Qu’est-ce qu’une langue nationale ? Comment une langue le devient-elle ? Qui participe à ce processus ? Comment le français, langue parmi d’autres en France métropolitaine, a-t-il accédé à ce statut ? Dans Le roman national de la langue (1790-1920). Pour une histoire des imaginaires linguistiques des grammaires du français (Lambert-Lucas), Sandra Poujat s’essaie à répondre à ces questions en donnant voix aux grammaires du français écrites pendant le "long XIXe siècle", qui s’étire de la Révolution française jusqu’à la fondation de la linguistique au début du XXe siècle. Parcourir ces grammaires pour la plupart oubliées, écrites par des auteurs socialement très divers à une époque où la linguistique n’est pas constituée comme discipline, permet de rendre compte de l’imaginaire linguistique de ces masses invisibles qui pourtant, font la langue : car ces grammairiens sont bibliothécaires, ouvriers typographes, militaires, avocats, banquiers, fonctionnaires, pères et mères de famille. S’il est indéniable que la politique linguistique mise en place par l’État français au fil des siècles a joué un rôle majeur dans la nationalisation du français, cette enquête fera valoir un autre point de vue : celui des locuteurs, afin de montrer à quel point la langue nationale est aussi une construction discursive – une fiction, en somme, qui se nourrit du mythe du génie de la langue française et qui assure sa pérennité par un processus de mythification de l’histoire de la langue.
Paraît dans le même temps chez le même éditeur L’identité nationale, la question de la langue et le plurilinguisme de Jean-Louis Chiss, sous-titré Histoire et débats contemporains, qui traite, dans sa première partie, des relations entre la problématique de l’identité nationale et la question de la langue en se focalisant sur la figure d’Ernest Renan et sa fameuse conférence de 1882 "Qu’est-ce qu’une nation ?" dont il explore l’immense fortune éditoriale, intellectuelle et politique. Une deuxième partie explore des interrogations fondamentales sur la formation des nations et en particulier sur la langue comme critère constitutif du "national". La troisième partie réunit des études récentes sur le plurilinguisme comme source de controverses au sein des théories du langage et de la didactique des langues.