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Corps et décors. Journée d'études des doctorant·es du CELIS (Clermont-Ferrand)

Corps et décors. Journée d'études des doctorant·es du CELIS (Clermont-Ferrand)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Méline Zappa)

Appel à communications Journée d’études des doctorant·es du CELIS

« Corps et décors »

MSH de Clermont-Ferrand, Amphi 220, 4 novembre 2026

Université Clermont Auvergne – CELIS

Les notions de corps et de décor traversent de nombreux champs artistiques et disciplinaires tels que la littérature, la peinture, la photographie, les arts de la scène, l’architecture, le cinéma… Loin d’être des catégories figées et cloisonnées, ces deux notions, mises en relation, ouvrent un espace de questionnements féconds pour penser leurs modalités de représentation sociale, symbolique, esthétique, dans les sciences humaines et sociales.

Le corps, entendu dans une acception large, renvoie d’abord à la matérialité physique (qu’elle soit humaine ou animale, vivante ou non vivante) ainsi qu’à ses figurations artistiques (textuelles, visuelles, audiovisuelles). Le corps peut également désigner toute forme d’organisation ou d’agencement d’éléments. Plus largement, une œuvre peut être envisagée comme un corps en tant qu’objet matériel ou être intégrée à un corpus destiné à l’analyse. Ces conceptions du corps croisent de nombreuses thématiques : beauté et grotesque, exotisme, érotisme, sexualité, genre et identité, classe sociale, souffrance, maladie ou mort, enfermement et libération, individualité et communauté… Elles permettent également d’interroger les processus d’appropriation, d’intertextualité et de citation, et de mettre à l’épreuve les formes et les limites de la représentation.

Le décor, quant à lui, ne saurait être réduit à un simple arrière-plan, ni à un ornement du lieu, observé, admiré. En tant que construction sociale, matérielle ou symbolique, le décor apparaît comme un lieu dynamique qui façonne les corps qui l’habitent, le traversent ou s’y exposent. Le décor, par son agencement, peut consolider des rapports de force en exposant ou invisibilisant ses occupant·es. En retour, les corps investissent, transforment et perturbent les espaces par l’usage qu’ils en font et la part éminemment subjective qu’ils renferment[1].

Ces deux notions, examinées ensemble, peuvent aussi être abordées sous l’angle du déguisement et de la mise en scène de soi. Elles invitent à interroger les jeux d’apparence, les normes et les tensions entre visibilité et invisibilité. Les décors apparaissent alors comme des vecteurs de construction identitaire, participant à la définition sociale, politique et esthétique des corps. Dans cette relation complexe qui lie ces deux notions, le corps peut devenir lui-même support du décor, surface d’inscription traversée par des normes, des déplacements et des reconfigurations continues : nous pensons au tatouage, au maquillage, à la peinture corporelle, aux parures et déguisements… Rappelons qu’à certaines époques, la construction spatiale du décor est pensée comme un miroir idéal de l’architecture corporelle humaine, notamment par des principes comme la commensurabilité et des idéaux de proportion[2]. De même, certaines formes décoratives du livre dépassent la simple ornementation : les marges, les initiales ornées ou historiées et les gravures deviennent ainsi de véritables espaces habités par des figures humaines ou animales. Ces éléments transforment la page et interagissent avec le texte, pouvant parfois (ré)orienter sa lecture. Il peut se créer un continuum où corps et décors s’entrelacent, dans une forme de mise en abyme. La frontière entre ces deux notions est parfois poreuse, révélatrice de continuités sensibles entre les corps, les matières et les espaces d’inscription[3]. La relation entre les corps et décors apparaît ainsi comme un ensemble de négociations, traversé par des processus de déplacement, d’ajustement et l’ouverture à des nouveaux modes d’invention de soi.

Cette journée d’études s’inscrit dans les orientations scientifiques du Centre de Recherche sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS, UR 4280). Elle propose d’explorer les multiples formes d’interaction des corps et décors, entendus au sens large. Il s’agira d’analyser comment ces interactions se manifestent dans les œuvres, s’inscrivent dans les textes, se donnent à voir dans les pratiques artistiques. Il conviendra aussi de s’intéresser aux corps relégués à la marge des représentations dominantes. L’attention pourra également se porter sur les expériences de décalage et de recomposition, dans lesquelles le corps laisse affleurer des tensions entre appartenances, codes incorporés et nouvelles manières d’habiter le monde. La journée d’études pourra accueillir des contributions issues de diverses disciplines ainsi que des approches de recherche-création intégrant des pratiques artistiques et des démarches expérimentales afin de nouer un dialogue transdisciplinaire.

Les trois axes présentés ci-dessous, sans être exhaustifs, proposent des pistes de réflexion dans lesquelles les propositions de contribution pourront puiser.

Axe 1. Corps et décors à l’épreuve : entre exposition et dissolution
Cet axe propose d’interroger les corps et décors comme matrices de construction identitaire. Le décor n’est jamais neutre ou purement ornemental : il construit autant qu’il contraint les corps qui s’y inscrivent. Qu’il s’agisse d’espaces privés (intérieurs domestiques) ou publics (espaces urbains, lieux institutionnels…), les lieux sont régis par des règles (explicites ou implicites) qui agissent sur la construction des corps et façonnent des rapports de force. Il conviendra d’interroger les contextes de contrainte, de violence physique ou symbolique[4], qui limitent la construction et la représentation d’un corps en raison de son genre, de sa sexualité, de son origine, de sa classe sociale… Les contributions pourront aussi questionner les notions de corps et décors par leur absence et leur silenciation.

Axe 2. Corps et décors en mouvement : dispositifs, performances, expérimentations
Ce deuxième axe questionne les dispositifs d’inscription, de mise en scène du corps dans et par le décor. Quel que soit le champ disciplinaire ou artistique dans lequel il est convoqué, le décor dépasse la fonction d’arrière-plan de la représentation pour devenir un support vivant, irrigué par le geste, la parole et le son qui le traverse. Il est le résultat d’une co-construction entre ses occupant·es. Les contributions pourront explorer la représentation des corps dits marginaux, ou dissonants, dont la présence met en crise les normes spatiales, sociales ou esthétiques. Dans ces configurations, le décor peut apparaître comme un espace qui se prête au détournement, à la réinvention, par la performance[5]. Cet axe invite à ouvrir la réflexion sur de nouvelles formes de relation entre corps et décors à travers des dispositifs scéniques, narratifs, performatifs, expérimentaux.

Axe 3. Corps et décors dans leur matérialité : création et (ré)invention des langages
Le troisième axe invite à interroger les relations entre corps et décors dans les manifestations matérielles des œuvres. Le livre peut être envisagé comme un objet constituant lui-même un corps, tout en devenant un espace d’accueil et de circulation pour d’autres corps. Cette dynamique se manifeste notamment dans ses seuils[6] (éditoriaux ou auctoriaux), à travers les dispositifs de présentation ou d’introduction, mais aussi au sein des textes littéraires eux-mêmes, conçus comme des lieux d’expérimentation des rapports entre corps, décor et matérialité. Certains courants modernistes ont proposé des formes de déconstruction des instances énonciatives[7], tandis que la poésie concrète a introduit une spatialisation radicale du texte[8]. Par ailleurs, de nombreuses œuvres visuelles, audiovisuelles et performatives explorent les limites de leurs langages, matériaux et supports en reconfigurant les relations entre corps et décor, parfois jusqu’à produire des effets de mise en abyme. Les contributions pourront examiner, selon différentes perspectives, la matérialité des relations entre corps et décors comme condition de création, d’invention ou de réinvention des langages.

Modalités
Les jeunes chercheur·euses, doctorant·es ou docteur·es ayant soutenu leur thèse depuis moins de trois ans peuvent envoyer leur proposition de communication, d’une longueur maximale de 300 mots, accompagnée d’un titre, d’une bibliographie indicative et d’une brève notice bio-bibliographique avant le 28 juin 2026, conjointement aux adresses suivantes : 

-        ana_carolina.nery_albino@doctorant.uca.fr

-        meline.zappa@doctorant.uca.fr

-        vbboechat@fcsh.unl.pt

Les notifications d’acceptation seront transmises avant le 12 juillet 2026. La journée d’études se tiendra en présentiel à la Maison des Sciences Humaines (4 rue Ledru, 63000 Clermont-Ferrand), le 4 novembre 2026.

Comité d’organisation
Ana Carolina Nery Albino (CELIS, Université Clermont Auvergne)

Méline Zappa (CELIS, Université Clermont Auvergne)

Virgínia Boechat (IELT-FCSH, IEM-FCSH, Universidade Nova de Lisboa)

Comité scientifique
Isabel de Barros Dias (IELT-FCSH, Universidade Aberta)

Saulo Neiva (CELIS, Université Clermont Auvergne)

Alain Romestaing (CELIS, Université Clermont Auvergne)

Stéphanie Urdician (CELIS, Université Clermont Auvergne

Artiste invitée
Anne Savelli 

Bibliographie indicative
ARGAN Giulio Carlo, L’histoire de l’art et la ville : crise, culture, design [1983]. Paris, Éditions de la Passion, 1995.

BACHELARD Gaston, La poétique de l’espace [1957], Paris, PUF, 2020.

BARBIER Frédéric, Histoire du livre en Occident, Paris, Armand Colin, 2020.

BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, 1979.

BUTLER Judith, Trouble dans le genre, traduit de l’anglais (États-Unis) par Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, 2006.

CANDIDO Antonio, O discurso e a cidade [1993], São Paulo, Ouro sobre azul, 2010.

CHARTIER Roger, La main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur. XVIe – XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 2015.

GARNIER Pierre, Spatialisme et poésie concrète, Paris, Gallimard, 1968.

GARRIC Henri, Portraits de ville. Marches et cartes : la représentation urbaine dans les discours contemporains, Paris, Honoré Champion, 2007.

GENETTE Gérard, Seuils, Paris, Seuil, 1987.

HARAWAY Donna, Vivre avec le trouble [2016], traduit de l’anglais (États-unis) par Vivien García, Vaulx-en-Velin, Éditions des mondes à faire, 2016.

HOUDART-MEROT Violaine, Le tournant créatif de la recherche, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2024.

JAQUET Chantal, Les transclasses ou la non-reproduction [2014], Paris, PUF, 2024. 

FANON Franz, Peau noir, masques blancs, Paris, Seuil, coll. « Point », 1972.

LE GOFF Jacques et TRUONG Nicolas, Une histoire du corps au Moyen-Âge, Paris, Liana Levi, 2017.

MILON Alain et PERELMAN Marc (éds.) Le livre au corps, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012.

OSTROWER Fayga, « Da Gravura Chinesa à Imagem do computador », dans DOCTORS Márcio (org.) et al., A Cultura do Papel, Rio de Janeiro, Casa da Palavra/ Fundação Eva Klabin Rapaport, 1999.

PÄCHT Otto, L'enluminure médiévale. Une introduction, Paris, Macula, 1997.

PIREYRE Emmanuelle, La performance narrative. Art, littérature, scène, Dijon, Presses du réel, 2025.

SAID Edward W., L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident [1980], Seuil, coll. « La couleur des idées », 2005.

SANTOS Milton, La Nature de l’espace. Technique et temps, raison et émotion, traduit du portugais par Marie-Hélène Tiercelin, Paris, L’Harmattan, 2010.

QUAY Jean-Yves, « La démarche du corps comme détecteur de songes et de rêveries », dans CHEVALIER Dominique et MÉAUX Danièle (dir.), Expérience sensible & sciences humaines et sociales, Paris, Hermann, 2025, p. 147-154.

VITRUVE (Auteur), GROS Pierre (dir.), Traité d'architecture, édition bilingue français-latin [1er s. a.C., imp. en 1486], Paris, Belles Lettres, 2015.


 Notes

[1] « Le corps est [...] ce qui renferme la subjectivité la plus poussée de l’être. » (Michaël GRÉGOIRE, « Corporéité », dans Sophie CHIARI, Vincent GÉRARD, Louis HINCKER, Marianne JAKOBI et Géraldine RIX-LIÈVRE, Abécédaire de la connaissance sensible, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, 2025, p. 44.)
[2] Voir VITRUVE (Auteur), Pierre GROS (dir.) Traité d'architecture, édition bilingue français-latin [1er s. a.C., imp. en 1486], Paris, Belles Lettres, 2015.
[3] Les Métamorphoses d’Ovide constituent un exemple éclairant pour penser la richesse des formes de porosité entre corps et décors.
[4] Voir Pierre BOURDIEU, La Distinction. Critique sociale du jugement, Minuit, 1979.

[5] Voir Emmanuelle PIREYRE, La performance narrative. Art, littérature, scène, Dijon, Presses du réel, 2025.
[6] Voir Gérard GENETTE, Seuils, Paris, Seuil, 1987.
[7] Voir Émile BENVENISTE, Problèmes de linguistique générale, t. 2, Paris, Gallimard, 1974.
[8] Voir Pierre GARNIER, Spatialisme et poésie concrète, Paris, Gallimard, 1968.