Entre langues et identités : l’autotraduction littéraire aux XXe et XXIe siècles (Madrid)
L’autotraduction littéraire, définie comme la traduction de sa propre œuvre dans une autre langue (Grutman, 2009 ; Hokenson & Munson, 2007), est loin de constituer une simple transposition linguistique : elle implique une série de processus de réécriture créative (Tanqueiro, 2000) et de positionnement dans de multiples champs littéraires (Grutman, 2013). Comme l’a souligné Dasilva (2011, 2013), la distinction entre autotraduction « transparente » (qui vise l’équivalence maximale) et autotraduction « opaque » (qui introduit des changements significatifs) met en évidence quelques-unes des multiples stratégies employées par l’auteur-traducteur dans sa double tâche créative. L’autotraduction revêt par ailleurs une pertinence particulière dans les contextes de plurilinguisme et de contact culturel, comme les contextes migratoires. L’auteur autotraducteur y agit en tant que sujet bilingue et biculturel qui navigue constamment entre systèmes linguistiques, littéraires et culturels (Codo, 2018).
Dans le contexte de la péninsule Ibérique, l’autotraduction entre les langues co-officielles de l’Espagne répond à des dynamiques complexes qui dépassent le simple élargissement du nombre de lecteurs. Les écrivains habitent simultanément de multiples systèmes littéraires et se traduisent eux-mêmes vers le castillan (ou depuis le castillan) pour signifier leur position dans un champ littéraire marqué par des asymétries de pouvoir, où les langues minorisées jouissent d’une visibilité éditoriale moindre, avec toutes les conséquences que cela entraîne, notamment un accès à des circuits de distribution plus restreints (Ramis, 2014 ; Rodríguez Vega, 2013). L’autotraduction devient alors une stratégie de survie littéraire, mais aussi un acte d’affirmation identitaire, car elle permet de revendiquer la légitimité de la langue propre tout en accédant au marché hispanophone, pour des raisons de pragmatisme éditorial (Dasilva, 2011).
D’autre part, pour l’écrivain migrant, l’autotraduction constitue fréquemment une pratique inhérente à sa condition transnationale et à son habiter entre deux ou plusieurs langues (Kellman, 2000). Les auteurs translingues écrivent et se traduisent eux-mêmes entre la langue d’origine et la langue d’accueil, remettant souvent en question la notion même de langue maternelle ou première face à la langue adoptive (Grutman, 2011). L’autotraduction migrante matérialise linguistiquement l’expérience du déplacement, de l’hybridité identitaire et de l’entre-deux culturel. Comme le soulignent Grutman et Van Bolderen (2014), ces auteurs ne se limitent pas à traduire : ils réécrivent leurs textes à partir de référents culturels différents et remettent souvent en cause la hiérarchie implicite entre « original » et « traduction », les deux versions étant également « originales ».
Ce colloque invite à explorer les multiples dimensions de l’autotraduction en tant que pratique littéraire, culturelle et identitaire aux XXe et XXIe siècles. À cet effet, nous proposons les axes thématiques suivants :
- Autotraduction et plurilinguisme dans la péninsule Ibérique : écrivains qui créent et se traduisent eux-mêmes entre les langues co-officielles de l’Espagne, en explorant des questions d’(in)visibilité, d’asymétries de pouvoir et de marché éditorial, ainsi que le rôle des langues majoritaires/minorisées dans la décision de s’autotraduire.
- Littérature migrante et autotraduction : l’autotraduction comme pratique caractéristique de la littérature interculturelle ou du déplacement, ainsi que des écritures de l’exil, de la diaspora ou de la migration, où se représentent des identités translinguistiques et transculturelles.
- Identités et réécritures : l’autotraduction comme espace de transformation créative où le texte n’est pas reproduit à l’identique, mais recrée des expériences d’identité hybride ou plurielle.
- Études de cas : analyses de corpus et d’œuvres spécifiques (classiques ou contemporaines) qui illustrent les possibilités de l’autotraduction.
Format des propositions :
Nous acceptons des propositions de communications de 25 minutes portant sur :
- Des études de cas sur des auteurs et autrices autotraducteurs/-trices.
- Des analyses comparatives de versions autotraduites.
- Des réflexions théoriques sur l’autotraduction et l’identité.
- Des approches interdisciplinaires issues d’autres domaines (linguistique, didactique de la traduction, sociologie du texte littéraire, études culturelles).
Langues du colloque : espagnol, catalan, galicien, français, anglais. (Les communications pourront être présentées dans l’une quelconque de ces langues. Il est recommandé que les présentations comprennent un support visuel pour en faciliter le suivi.)
Modalité du colloque : Mixte (en présentiel et en ligne). Des sessions en présentiel se tiendront à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université d’Alcalá (Colegio de Málaga) ; une participation à distance sera également possible.
Calendrier :
- Envoi des propositions (titre, résumé de 300-400 mots et brève notice biographique, en format .doc ou .docx, en précisant également si la participation souhaitée est en présentiel ou à distance) : 31 octobre 2026
- Notification d’acceptation : 15 novembre 2026
- Tenue du colloque : 12-13 février 2027
Inscription : 50 euros (les modalités de paiement seront communiquées en temps utile, après notification de l’acceptation des propositions)
Envoi des propositions à : autotraduccion2027@gmail.com
Comité d’organisation :
Pilar Arnau Segarra (LiCETC-UIB)
Diego Muñoz Carrobles (UAH)
Comité scientifique :
Dr. Mohamed Abrighach, Université Ibn Zohr d’Agadir (Maroc).
Dr. Karlos Cid Abasolo, Université Complutense de Madrid (Espagne).
Dra. Maya García de Vinuesa de la Concha, Université d’Alcalá (Espagne).
Dra. Khadija Karzazi, Université Hassan II de Mohammedia (Maroc).
Dr. Marco Kunz, Université de Lausanne (Suisse).
Dr. Michel Martinez, Université de la Sorbonne (France).
Dr. Mario Santana, Université de Chicago (États-Unis d’Amérique).