sociales. À partir de ces présupposés, mis en dialogue avec une approche historico-littéraire, A. Ghidoni a récemment esquissé un « modèle interprétatif général de la lamentation funèbre » médiévale (B. Grévin) explorant les traditions médiolatines et occitanes, des textes narratifs représentant la douleur pour la mort du héros (chansons de geste, textes hagiographiques…) et la lamentation de Marie pour la mort de Jésus. Nous souhaitons prolonger la réflexion de Ghidoni pour en dégager les éléments propres à la poésie italienne de la contingence des XIIIe-XVe siècles.   

3) L’étude de la plainte poétique requiert également d’être éclaircie du point de vue de son fonctionnement stylistique : prise en charge énonciative et rhétorique (le « je », comme personnage historique, l’emploi de la prosopopée, les destinataires…), choix du registre, avec d’éventuelles modulations comiques, intonations pathétiques ou ironiques, apostrophes, exemples, recours à l’invective etc. À ces aspects s’ajouteront les observations relatives à la structure de la complainte, à son mouvement et son issue éventuelle, dans l’optique d’identifier des schémas récurrents. L’un des objectifs sera de comprendre comment certains ‘paramétrages’ poétiques permettent de conférer à la plainte une résonance collective à partir d’une situation précise, singulière et circonscrite. De ce point de vue, il pourra être utile d’identifier les rapprochements possibles avec les formes de la lamentation funèbre, avec celles des « lamenti » et des « lamenti storici » de la tradition italienne, et avec celles de la complainte médiolatine et romane, afin d’évaluer à chaque fois la transformation ou l’adaptation d’éléments topiques. Ainsi, il sera possible de formuler et de mettre à l’épreuve des hypothèses sur la spécificité stylistique de la complainte politique ainsi que sur ses enjeux profonds.

La plainte politique affleure aussi dans la « poesia alta ». Il pourrait être pertinent d’associer à cette réflexion sur une poésie « popolare » (Medin-Frati 1887-1894) l’attention à un Pétrarque s’adressant à la prosopopée de ‘son’ Italie pour proclamer l’urgence de sa pensée face à la « crudel guerra » portée dans les « belle contrade » par les « pellegrine spade » (Rvf, 128).

Les échanges développés pendant le colloque pourront enfin contribuer à la définition d’un corpus. Une mise à jour du répertoire des lamenti historico-politiques et des lamenti storici, entreprise en amont du colloque à partir des travaux de Medin (1883) et de Medin et Frati (1887-1894) permettra en outre d’offrir une illustration plus précise de la tradition manuscrite et de sa distribution géographique et chronologique.

Le dernier chapitre de l’ouvrage de De Martino, Morte e pianto rituale, intitulé Atlante figurato del pianto, met en relation le matériau photographique folklorique, les témoignages figuratifs anciens et ceux d’époque chrétienne. Pour la tradition chrétienne, l’auteur retient notamment l’étonnant Pianto delle Marie de Niccolò dell’Arca. Bien que ces questions ne constituent pas le cœur de notre enquête, des contributions consacrées à la représentation artistique de la lamentation et de la complainte dans un contexte laïc pourront nourrir un volet important et complémentaire de notre réflexion.

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Porteuse du projet : Patrizia Gasparini

Comité scientifique : Florence Alazard, Elisa Brilli, Marco Grimaldi, Philippe Guérin, Lino Leonardi, Anne Robin, Paolo Squillacioti, Fabio Zinelli.

Informations pratiques

La rencontre se tiendra au Campus Nation de l’université Sorbonne Nouvelle les 24, 25 et 26 novembre 2026.

Les propositions de communication (titre et résumé d’environ 1000 caractères) sont à envoyer pour le 30 juin aux adresses suivantes :

laurent.baggioni@sorbonne-nouvelle.fr

patrizia.gasparini@sorbonne-nouvelle.fr