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La mise en scène de soi : discours, transmission et écriture du sujet (revue Passerelle)

La mise en scène de soi : discours, transmission et écriture du sujet (revue Passerelle)

Publié le par Marc Escola (Source : Revue Passerelle)

La question de la mise en scène de soi constitue un champ d’analyse privilégié pour penser la manière dont le langage participe à la construction du sujet. Depuis les travaux de Dominique Maingueneau sur l’ethos discursif, la notion de “mise en scène de l’énonciation” est envisagée comme une stratégie où le locuteur s’expose tout en se construisant symboliquement à travers son discours (Maingueneau, Le discours littéraire, 2004). Dans la continuité des analyses de Ruth Amossy, cette mise en scène est indissociable de l’image de soi que le locuteur cherche à instaurer dans l’esprit de son destinataire (L’argumentation dans le discours, 2000).

Ainsi, « le sujet parlant n’existe pas avant le discours : il se constitue en parlant » (Kerbrat-Orecchioni, 1980). Cette conception interactionnelle du langage ouvre la voie à une pluralité d’approches : linguistique, pragmatique, mais aussi didactique et littéraire.

Dans le champ de la didactique des langues, la mise en scène de soi se manifeste dans les processus de construction identitaire de l’apprenant et de l’enseignant. Le discours pédagogique devient alors un lieu de négociation entre savoirs, rôles et images de soi. Comme le souligne Cicurel, « l’enseignant se dit, s’imagine et s’invente à travers les discours de la classe » (La construction discursive de la professionnalité enseignante, 2011). L’acte d’enseigner, autant que celui d’apprendre, implique une scénographie langagière où se mêlent autorité, réflexivité et engagement personnel.

Dans les sciences des textes littéraires, la question du soi renvoie à l’héritage de l’autobiographie (Lejeune, Le pacte autobiographique, 1975) mais aussi à ses réélaborations contemporaines, telles que l’autofiction. Ces formes, entre authenticité et fictionnalisation, traduisent la tension entre la quête de vérité et la performance du sujet écrivant. Comme l’a montré Philippe Lejeune, « toute autobiographie est une scène où le je cherche à se convaincre autant qu’à convaincre » (1975, p. 23).

Les écritures de soi — journaux intimes, lettres, récits de vie — deviennent des laboratoires d’observation du discours subjectif, où le langage ne reflète pas seulement le moi, mais le crée, le fragmente ou le rejoue (Doubrovsky, 1988 ; Gasparini, 2012).

Ce numéro propose d’interroger la mise en scène de soi dans ses manifestations discursives, pédagogiques et textuelles, en articulant les approches linguistique, didactique et littéraire autour d’un même objet : le sujet parlant, écrivant ou se construisant dans et par le langage.

Axes proposés

1️. Axe « Sciences du langage » : le sujet dans le discours
•          L’ethos et la construction de l’image de soi (Amossy, Maingueneau, Charaudeau)
•          Les marqueurs de subjectivité : modalisations, interjections, prosodie, émotion
•          La co-construction identitaire en interaction : analyse conversationnelle, pragmatique et énonciative

2️. Axe « Didactique des langues » : le sujet en formation
•          Discours réflexifs et autobiographies langagières de l’apprenant (Molinié, 2009)
•          Ethos enseignant et identité professionnelle (Cicurel, 2011 ; Castellotti, 2001)
•          Dispositifs favorisant l’émergence du sujet parlant : écrits de soi, journal d’apprentissage, entretiens formatifs

3️. Axe « Sciences des textes littéraires » : le sujet en écriture
•          Autobiographie et autofiction : pacte, fictionnalisation, tension entre vérité et invention (Lejeune, Doubrovsky)
•          Énonciation et voix narratives : stratégies de présence, d’effacement, ou de dédoublement du sujet
•          Écritures de l’intime : journaux, correspondances, fragments, récits de soi contemporains (Gasparini, Viart, Montandon)

Bibliographie indicative

Amossy, R. (2000). L’argumentation dans le discours. Paris : Nathan.

Blanchet, P. (2017). La linguistique de terrain : méthode et théorie. Rennes : PUR.

Castellotti, V. (2001). La construction du plurilinguisme. Paris : Didier.

Charaudeau, P. (2005). Le discours politique. Les masques du pouvoir. Paris : Vuibert.

Cicurel, F. (2011). La construction discursive de la professionnalité enseignante. Paris : Didier.

Doubrovsky, S. (1988). Autofiction & cie. Paris : PUF.

Ducrot, O. (1984). Le dire et le dit. Paris : Minuit.

Gasparini, P. (2012). Est-il je ? Roman autobiographique et autofiction. Paris : Seuil.

Kerbrat-Orecchioni, C. (1980). L’énonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris : Armand Colin.

Lejeune, P. (1975). Le pacte autobiographique. Paris : Seuil.

Maingueneau, D. (2004). Le discours littéraire : Paratopie et scène d’énonciation. Paris : Armand Colin.

Molinié, M. (2009). Les autobiographies langagières : un outil de formation et de recherche. Paris : Didier.

Montandon, A. (1999). L’art de la lettre. Paris : PUF.

Porquier, R. & Py, B. (2004). Apprentissage d’une langue étrangère : contextes et discours. Paris : Didier.

Viart, D. & Vercier, B. (2008). La littérature française au présent. Paris : Bordas.

Dates importantes :

-Lancement de l’appel à contributions : 17 avril 2026.
- Réception des articles : entre le 15 et le 30 juillet 2026.
- Réponse aux auteurs : 30 mars 2027.
- Date limite de la correction des articles acceptés sous réserve : 30 avril 2027.
- Publication des articles acceptés : 30 juillet 2027.

Contacts :

Dr BRAHAM Abdenour, université de Naama
braham@cuniv-naama.dz
Dr MAHMOUDI Said, université de Tiaret, Algérie
said.mahmoudi@univ-tiaret.dz

NB : La revue accepte les articles dans les langues :  française, anglaise et arabe.