Ce colloque propose d’examiner comment les écrivains intègrent, transforment ou détournent des concepts théoriques dans leurs œuvres. Il ne s’agira pas d’étudier la théorie littéraire en tant que telle, mais d’observer comment les auteurs et les textes eux-mêmes font circuler des idées, utilisent des éléments théoriques, qu’ils soient issus des œuvres même ou d’autres disciplines, en leur donnant une forme nouvelle, ou en étant modelés par ces aspects théoriques.
Les questions suivantes sont posées: Quels types de discours théoriques les écrivains mobilisent-ils dans leurs œuvres ? (philosophie, sciences sociales, sciences exactes, esthétique, etc.) Quels sont les écrivains qui ont fait de la réflexion théorique un élément central de leur écriture (Proust et la mémoire, Borges et la logique, etc.)? Comment les écrivains dialoguent-ils avec la pensée de leur époque sans en faire un simple discours d’accompagnement ? La fiction et la poésie peuvent-elles être un espace de réflexion théorique, ou ne proposent-elles que des « effets de théorie » fragmentaires et transformés ? Les œuvres littéraires peuvent-elles être un espace de création autonome de la théorie, et dans quelle mesure des écrivains comme Tolstoï, Goethe ou Lu Xun ont-ils produit des idées théoriques indépendantes des courants philosophiques de leur époque ? Comment une idée abstraite peut-elle être intégrée dans une intrigue sans la figer ni la rendre artificielle ? Comment le style, la structure et la narration influencent-ils la manière dont une théorie est perçue et comprise dans un texte littéraire ? La théorie a-t-elle un impact sur les formes littéraires ? Certains genres ou structures sont-ils plus propices à l’intégration de concepts théoriques ? Quels sont les procédés littéraires qui permettent d’incarner une idée dans l’écriture elle-même ?
Ce colloque invite à interroger le rôle de la littérature dans la transmission, la transformation et parfois la contestation des discours théoriques, mais aussi à repenser les théories littéraires en remettant les écrivains, leur écriture et leurs textes au cœur de la réflexion, et non uniquement à partir de concepts théoriques extérieurs empruntés à la philosophie ou à d’autres disciplines.