Théophile Gautier et Paris
Journée d’étude de la Société Théophile Gautier,
organisée avec le soutien du centre « Textes et Cultures » (UR 4028) de l’Université d’Artois, et du CRP 19 de Paris 3 Sorbonne Nouvelle
Vendredi 27 novembre 2026
Maison Victor Hugo, 6 place des Vosges, 75004 Paris
« Perpétuel contraste, éternelle antithèse,
Paris, la bonne ville, ou plutôt la mauvaise,
Longs grincements de dents et beaux concerts. Voilà !
– Cependant moi, poète et peintre, je vis là. »
(Paris, 1831)
Bien que natif de Tarbes, c’est à l’âge de trois ans que Gautier s’installe à Paris, avec ses parents, au 8 place des Vosges. Celui qui se décrit comme un « petit Espagnol de Cuba, frileux et nostalgique », propose de cet épisode un récit traumatique :
« Chose singulière pour un enfant si jeune, le séjour de la capitale me causa une nostalgie assez intense pour m’amener à des idées de suicide. (…) Comme je ne savais que le patois gascon, il me semblait que j’étais sur une terre étrangère (…). Cette impression ne s’est pas tout à fait effacée, et quoique, sauf le temps des voyages, j’aie passé toute ma vie à Paris, j’ai gardé un fond méridional[1] ».
Cette perception identitaire qui cristallisera, pour bonne part, dans la réinvention du type du Capitaine Fracasse, invite à interroger plus globalement le rapport de Gautier à la ville de Paris. Parisien et Gascon, oriental logé au cœur de la capitale, bohème et mondain, appelé à résider, à partir du printemps 1857, aux portes de Paris, à Neuilly, de Fortunio à Tableaux de siège, Gautier est à la fois au cœur et en dehors de la ville dont il demeure, au fond, l’éternel voyageur. Et ce d’autant plus qu’à cette paradoxale altérité de nature s’ajoute la réalité historique des chantiers parisiens dont Gautier est le témoin, et qui, pour reprendre les mots de Baudelaire, font « la forme d’une ville » changer « plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » (« Le Cygne »).
On se propose ici d’explorer la nature, la complexité et la fécondité des rapports critiques, historiques et poétiques qui unissent Théophile Gautier à la ville de Paris, et ce en envisageant plus particulièrement les axes suivants :
Axe 1. Paris minéral. L’archéologue. « Que de paris se sont déjà stratifiés l’un sur l’autre depuis Philippe-Auguste seulement, s’enfonçant couche par couche au-dessous de la croûte où nous vivons aujourd’hui ! » Ces mots de Th. Gautier (Le Moniteur Universel, 21 janvier 1854) confirment sa lecture archéologique du paysage urbain et de la spatialisation du temps qui la détermine. Quelles sont les strates / les traces de cette sédimentation urbaine qui retiennent plus particulièrement son attention ? Quelles places l’information scientifique et le déploiement de l’imaginaire y occupent-ils ? On songe à Gautier critique des historiens de Paris (Édouard Fournier, Théodore Barrière, entre autres noms), mais aussi à Gautier romancier et poète d’une ville ressuscitée.
Axe 2. Paris-foule, Paris-monde, Paris vivant : socio-types et habitants. Au-delà du peuple immobile des statues qui envahissent les jardins des Tuileries, quelle comédie humaine se joue-t-il hors des théâtres parisiens, dans les rues de la ville, la nuit, le jour, dans les bas-fonds, dans le grand monde, avec quels personnages de chair et de sang ? Paris cosmopolite résume-t-il le monde dans une perspective sociologiquement et culturellement totalisante, ou peut-il être typifié, singularisé, et selon quels imaginaires synchroniques ou diachroniques, selon que les Parisiens sont croqués dans une physiologie, un traitement dramatique, une représentation picturale ou romanesque ? Quid, également, de la géographie parisienne de Gautier habitant de la capitale, de son expérience propre de la déambulation au sein d’une ville qui contient sa propre histoire ?
Axe 3. Paris-décor. Optiques et poétiques. Apercevant le fronton du Panthéon sculpté par David, Gautier évoque « un gigantesque camée plutôt qu’un bas-relief », de sorte pour le discerner, il faudrait moins « une lorgnette de théâtre » qu’un « télescope » (« Le Fronton du Panthéon », La Presse, 23 novembre 1837). Il est par ailleurs sensible aux décors que l’imaginaire des spectacles (théâtre, dioramas, panoramas…) élabore pour représenter l’espace parisien, théâtre dans le théâtre de la capitale. Quels discours critiques élabore-t-il sur ces décors ? Dans quelle mesure la mise en abîme se complique-t-elle d’une série de distorsions ou de typifications en lesquelles la représentation de Paris se fige ou se résume ?
Axe 4. Paris présent et futur. L’utopiste, le critique et l’urbaniste. Arpenteur des rues, critique de la statuaire et de l’architecture parisiennes, Gautier n’eut de cesse de passer les plans, les bâtiments et les ornements de la ville au peigne fin de son appréciation. De ses premiers à ses derniers articles, il est un chroniqueur majeur des nouveaux aménagements et projets de la capitale : nouvel opéra de Charles Garnier, aménagement de la place de la Concorde ou du jardin des Tuileries, nouveaux décors des églises de Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Vincent-de-Paul ou Saint-Eustache, grandes commandes publiques confiées à des artistes de renoms comme Delacroix, Ingres ou Chassériau... Quel Paris ses contemporains laisseront-ils aux archéologues de demain ? Quelles parts la nécessité pratique et l’exigence artistique occupent-elles, comment s’articulent-elles dans un discours appelé à dépasser la posture anti-utilitariste du polémiste, ou bien la résistance des modèles et de l’imaginaire antiques, marqués par une « grécité » persistante, et susceptibles de freiner l’imaginaire de la modernité ? On pourra également explorer la part que les jardins, la nature occupent dans son appréhension de l’espace urbain, et tenter de dégager les plans d’un imaginaire utopique de la capitale susceptible de porter un idéal de civilisation.
Propositions de communication avec une courte bio-bibliographie à transmettre par mails aux responsables de la journée d'étude avant le 31 juillet 2026.
Responsables / contacts
Martine Lavaud (martine.lavaud@univ-artois.fr) ; Michaël Vottero (mvottero@hotmail.fr)
[1] « Théophile Gautier par lui-même », L’Illustration, 9 mars 1867.