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Diderot, Voltaire et l’encyclopédisme. Écrire, transmettre et illustrer les savoirs (Genève et Ferney-Voltaire)

Diderot, Voltaire et l’encyclopédisme. Écrire, transmettre et illustrer les savoirs (Genève et Ferney-Voltaire)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Alain Sandrier)

Journées internationales jeunes chercheuses et chercheurs Diderot-Voltaire 2027

“Diderot, Voltaire et l’encyclopédisme : Écrire, transmettre et illustrer les savoirs”

Jeudi 27 et vendredi 28 mai 2027 

Genève & Ferney-Voltaire

Les sociétés Diderot et Voltaire se sont associées pour créer des « Journées internationales jeunes chercheuses et chercheurs Diderot-Voltaire », dont la première édition a eu lieu en 2019 à Langres, la ville natale de Diderot (« Diderot et Voltaire sans frontières »), puis à Ferney et Genève en 2023 (« Etudier Voltaire et Diderot aujourd’hui, nouveaux questionnements ? ») et dont la dernière s’est déroulée, selon un principe d’alternance, à nouveau à Langres en 2025 (« Voltaire, Diderot et les arts »).

Ces journées, auxquelles sont associés de nombreux partenaires universitaires et institutionnels, se veulent un moment privilégié d’échange où les jeunes chercheuses et chercheurs intéressés par deux des figures les plus emblématiques des Lumières viennent confronter leur approches et leurs curiosités en profitant de l’éclairage de chercheurs confirmés.

Elles s’adressent aux doctorantes et doctorants, ainsi qu’aux docteures et docteurs de toute nationalité ayant soutenu leur thèse dans les cinq années précédant l’événement. Une prise en charge totale des frais d’hébergement est prévue, et, selon la situation des candidates et candidats, notamment étrangers, une prise en charge partielle du transport pourra être envisagée. Les candidats retenus sont invités à anticiper les éventuelles questions relatives aux visas. Seront privilégiés les jeunes chercheuses et chercheurs n’ayant jamais participé à l’une des éditions de ces Journées. La langue de ces rencontre est le français.

Pour leur quatrième édition, les Journées internationales jeunes chercheuses et chercheurs Diderot-Voltaire mettent à l’honneur les rapports qu’entretiennent ces deux écrivains avec l’Encyclopédie et l’encyclopédisme. Dans le sillage des derniers colloques, manifestations et publications portant sur l’un ou l’autre de nos auteurs sur cette question (1), on se propose de baliser sans exclusive cette vaste question.

L’étudiant en lettres, en effet, s’étonne d’apprendre la faible contribution de Voltaire à l’œuvre magistrale des Lumières, que Voltaire incarne pourtant, à savoir l’Encyclopédie dirigée par Diderot et D’Alembert. Il s’en étonne plus encore lorsqu’il découvre les nombreuses œuvres alphabétiques de Voltaire et constate même leur multiplication, et leur lien, de contradiction, de réserve ou d’hommage avec l’entreprise pionnière, comme en témoigne éloquemment la dernière production en ce genre, les Questions sur l’Encyclopédie (1770-1772).

Cet apparent paradoxe peut-il s’expliquer ? La correspondance échangée entre ces deux grands penseurs l’éclaire-t-elle ? La confrontation des articles donnés par Voltaire pour l’Encyclopédie avec ceux des diverses œuvres alphabétiques apporte-t-elle des éléments de réponse (qu’on pense à « Esprit » ou « Goût » ou encore « Hémistiche », articles de Voltaire pour l’Encyclopédie et entrées des Questions sur l’Encyclopédie) ? Faut-il plutôt avancer des critères matériels, opposant le livre « portatif » à l’in-folio de bibliothèque? ou d’autres relevant de la possible censure de l’Encyclopédie d’abord publiée avec privilège, alors que Voltaire pratique plus souvent la clandestinité? Faut-il envisager des critères intellectuels, le projet encyclopédique engageant une écriture collective, que Voltaire, exilé puis isolé à Ferney, ne put mener plus avant aux côtés de ses « frères » parisiens, mais qu’il déploya autrement, au sein de l’atelier d’écriture que fut aussi Ferney (les Questions sur l’Encyclopédie ont ainsi bénéficié, entre autres, des apports de Christin)?

Peut-on lever le paradoxe en rappelant que la discontinuité du dictionnaire, qui n’appelle pas de lecture suivie, relève d’une méthode réfléchie de diffusion des Lumières? ou encore que le « désordre de l’ordre alphabétique » n’est que « prétendu », comme l’affirme Diderot dans le Prospectus de l’Encyclopédie? Ou enfin que les combats de Voltaire contre l’infâme ont pour cible les adversaires mêmes de l’Encyclopédie ? À ce titre, il pourrait être intéressant d’examiner chez les anti-Lumières les éventuelles associations entre Diderot et Voltaire, et de saisir ainsi une réception parallèle de leur œuvre alphabétique. Dans une perspective inverse pourrait être aussi exploré le dialogue de ces deux « encyclopédistes » avec leurs prédécesseurs, Bayle au premier chef (voir notamment l’entrée « Bayle » dans les Questions sur l’Encyclopédie). Les travaux de Marie Leca-Tsiomis ont mis en évidence l’importance de la compilation dans la production d’un dictionnaire, et exemplairement pour l’Encyclopédie l’apport minoré du dictionnaire de Trévoux à côté de celui, ostensible, de la Cyclopaedia de Chambers  ; de même les dernières éditions des Questions sur l’Encyclopédie en ont éclairé la genèse, en particulier l’utilisation de matériaux réunis au fil des lectures.

La contribution de Diderot à l’Encyclopédie, quant à elle, a fait l’objet de deux monographies de référence, et son étendue se mesure plus précisément désormais (2). Elle recèle cependant encore de nombreuses perspectives d’étude, surtout si l’on tient compte des attributions nouvelles qu’on a pu lui faire de nombreux articles sous le désignant de « grammaire ». La centralité de l’activité encyclopédique dans la pratique intellectuelle de Diderot peut être explorée aussi bien dans son intérêt pour toutes les dimensions du travail humain (dont les arts et métiers, dans les planches notamment, témoignent éloquemment) qu’à travers la comparaison avec ses autres œuvres (comme les Salons par exemple). L’Encyclopédie trace (et porte la trace de) ses affinités avec ses relations de tête et de cœur (Rousseau, Grimm, mais aussi d’Holbach, Naigeon ou Jaucourt), tant chez Diderot la cause de l’Encyclopédie est devenue une passion.

Si les participants sont appelés à creuser l’une de ces propositions, ils peuvent aussi en envisager d’autres : ne serait-il pas pertinent de confronter, par exemple, la pensée de Diderot et celle de Voltaire sur des notions aussi centrales que le goût (on songe à « Laideur », article de Diderot, et à « Goût » dans les Questions sur l’Encyclopédie), les arts, l’autorité politique (fameux article de Diderot), l’histoire de la philosophie (champ balisé par Diderot à partir de Brucker), l’histoire religieuse (« Jésus-Christ », « Mosaïque et chrétienne philosophie », « Jésuite », sont attribués à Diderot), voire sur d’autres notions, telles que les substantifs « intolérance » et « ignorance », ou les adjectifs « vulgaire » ou « véritable » ? De même on peut suivre les intermédiaires de ce dialogue entre Diderot et Voltaire encyclopédistes, en s’intéressant aux figures de D’Alembert ou Damilaville, qui ont été si importants, dans des registres différents, pour l’un et l’autre.

Les propositions de communication, en français (une page environ), seront accompagnées d'une présentation académique. Elles devront nous parvenir au plus tard le 30 septembre 2026 par mail aux organisateurs aux adresses suivantes : stephanie.gehanne-gavoty@sorbonne-universite.fr et alain.sandrier@unicaen.fr

Comité scientifique et organisation :  Flávio Borda D'Água (Bibliothèque de Genève), Stéphanie Gehanne Gavoty (Sorbonne Université), Élise Pavy (Univ. Bordeaux-Montaigne), Alain Sandrier (Univ. de Caen Normandie), Charles Vincent (Univ. polytechnique des Hauts-de-France), Caroline Warman (Univ. d'Oxford), Caroline Jacot Grapa (Univ. de Lille) et François Jacob (Univ. de Lyon 3-IUF).

Sont également prévues au programme de ces journées des conférences plénières et une visite des collections des Délices-Biblothèque de Genève. Les revues des Cahiers Voltaire et des Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie sont susceptibles d’accueillir certaines contributions dans leurs prochaines livraisons.

en partenariat avec

la Société Diderot et la Société Voltaire

la Bibliothèque de Genève

le Château de Voltaire à Ferney-Voltaire (Centre des Monuments Nationaux)

l’Université de Bordeaux-Montaigne (PLURIELLES, UR 24142)

l'Université de Caen Normandie (LASLAR, UR 4256)

l'University of Oxford

l'Université Polytechnique des Hauts-de-France (LARSH)

Université de Lille (ALITHILA, ULR 1061)

Sorbonne Université (CELLF, UMR 8599)

Université de Lyon III Jean Moulin (MARGE)

L’Institut universitaire de France (IUF)

La Société française d’étude du XVIIIe siècle (SFEDS)

(1)  On peut penser en particulier, en ce qui concerne Voltaire, à l’ouvrage d’Olivier Ferret, Voltaire dans l’« Encyclopédie » (Paris, Société Diderot, coll. « L’atelier autour de Diderot & de l’Encyclopédie », 2016), à l’article de Christiane Mervaud, “Voltaire juge des encyclopédistes” (Revue Voltaire 21, 2021, p. 239-258), ainsi qu’à l’article plus ancien de Larissa L. Albina, « Voltaire lecteur de l'Encyclopédie » (Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, n°6, 1989. p. 119-130; DOI : https://doi.org/10.3406/rde.1989.1008; www.persee.fr/doc/rde_0769-0886_1989_num_6_1_1008), sans oublier les éditions critiques des articles de Voltaire pour l’Encyclopédie disponibles sur le site de l’ENCCRE (Édition Numérique Collaborative et CRitique de l’Encyclopédie : https://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/). Pour l’immense pan diderotien, nous renvoyons également aux éditions critiques d’articles de Diderot sur le site de l’ENCCRE ainsi qu’aux numéros des Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie. Nous citerons seulement deux monographies récentes : Marie Leca-Tsiomis, La Guerre des dictionnaires – Le Trévoux aux sources de l’Encyclopédie, Paris, CNRS Éditions, 2023, 229 p. ; Gerhardt Stenger, Le Triomphe des Lumières. L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, Paris, Perrin, 2024, 448 p.

(2)  Jacques Proust, Diderot et l’Encyclopédie, Paris, 1962 [rééd. Albin Michel, 1995] ; Marie Leca-Tsiomis, Écrire l'Encyclopédie: Diderot, de l'usage des dictionnaires à la grammaire philosophique, Voltaire foundation, Oxford, 1999 [rééd. 2008]. Pour les nouvelles attributions à Diderot, on renvoie au dossier transversal de Marie-Leca Tsiomis sur le site de l’ENCCRE : « Nouvelles attributions à Diderot. Articles non signés en « grammaire », vol. VIII à XVII. Critères » (et les deux articles fondateurs de Marie Leca-Tsiomis : « L'Encyclopédie et Diderot : découvertes! » (https://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/dossier/D00-415b0a429cb7/)