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Abdelaziz Kacem, un humaniste des deux Rives

Abdelaziz Kacem, un humaniste des deux Rives

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Mohamed Amine JABALLAH)

Colloque international 

Université de Sousse - FLSH

Laboratoire École et Littératures 

Les 29 et 30 avril 2027

 

«Abdelaziz Kacem, un humaniste des deux Rives»

 

Coordinateur : Sami Hochlaf

 

Argumentaire

Cet argumentaire se distingue des approches académiques habituelles : il ne porte ni sur une école, ni sur un courant, mais sur une personnalité intellectuelle, universitaire et littéraire tunisienne majeure. Le Laboratoire École et Littératures de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université de Sousse est conscient de la nécessité de consacrer des espaces de réflexion aux femmes et aux hommes de pensée tunisiens dont l’œuvre, malgré son importance, n’a pas toujours bénéficié des études approfondies qu’elle mérite. Notre laboratoire entend ainsi instituer une tradition scientifique consacrée à l’étude de figures tunisiennes dont la contribution intellectuelle et littéraire rayonne aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. Une telle démarche n’exclut nullement l’ouverture à d’autres grandes figures universelles ayant contribué à éclairer le destin de l’humanité.

Poète, essayiste et universitaire tunisien originaire de Bennane, dans le gouvernorat de Monastir, Abdelaziz Kacem compte parmi les figures importantes de la pensée humaniste contemporaine en Tunisie. Son œuvre se caractérise par une double maîtrise de l’arabe et du français, ainsi que par un engagement constant en faveur du dialogue des cultures et de la réconciliation des héritages méditerranéens.

Parcours et formation

Il est diplômé de l’Université de la Sorbonne Paris, titulaire d’une Agrégation de langue et de littératures arabes et d’un Deug de lettres modernes.
Maître-assistant, il a enseigné à l’Institut de presse et des sciences de l’information, à l’École normale supérieure de Tunis et à l’Université de La Manouba.
Il a occupé de hautes fonctions dans les domaines de la culture et des médias :
Il a notamment été Directeur général de :
la Bibliothèque nationale de Tunisie, de la Lecture publique, des relations culturelles extérieures et du Centre culturel international de Hammamet.
PDG de la Radiotélévision tunisienne.
Écrivain bilingue, Abdelaziz Kacem écrit aussi bien en arabe qu’en français, situation emblématique de nombreux intellectuels tunisiens. Il définit lui-même cette dualité linguistique en ces termes : « J’ai une langue mère et une langue nourrice, deux noms pour chaque chose et deux horizons pour un imaginaire. » Cette conscience du bilinguisme dépasse chez lui la simple pratique littéraire : elle devient une mission intellectuelle. Son œuvre cherche à reconstruire les ponts délabrés entre les deux rives de la Méditerranée et repose sur une conviction profonde : entre l’arabe et les langues romanes existe une parenté organique que l’ignorance et les fanatismes, des deux côtés, ont trop souvent occultée.

« J’aurai sans cesse entre les dents

La langue au goût de lait

Qui pour Villon a fait de moi 

Un imprévu frère de lai » (L’hiver des brûlures)

Dans sa poésie comme dans ses essais, Abdelaziz Kacem œuvre à organiser les retrouvailles d’un couple historique souvent séparé par les conflits et les incompréhensions : l’Orient et l’Occident. Cette vision nourrit son intérêt pour la littérature comparée, qu’il mobilise pour étudier, entre autres, les rapports entre la poésie des troubadours et la poésie arabo-andalouse, ou encore l’influence des modèles arabes sur les premiers romantiques européens. Revisitant les travaux orientalistes consacrés à ces questions, il les prolonge, les affine et les interroge avec une perspective méditerranéenne originale. Son œuvre constitue ainsi un terrain privilégié pour les études comparatistes.

Œuvres principales

Il est l’auteur de recueils de poésie et d’essais. Il publie régulièrement des articles de réflexion sur les problèmes culturels de notre temps. Pas moins d’une centaine de contributions dans la revue Leaders. D’autres contributions parues dans des ouvrages collectifs ainsi que dans divers périodiques et revues traitent de littérature comparée, de poésie et de perspectives culturelles : voir notamment al-Fikr (Tunis), l’Annuaire de l’Afrique du Nord  (Aix-en-Provence), Les Nouvelles littéraires (Paris), La Revue de Littérature Comparée (Paris), Riveneuve Continents (Paris), Le Journal des poètes (Bruxelles).  

Parmi ses ouvrages :

  • En arabe (poésie) :

Hasâd al-Chams (Moisson de soleil, 1975).
Nawbat hubb fî ‘asr al-karâhiyya (Accès d’amour au temps de la haine, 1990).
Plusieurs articles consacrés à la poésie arabe, celle de Nizar Qabbani, notamment.

  • En français (poésie) :

Le Frontal (préface Pierre Emmanuel,1983).
L’hiver des brûlures (1994).
Zajals (préface François Nizery 2014).
Quatrains en déshérence (2021).
(En remplacement de Léopold Sédar Senghor, décédé en 2001, A. Kacem a été élu Président d’honneur de la Maison internationale de la poésie à Bruxelles).  

Essais, dont :

Science et conscience des mots (1994).
Culture arabe/culture française : la parenté reniée, 2002. 
Le voile est-il islamique ?(préf. Behja Traversac, 2004).
(Avec Daniel De Smet) Lumières du Levant : Abu al-‘Alâ’ al-Ma‘arri et son temps (2006). 
Al-Andalus, vestiges d’une utopie (2013). 
L’Occident d’une vie (préface de André Miquel, 2016).
L’Occident et nous (préf. Chedli Klibi, postface Pierre Hunt, 2016).
À la recherche d’un humanisme perdu ( préf. Hatem Ben Salem  2024).
Distinctions

Il a reçu plusieurs récompenses, notamment :

Le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, (Académie française, 1998),
Le Prix Ibn Zaydun (Instituto Hispano Arabe de Cultura, Madrid, 1986),
Des distinctions culturelles tunisiennes et internationales. 
La pensée d’Abdelaziz Kacem sur la francophonie s’inscrit dans une réflexion plus large sur le dialogue des cultures, sur la place de la langue française dans les sociétés postcoloniales et sur la possibilité d’un humanisme méditerranéen renouvelé. Chez lui, la francophonie n’est ni un simple héritage colonial ni un instrument purement culturel : elle devient un espace de rencontre et de réflexion universelle. Il rejoint Léopold-Sedar Senghor dans cette perception de la francophonie. Cette dernière n’est plus un simple code linguistique, elle devient le réceptacle de la diversité langagière et culturelle du monde. Proche collaborateur d’un autre père de la Francophonie, Habib Bourguiba, Abdelaziz Kacem, considère le discours prononcé, en 1968, par le président tunisien à l’Université de Montréal, comme feuille de route. La francophonie y apparaissait comme un projet de civilisation fondé sur le dialogue, l’ouverture et le refus des replis identitaires.

Plusieurs axes majeurs structurent ainsi la pensée d’Abdelaziz Kacem :

La francophonie comme espace de dialogue entre les cultures
S’appuyant sur la littérature comparée, Abdelaziz Kacem conçoit la langue française comme un lieu de médiation entre plusieurs traditions culturelles. Dans le contexte tunisien et maghrébin, le français demeure un héritage historique complexe ; toutefois, il propose de dépasser cette lecture conflictuelle pour faire de cette langue un instrument de communication interculturelle et d’ouverture intellectuelle. Il écrit à ce propos : « J’ai un litige avec le passé colonial de la France, du général Bréart au général Garbay, mais mon rapport à Voltaire demeure positif. » 
 

La parenté des langues et des civilisations
Pour Abdelaziz Kacem, « la langue de Molière n’est pas la rivale de la langue de Jâhidh ; elle en est une cousine plus proche qu’on ne le croit ». Il rappelle ainsi les innombrables emprunts lexicaux d’origine arabe qui ont irrigué le français entre le XIIe et le XVIIe siècle. Dans cette perspective, le français peut jouer aujourd’hui un rôle comparable à celui qu’assuma jadis l’arabe comme langue de transmission et de médiation entre les civilisations. 
La défense des valeurs humanistes
La francophonie représente également, à ses yeux, un combat en faveur des Lumières et des valeurs universelles. Il affirme : « Le combat pour la francophonie consiste à défendre les valeurs que seule la langue des Lumières véhicule. » Et il ajoute, dénonçant les discours de haine et de xénophobie : « Le discours qui ne fait que dresser les pauvres contre les pauvres est un solécisme mental ; il n’est pas français. » 
 

La critique des modernisations superficielles
Abdelaziz Kacem développe enfin une réflexion critique sur la modernité dans les sociétés contemporaines : « Toute technologie greffée sur des structures mentales et sociales archaïques ne sera jamais autre chose qu’une prothèse », déclarait-il lors d’une conférence prononcée à Académie tunisienne Beït al-Hikma. Cette pensée souligne l’exigence d’une réforme intellectuelle et culturelle profonde accompagnant toute modernisation technique. 
Située au croisement des civilisations arabes, européennes et africaines, la Tunisie occupe, dans la pensée d’Abdelaziz Kacem, une place singulière. Elle constitue un espace privilégié de rencontre entre l’Orient et l’Occident, termes qui, rappelons-le, désignaient à l’origine, dans le contexte médiéval méditerranéen, les deux rives de la Méditerranée avant d’acquérir leurs significations géopolitiques contemporaines. À travers ses œuvres, Abdelaziz Kacem esquisse ainsi les contours d’un humanisme méditerranéen fondé sur l’échange des cultures, la reconnaissance de la pluralité des identités et la recherche d’un universel qui ne nie pas les différences. Dans cette perspective, la francophonie cesse d’être un espace dominé par une seule culture pour devenir un véritable pont entre les peuples et les imaginaires.

 La francophonie, héritière de l’hellénisme 

Dans ses essais, notamment lorsqu’il réfléchit à la crise des valeurs contemporaines, A Kacem relie la francophonie à la tradition humaniste que recèle ce creuset de civilisation qu’est La Méditerranée.  

L’humanisme, issu notamment de la Renaissance, elle-même pétrie d’arabité, repose sur plusieurs principes : la dignité de l’être humain, la liberté de pensée, la circulation du savoir, le donner et le recevoir. Pour A Kacem, la francophonie peut prolonger cet héritage humaniste en devenant un espace de partage des connaissances et des cultures.

Une critique explicite des replis identitaires

La pensée d’A Kacem contient également une critique des discours de fermeture culturelle et identitaire. Selon lui, le rejet total de la langue française serait une perte culturelle, mais l’abandon de la langue arabe serait aussi une perte identitaire. Il propose donc une troisième voie : préserver l’identité culturelle tout en restant ouvert aux influences extérieures.

Principaux axes de réflexion à partir des œuvres ou des études portant sur le poète ou l’essayiste A Kacem :

La francophonie offre-t-elle, aujourd’hui, un espace de dialogue entre les cultures ?
Le bilinguisme ou le multilinguisme représentent-ils une richesse intellectuelle (mise à part l’utilité technique) ? 
La Méditerranée, cette mare nostrum, peut-elle redevenir le lieu d’un humanisme universel ? 
Que peut la littérature comparée ?

Loin de prêcher un optimisme béat, en ces temps troublés, il reste lucide :

« Et la mémoire endort le regret qui la mord 

Au tréfonds d’un Levant rivé à ses annales 

De cet Orient qui perd le nord et de ce Nord 

Désorienté j’écris ce vain journal de bord » (Zajals, p. 35)

Cette liste des axes possibles est purement indicative. 

Ainsi, la pensée d’Abdelaziz Kacem fonde des assises pour un débat scientifique sur des questions d’actualité d’ordre littéraire, éthique, politique et philosophique.

Écrits sur l’auteur : 

« Ce livre, de mon ami Abdelaziz Kacem, aidera, j’en suis persuadé, à corriger une vision du monde qui empêche beaucoup d’Occidentaux d’entretenir des relations normales – et équilibrées – avec notre culture. […] L’auteur est un des hommes les mieux partagés entre le positivisme occidental et la ferveur arabo-islamique. Par sa participation à de nombreux colloques du genre, il est préparé, aujourd’hui, à apporter, éventuellement, une contribution utile à une telle rencontre (Chedli Klibi, préface de L’Occident et nous). »

« Le discrédit porté sur le monde arabo-musulman entretenu par les réactions nationalistes et droitières de nombreux pays européens est un fléau de notre temps. Il est alimenté par un terrorisme aveugle qui prétend s’inspirer de l’islam. Le livre d’Abdelaziz Kacem est un excellent antidote à ce poison récurrent. L’auteur riche de son expérience et de son érudition en appelle à la vérité historique et aux sources authentiques qui éclairent un débat sans cesse repris dans les sociétés occidentales. Une incompréhension réciproque nourrit l’antagonisme que ravivent les drames actuels. La lucidité d’A. Kacem n’esquive aucune responsabilité dans cette tragique descente aux enfers ». (Pierre Hunt, postface de L’Occident et nous)

« Et après ? Il y eut le désir, pour Abdelaziz Kacem et moi, d’aller voir, depuis le pays natal, de l’autre côté de la mer. Son itinéraire à lui inspire un livre passionnant, dont je m’en voudrais de déflorer ici la lecture. Au moins puis-je y annoncer la présence d’un homme remarquable, historien, philosophe, poète, authentique écrivain, y compris en ma propre langue, connaisseur parfait de l’héritage arabe et, en ses langues mêmes, d’une Europe que nous savons, lui et moi, partie intégrante d’un patrimoine commun à partager et à sauver ». (André Miquel, préface de L’Occident d’une vie)

« Il faut aussi aller à la rencontre de l’Histoire, celle qu’il rappelle dans son ouvrage Al-Andalus, vestiges d’une utopie, celle qu’il recommande aux Européens de réintégrer dans leur pensée pour ainsi s’éloigner des dérives identitaires et ethnocentriques qui les rongent. Ces deux livres d’Abdelaziz Kacem sont indissociables. Zajals est le prolongement poétique d’Al-Andalus. On ne peut lire l’un sans l’autre ». (François-Pierre Nizery, préface de Zajals) 

Les modalités de participation sont les suivantes :

·                     Envoi des propositions avant le 30 octobre 2026.

·                     Réponse par le comité scientifique avant le 30 novembre 2026.

·                     Frais de participation : 80 euros pour les intervenants internationaux et 50 dinars pour les Tunisiens.

·                     L’hébergement est à la charge des participants.

·                     Le laboratoire École et Littératures assurera les pauses cafés, les repas de midi et la publication des actes du colloque.

 

Contacts :
samihochlaf@gmail.com / bensaadnizou@yahoo.fr

 

Comité d’organisation

-          Lotfi Belkacem

-          Olfa Bouallègue

-          Ouajdi Korbaa

-          Nizar Ben Saad

-          Ammar Azouzi

-          Jihen Souki

-          Mohamed Amine Jaballah

-          Aymen Hacen

-          Sami Hochlaf

-          Lobna Abdaoui

-          Taha Bouazizi

 

Comité scientifique 

-          Lotfi Belkacem

-          Olfa Bouallègue

-          Ouajdi Korbaa

-          Nizar Ben Saad

-          Samir Marzouki

-          Afifa Chaouachi Marzouki

-          Mansour Mhenni

-          Faten Chouba Skhiri

-          Ammar Azouzi

-          Jihen Souki

-          Salwa Bel Haj Salah

-          Boutheina Ben Hassine

-          Sami Hochlaf

 

Comité de sélection des communications 

-          Pr Lotfi Belkacem (université de Sousse)

-          Pr Olfa Bouallègue (université de Sousse)

-          Pr Ouajdi Korbaa (université de Sousse)

-          Pr Nizar Ben Saad (université de Sousse)

-          Pr Samir Marzouki (université de Manouba)

-          Pr Afifa Chaouachi Marzouki (université de Manouba)

-          Pr Ammar Azouzi (université de Sousse)

-          Pr Mansour Mhenni (université de Tunis Elmanar)

-          Pr Boutheina Ben Hassine (université de Sousse)