Si intemporelle soit-elle, la haine paraît aujourd’hui s’amplifier tant dans la sphère privée que dans la sphère publique. Plus inquiétant encore, elle se manifeste sans retenue. Ses ressorts sont nombreux : le réchauffement climatique, la prolifération des conflits, les bouleversements technologiques, autant de facteurs qui attisent l’incertitude, l’anxiété et génèrent la peur propice aux réactions impulsives. L’isolement et la tristesse nourrissent eux aussi des tensions, alimentées par le sentiment d’impuissance : le lien avec le milieu social se brise, rompant par là le rapport à soi-même et à son propre jugement. Celui qui entre dans ce cas de figure "ne sera jamais capable de – ni ne voudra – rendre compte de ce qu’il fait ou dit ; il ne pourra non plus s’inquiéter de commettre quelque crime puisqu’il peut être sûr qu’aussitôt il l’oubliera", affirmait Hannah Arendt. La Revue des Deux-Mondes consacre une livraison aux "Mécaniques de la haine".