La mer Noire comme espace littéraire et culturel (4) et au-delà : réflexions croisées sur la traduction et la littérature (Batoumi, Géorgie)
Appel à communications
Le colloque, qui aura lieu les 29 et 30 septembre 2026 à Batoumi, vise à examiner comment les parcours littéraires et traductologiques donnent naissance à ce que l’on pourrait appeler systèmes inter-réflexifs : configurations dans lesquelles les traductions interagissent non seulement avec les textes sources, mais aussi avec d’autres traductions, des imaginaires historiques et des schémas cognitifs ancrés dans les contextes culturels spécifiques de la région de la mer Noire et au-delà.
Edith W. Clowes conceptualise la culture post-soviétique dans Russia on the Edge: Imagined Geographies and Post-Soviet Identity (Cornell University Press, 2011) et dans « The Return of Eurasia: Imagining Empire in Post-Soviet Russia » (Ab Imperio, 3 (2005), 69-96). L’article de Clowes remet en question les imaginaires impériaux et présente la mer Noire comme un espace culturel dynamique plutôt que comme une périphérie.
Située au carrefour des empires, des langues et des hégémonies culturelles en constante évolution, la mer Noire constitue un espace de transition complexe, façonné par des flux asymétriques, une circulation régulée et des dépendances multiples. Par conséquent, une littérature de la région de la mer Noire serait typiquement une « petite » littérature, comme le dit Yordan Lyutskanov (« A ‘Small’ Literature, that is : Literature with Limited Translational Opportunities, of Structural Undercapacity and Voluntary Self-diminishment », 2024) : une littérature nationale soumise à la dépendance vis-à-vis des canaux linguistiques dominants, ce qui perpétue une subordination structurelle. Susanna Witt (2011 : 150-151) explore les thèmes essentiels à l’étude de la traduction littéraire dans le contexte de la culture soviétique, soulignant qu’il existe des lacunes dans la recherche sur ce sujet. Cet argument peut tout à fait s’étendre à l’espace de traduction de la mer Noire.
Les travaux de Bela Tsipuria mettent en lumière la position « intermédiaire » de la Géorgie, où les textes culturels révèlent à la fois les récits impériaux imposés et les efforts locaux visant à préserver l’autonomie (2021). Son travail examine souvent la manière dont la représentation littéraire sert de terrain où le pouvoir colonial est reproduit, remis en question ou réinventé dans le contexte post-soviétique (2016).
Hayate Sotome considère les Lettres d’un voyageur (2019) d’Ilia Chavchavadze comme une œuvre résolument postcoloniale, et Gül Mükerrem Öztürk (2025), dans le même esprit, aborde le thème de la traduction et du pouvoir en Géorgie, en explorant le passage du réalisme socialiste aux pressions du marché post-soviétique.
Dans son ouvrage Black Sea, Trilingual Reflections : Georgian and Russian Literature (2022-2023), Khatuna Beridze met en évidence une « »condition trilingue » dans la littérature géorgienne, qui oscille entre les langues et les passages interlinéaires. Son approche théorique de l’analyse explore les théories de la linguistique cognitive (Lacoff, Johnson, 1989, 1999), de l’habitus (Bourdieu, 1991) et des archives culturelles (Said, 1993).
Une étude ukrainienne, menée par Lada Kolomiyets (2023), met en lumière l’anatomie politique de la traduction sous un régime totalitaire. Ses recherches archivistiques sur la « Renaissance avortée » des années 1930 montrent comment les purges staliniennes ont anéanti la culture ukrainienne de la traduction directe vers l’Occident.
La recherche bulgare, de Boyko Penchev (2012) à Alexander Kiossev (1995, 2004) et Miglena Nikolchina (2013), déplace l’accent mis sur la coercition vers l’émulation volontaire.
Les théoriciens roumains mettent en avant la traduction comme à la fois refuge et moyen de résistance. La notion de « la traduction comme asile », développée par Lidia Vianu (1998), décrit la manière dont les écrivains ont utilisé la traduction pour survivre à la censure, préservant ainsi la langue littéraire au-dessous du « langage figé » de la propagande. Maria Sass (2018) redéfinit la traduction comme un dialogue interne entre les traditions allemande et roumaine de la Roumanie, le modèle transylvanien où la traduction devient un moyen d’auto-identification européenne plutôt que de subordination.
Les travaux de recherche turcs, représentés par Şehnaz Tahir Gürçağlar et Saliha Paker (2015), mettent en avant la traduction comme outil de planification étatique et de refonte idéologique.
La diffusion mondiale de la littérature géorgienne constitue un exemple particulièrement révélateur de la manière dont les « petites littératures » évoluent au sein de systèmes de traduction asymétriques et négocient leur visibilité dans l’espace littéraire mondial. Dans ce contexte, la traduction n’apparaît pas simplement comme un transfert mais comme un acte stratégique de positionnement culturel, où les choix traductifs déterminent la manière dont la littérature nationale est présentée au public international.
Alexis Nuselovici (Nouss) (2022) prône une éthique paratranslationnelle, qui considère le seuil comme un espace de tension créative, où la traduction est un acte d’hospitalité envers l’étranger sans pour autant effacer sa différence. Elle invite les traducteurs à reconnaître leur rôle d’acteurs actifs et critiques qui génèrent de nouvelles formes linguistiques et culturelles par le biais même de l’acte de traduction au seuil.
L’article de Mzago Dokhtourichvili intitulé « La représentation linguistique de différentes cultures à travers une même langue » (2021), consacré à Assia Djebar (Algérie), Tahar Ben Jelloun (Maroc) et Andrei Makine (Russie), montre comment ces écrivains utilisent le français, langue étrangère, pour exprimer des identités culturelles distinctes tout en remettant en question les notions figées d’appartenance. Dans ce contexte, l’analyse de la situation des écrivains de la mer Noire est intéressante à examiner : il existe d’autres modèles d’exil et de traduction culturelle.
Qu’est-ce qui unit les littératures de la région de la mer Noire à travers la traduction ?
Shakespeare apparaît comme un axe commun, tant sur le plan de la traduction que sur le plan culturel, pour les cultures de la mer Noire. Circulant dans toute la région grâce à des traductions directes et indirectes, les œuvres de Shakespeare offrent une occasion unique de retracer les évolutions diachroniques, les influences intermédiaires et les pratiques de traduction inter-réflexives. Dans de nombreux cas, Shakespeare, dans le contexte de la mer Noire, n’est pas une rencontre directe avec l’original anglais, mais une construction de palimpseste, façonnée par des traductions antérieures et des filtres linguistiques dominants.
Les avancées récentes dans le domaine des études de traduction corpus-based et corpus-driven offrent des outils puissants pour étudier de manière systématique l’espace de traduction de la mer Noire, notamment en ce qui concerne la médiation asymétrique, la traduction indirecte et la stratification diachronique. Les approches de la linguistique de corpus, s’appuyant sur des corpus multilingues alignés, permettent de déterminer de manière empirique si les traductions sont produites directement à partir des textes sources ou par l’intermédiaire de langues dominantes, et de retracer l’évolution de ces trajectoires au fil du temps. Les chercheurs peuvent mettre en évidence des schémas récurrents dans le choix lexical, la normalisation stylistique, les changements pragmatiques et la persistance d’influences intermédiaires. Parallèlement, l’intégration de la linguistique cognitive permet une analyse plus approfondie de la manière dont le sens n’est pas simplement transféré mais restructuré dans la traduction. Cette dimension cognitive s’articule de manière fructueuse avec le concept d’habitus de Bourdieu, qui met en avant les dispositions conditionnées par l’histoire et la société qui guident les choix des traducteurs. Dans le contexte de la mer Noire et au-delà, l’habitus de la traduction peut refléter des contraintes idéologiques, des normes institutionnelles et des modèles littéraires hérités. Ce colloque propose de repenser la mer Noire comme un laboratoire dynamique de traduction, où les textes ne se contentent pas de passer d’une langue à l’autre mais sont continuellement reconstitués à travers des processus de médiation, de réinterprétation et de recadrage idéologique. Les participants sont invités à présenter des études de cas de traductions modernes, explorant comment les œuvres contemporaines sont recadrées au-delà des frontières linguistiques et culturelles, ainsi que comment elles négocient entre spécificité locale et lisibilité mondiale.
Les principaux thèmes du colloque sont les suivants :
• La mer Noire, littérature nationale et traduction
• Au-delà de la mer Noire : la pratique de la traduction littéraire (études empiriques)
• Comprendre Shakespeare dans l’espace culturel et de traduction commun de la mer Noire
• De la linguistique cognitive aux études de traduction cognitive
• Réflexions croisées sur la littérature et la traduction à la lumière des schémas iconiques, de l’habitus et des archives culturelles
• Modèles de recherche en linguistique de corpus appliqués à la traduction littéraire
• Impérialisme culturel et censure
• Exil linguistique et traduction culturelle
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Parmi les éditions précédentes du colloque, on peut citer :
· 25-27 octobre 2018, La mer Noire comme espace littéraire et culturel, https://blacksea.iliauni.edu.ge/fr/ , https://blacksea.iliauni.edu.ge/en/, qui s’est tenu à l’Université d’État Ilia, en Géorgie ;
· 30 mars – 1 avril 2020, La mer Noire comme espace littéraire et culturel (II) : peuples et communautés, https://afelsh.org/la-mer-noire-comme-espace-litteraire-et-culturel-ii-peuples-et-communautes/, https://www.bas.bg/?tribe_events=25923&lang=en, qui s’est tenu en ligne du 26 au 28 avril 2020 à l’Université de Sofia « Saint Clément d’Ohrid », en Bulgarie ;
· 20-21 novembre, 2025, La mer Noire comme espace littéraire et culturel (III) : ruines (anciennes et modernes) et mobilités, https://www.fabula.org/actualites/127987/la-mer-noire-comme-espace-litteraire-et-culturel-3.html, qui s’est tenu à l’Université Ovidius de Constanța, en Roumanie.
Parmi les autres colloques pertinents, on peut citer :
· 5-6 octobre 2018 : “East European Multicultural Space” à l’Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, en Géorgie, https://bsu.edu.ge/sub-41/page/2-246/index.html?lang=en ; https://www.bsu.edu.ge/main/page/10932/index.html
· 29-30 mars 2024 : “Re-envisioning the Black Sea in Literature and Historiography: Backwater or oikoumenē?”, qui s’est tenu à l’Université de Virginie, aux États-Unis, https://classics.as.virginia.edu/symposium-re-envisioning-black-sea-literature-and-historiography
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Références bibliographiques :
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Beridze, Khatuna. (2026). Inter-reflexive Theory of Translation (forthcoming).
Beridze, Khatuna, Nana Kajaia. (2025). Exploring Shakespeare Speaking Old and Modern Georgian. Journal of Narrative and Language Studies 13 (27), 19-32.
Clowes, Edith W. (2011). Russia on the edge: imagined geographies and post-Soviet identity. Cornell University Press.
Dokhtourichvili, Mzago. (2021). La représentation linguistique de différentes cultures à travers une même langue. De Gruyter Brill. https://doi.org/10.1515/9783110642018-028
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Conférenciers invités :
Diana Roig-Sanz, coordinatrice de GlobaLS, chercheuse à l’ICREA et titulaire d’une bourse ERC Starting Grant à l’IN3 (UOC), https://globals.research.uoc.edu/research_lines/global-translation-flows/
Yordan Lyutskanov, chercheur, HDR, Département de littérature comparée, Institut de littérature, Académie bulgare des sciences. Coéditeur de Transponticae (revue et collection d’études littéraires et culturelles sur la mer Noire : https://sites.google.com/view/transponticae/home?authuser=0)
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Comité d’organisation
Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi
Centre de traduction et de recherche interdisciplinaire de la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi
Chaire UNESCO de l’Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi sur l’internationalisation de l’enseignement supérieur par la recherche et le développement interdisciplinaires ;
Co-organisateurs : Association Transpontica, Sofia, dirigée par Yordan Lyutskanov, Institut de littérature, Académie bulgare des sciences.
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Comité scientifique
Khatuna Beridze, Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, Géorgie
Bela Tsipuria, Université d’État Ilia, Tbilissi, Géorgie
Yordan Lyutskanov, Institut de littérature, Académie bulgare des sciences, Bulgarie
Mzago Dokhturishvili, Université d’État Ilia, Tbilissi, Géorgie
Alexis Nuselovici (Nouss), Université d’Aix-Marseille, France
Monica Vlad, Université Ovidius de Constanța, Roumanie
Eyüp Özveren, Université technique d’Ankara, Turquie
Hayate Sotome, Université de Tsukuba, Japon
Susanna Witt, Université de Stockholm, Suède
Teona Beridze, Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, Géorgie
Gül Mükerrem Öztürk, Université Recep Tayyip Erdoğan, Rize, Turquie
Lada Kolomiyets, professeure invitée au Dartmouth College (Ukraine, États-Unis)
Tamar Siradze, Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, Géorgie
Marine Giorgadze, Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, Géorgie
Ramaz Khalvashi, Université d’État Chota Roustavéli de Batoumi, Géorgie
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Dates importantes :
Date limite de soumission des propositions de communication : le 31 juillet 2026 (date limite repoussée)
Notification d’acceptation : du 5 au 10 août 2026
Dates du colloque : les 29 et 30 septembre 2026
Soumission des propositions de communication :
Les propositions de communication sont à soumettre le 31 juillet 2026 au plus tard aux adresses suivantes : Blacksea4translation@gmail.com et beridze@bsu.edu.ge.
Consignes pour la soumission des propositions de communication :
• Volume du résumé : 300 à 350 mots
• Langues du colloque : anglais, français et géorgien (dans ces deux derniers cas, les articles complets doivent être soumis deux semaines avant le colloque)
• Mots-clés : 5 au maximum
Consignes pour mise en forme des propositions de communication :
1. Marges : 2 cm. Interligne : 1,25 cm.
2. Le corps du texte du résumé doit être rédigé en police Sylfaen pour la version géorgienne et en Times New Roman, 12 points, interligne 1,0 pour les résumés rédigés en anglais.
3. Sur la première ligne : nom et prénom de l’auteur en gras et en italique, en haut à droite de la page. Sur la ligne suivante, en caractères normaux, dans l’ordre suivant : première ligne – titre universitaire ; deuxième ligne – fonction universitaire complète avec le nom de la faculté ; troisième ligne – nom de l’établissement ; quatrième ligne – ville, pays.
4. Identifiant ORCID – https://orcid.org/
5. Sur la ligne suivante, le titre du résumé doit être placé en gras et centré. Adresse e-mail de l’auteur.
6. Références : en bas de page, Times New Roman, 12 pt. Style APA (American Psychological Association).
Site web du colloque : https://sites.google.com/view/bslc4