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Penser les transitions dans les mondes arabes et musulmans (Campus Condorcet, Aubervilliers)

Penser les transitions dans les mondes arabes et musulmans (Campus Condorcet, Aubervilliers)

Publié le par Marc Escola (Source : Martina Balassone)

Penser les transitions dans les mondes arabes et musulmans

Journées d'étude, 1-2 Octobre 2026

Les soulèvements arabes de 2011 ont ouvert des séquences de transformation politique dont les trajectoires contrastées continuent d'interroger les sciences sociales. Quinze ans après, la variété des issues observées — restaurations autoritaires, transitions inachevées, effondrements étatiques — appelle un retour critique sur les outils analytiques mobilisés pour penser le changement dans les mondes arabes et musulmans. Cette journée d'études propose d'examiner, dans une perspective interdisciplinaire, les notions de crise, de transition et de rupture, en interrogeant leurs usages, leurs limites et les alternatives conceptuelles susceptibles de mieux rendre compte de configurations où l'instabilité n'est pas un épisode mais une condition durable.

 1. Repenser les outils : l'(in)adéquation de la notion de crise

La notion de crise suppose une temporalité structurée autour d'un avant, d'un moment de rupture et d'un après. Elle implique un état antérieur de stabilité relative, une disruption identifiable, ainsi que l'horizon, même incertain, d'une résolution. Or, cette logique séquentielle se trouve mise en défaut lorsqu'elle est appliquée à des contextes où l'instabilité n'est pas un épisode mais une condition durable. Dans ces configurations, la crise cesse d'être un outil analytique opératoire pour devenir un état ambiant, un fond sur lequel se déploient des dynamiques que la notion elle-même ne permet plus de saisir. Cette journée d'études propose d'interroger, dans un premier temps, cette inadéquation et ses effets, en examinant dans quelle mesure le maintien d'un vocabulaire de la crise reconduit une téléologie implicite, celle d'un retour à la normalité ou d'un passage vers la stabilité, qui fausse l'analyse autant qu'elle oriente les attentes. Il s'agit également de réfléchir aux concepts alternatifs susceptibles de mieux rendre compte de ces configurations durables, ainsi qu'aux conditions d'un renouvellement des outils analytiques à partir de terrains qui résistent aux cadres forgés pour penser des crises qui finissent. Dans cette perspective, nous accueillons des interventions qui invitent à prendre du recul sur les catégories mobilisées pour analyser les périodes de transformation. Les notions de crise, de transition ou de rupture, fréquemment utilisées pour décrire les transformations politiques et sociales contemporaines, ne sont pas neutres : elles orientent les interprétations des événements et structurent les cadres analytiques des sciences sociales. Issues de disciplines variées, ces contributions nous permettront d'interroger les usages et les limites de ces concepts dans l'analyse des mondes arabes et musulmans, en explorant notamment les relations entre continuité et rupture, les temporalités du changement et les différentes manières de penser les transformations historiques.

2. Sociétés en transition : mobilisation, pratiques et recompositions sociales

Les soulèvements arabes de 2011 ont d'abord été interprétés comme l'ouverture d'un cycle de transitions démocratiques, comparable à celles observées en Europe de l'Est ou en Amérique latine à la fin du XXe siècle. Pourtant, quinze ans plus tard et dans la plupart des cas, les moments d'ouverture ont débouché soit sur des restaurations autoritaires, soit sur des transitions inachevées, soit encore sur des ruptures violentes de l'ordre politique. Les mobilisations de 2011 ont constitué des moments de fluidité politique, caractérisés par l'effondrement temporaire des règles du jeu politique et l'ouverture de nouvelles possibilités institutionnelles. Ces conjonctures, quand bien même brutales, n'ont pas nécessairement conduit à des processus durables de démocratisation. Les dynamiques de contre-révolution et la persistance d'appareils sécuritaires puissants ont souvent limité les transformations politiques, favorisant des formes de résilience autoritaire ou d'hybridation des régimes, interrogeant sur le poids des héritages (path dependency). Dans ce cadre, la question de la justice transitionnelle apparaît comme un enjeu central mais inégalement investi : là où des dispositifs de vérité, de réparation ou de poursuites judiciaires ont été envisagés, leur mise en œuvre partielle ou entravée a souvent limité leur capacité à refonder le pacte politique et à rompre avec les pratiques autoritaires antérieures. Un deuxième axe sera donc consacré à l'étude de ces trajectoires à partir d'une interrogation centrale : comment expliquer les trajectoires diverses suite aux conjonctures fluides ouvertes depuis 2011 ? Quel est le poids des héritages dans l'aboutissement des transitions ? Les crises nées des soulèvements ont-elles provoqué une transformation profonde de l'État, ou bien ont-elles essentiellement produit des recompositions du pouvoir au sein d'appareils étatiques largement continus ? En réunissant des contributions portant sur différents pays et différentes approches disciplinaires, ce deuxième axe propose ainsi de réfléchir aux relations entre continuité de l'État, rupture de régime et transformation politique dans le monde arabe depuis 2011. Il s'agit d'interroger, à partir d'études empiriques variées, les conditions dans lesquelles les moments de fluidité politique peuvent conduire soit à des transitions institutionnelles durables, soit à des recompositions autoritaires, soit à des crises plus profondes de l'ordre étatique.

3. Dire et raconter la transition : discours, récits et mémoire

Les périodes de transformation politique s'accompagnent d'un intense travail de mise en récit du changement. Les ruptures donnent lieu à des luttes symboliques autour de l'interprétation des événements, opposant récits fondateurs, contre-récits et mémoires concurrentes. Ces dynamiques participent à la recomposition du roman national et à l'émergence de nouveaux récits d'identification collective, dans des contextes souvent marqués par la nécessité de construire un récit commun à partir de mémoires éclatées. Ces moments favorisent également un renouvellement des formes narratives. Des genres comme la fiction spéculative ou la littérature de l'imaginaire peuvent devenir des outils de critique politique et de dénonciation, en contournant les contraintes du discours direct. La transition possède aussi une dimension symbolique, spatiale et matérielle. Les transformations du pouvoir s'inscrivent dans les paysages urbains, les architectures et les dispositifs de visibilité qui structurent la géographie du pouvoir. L'iconographie du pouvoir, parfois pensée sur un mode panoptique, peut être réinterprétée, détournée ou contestée. Les moments de rupture s'accompagnent ainsi de gestes matériels forts — tels que le déboulonnage de statues, la transformation de monuments ou la reconfiguration d'espaces publics — qui participent à la redéfinition visible de l'ordre politique. Enfin, ces transformations se reflètent dans les pratiques linguistiques ellesmêmes : alternance codique, variations de registres ou encore pratiques de traduction et d'auto-traduction, qui accompagnent la circulation des idées et la recomposition des espaces discursifs. Cet axe propose ainsi d'interroger les relations entre langage, narration, symboles et matérialité du pouvoir, en analysant la manière dont les moments de rupture sont racontés, mis en scène et inscrits dans l'espace et les pratiques culturelles.

4. Transition et circulation : dynamiques transnationales et espaces médiatiques

Les transitions politiques sont souvent analysées à partir de dynamiques internes, telles que les crises de légitimité des régimes, les recompositions des élites, les mobilisations sociales ou les transformations institutionnelles. Ces dynamiques relèvent de facteurs endogènes, propres aux configurations politiques et sociales nationales. Toutefois, ces processus ne peuvent être pleinement compris sans prendre en compte les circulations et les influences transnationales dans lesquelles ils s'inscrivent, qui renvoient à des facteurs exogènes, mais étroitement imbriqués aux dynamiques internes. Les dynamiques de contestation et de transition se déploient en effet dans des espaces politiques largement connectés, où circulent récits, images, acteurs et ressources. Cet axe propose d'explorer ces interactions à partir de plusieurs axes de réflexion. Une attention particulière sera portée aux circuits médiatiques et à la circulation des récits, notamment dans une perspective inspirée de la théorie de la réception. Il s'agira d'interroger la manière dont les récits de contestation et de transition se transforment selon les publics auxquels ils s'adressent, et comment le rôle des médias dans le développement et l'extension des dynamiques contestataires contribue à structurer des espaces publics transnationaux. Le panel s'intéressera également au rôle des régimes politiques régionaux dans l'entravement des processus démocratiques, ainsi qu'aux différentes stratégies mises en œuvre pour contenir les mobilisations et limiter la diffusion des expériences de transition. Dans ce cadre, la crainte d'un effet de contagion constitue un élément central pour comprendre les réactions régionales face aux mouvements de contestation. Enfin, plusieurs contributions pourront examiner le rôle et l'apport de la diaspora dans ces transitions, qu'il s'agisse de la circulation des idées, du soutien aux mobilisations, des initiatives médiatiques ou du plaidoyer international. Une attention particulière pourra également être portée à l'influence de l'espace des réseaux sociaux et de l'espace numérique dans la configuration des dynamiques de transition. Dans des contextes où les instances institutionnelles de représentation et de dialogue politique sont fragilisées ou inexistantes, ces espaces numériques tendent à se substituer partiellement aux lieux traditionnels du débat public. Les réseaux sociaux deviennent ainsi des arènes où s'expriment revendications, critiques et attentes politiques, contribuant à la formation d'opinions publiques et à l'émergence de nouvelles formes de mobilisation. Les débats qui s'y déploient participent à la construction de nouveaux rapports de force, d'attentes collectives et de formes de contre-pouvoir. Cependant, ces dynamiques numériques comportent également des risques, notamment la désinformation et les effets d'emballement liés aux logiques virales, qui peuvent amplifier les tensions politiques et contribuer à la polarisation des débats publics. Dans certains contextes, ces phénomènes peuvent aller jusqu'à générer de nouvelles tensions politiques ou sociales, révélant les ambiguïtés de ces nouveaux espaces du débat public. En intégrant ces différentes dimensions, ce dernier axe vise à analyser les transitions politiques comme des processus inscrits dans des configurations transnationales et médiatiques complexes, où interagissent facteurs endogènes et exogènes, acteurs locaux, circulations régionales et espaces numériques, contribuant ensemble à façonner les trajectoires politiques contemporaines.

Modalités de soumission

Nous accueillons des propositions dans les domaines de la sociologie, sociologie politique, histoire, littérature, arts visuels, communication. L'appel concerne doctorant·es, jeunes chercheur·es et chercheur·es confirmé·es. Vous pouvez envoyer vos propositions de communication en français ou en anglais à l'adresse suivante : halqadesdoctorants@gmail.com

avant le 30 juin 2026.

Nous vous prions de respecter les normes suivantes:

Un résumé (500 mots maximum)
Nom et prénom, affiliation(s) académique(s) de l'auteur
Un court CV (1 page)
Titre de la communication, mots-clés (5 maximum) et bibliographie sommaire

Comité d'organisation

Martina Balassonne (Sorbonne Université)
Camille Bougault-Mathias (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Zahia Bridon (Université de Lorraine, Nancy)
Samira Hamoudi (Paris-Saclay)
Loubna Kheir (Université de Neuchâtel)
Céliende Lebon (EHESS, Paris)

Références bibliographiques

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