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Noël Herpe : de l’écriture sans sujet à la mise en scène de soi

Noël Herpe : de l’écriture sans sujet à la mise en scène de soi

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Arthur Côme)

Journées d’études autour de l’œuvre de Noël Herpe 

vendredi 5 et samedi 6 février 2027, auditorium de l’INHA

« Noël Herpe : de l’écriture sans sujet à la mise en scène de soi »

 

Comité d’organisation : Diane Arnaud (Université Gustave Eiffel), Arthur Côme (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Emmanuel Dreux (Université de Paris 8), Eliane Thépot (Université Sorbonne Nouvelle)

 

     L’œuvre de Noël Herpe se caractérise par une grande variété puisqu’elle investit des genres multiples, de l’écriture autobiographique à la réalisation filmique, de la représentation théâtrale à l’incarnation cinématographique, sans oublier la prolixité d’une parole radiophonique escortant nombre de publications. Elle s’établit de plus entre deux pôles : la déclinaison du motif de la perte s’y oppose en effet à une propension à la mise en scène de soi qui fait régulièrement se succéder, aux thèmes de la ruine et du fantôme, le surgissement d’un « moi » dont les multiples avatars ne cessent de se produire, transformant toute scène de la vie en un possible théâtre. S’exprime ainsi la prédilection de Noël Herpe pour le choix de sujets privilégiant le dispositif théâtral, que ce soit dans le texte ou à l’écran. Ainsi, à des œuvres cinématographiques explicitement nourries par le théâtre, comme Fantasmes et Fantômes (2017) ou La Tour de Nesle (2020), s’associent des textes comme Les films me regardent (Hémisphères, 2021) ou Travestissons-nous ! (2023), dont l’élément commun se trouve être un goût prononcé pour le spectacle.

    Cette opposition entre l’écriture de la perte et le goût de la mise en scène de soi et du monde, n’est d’ailleurs qu’apparente. Car c’est, précisément, à l’aune de cette passion pour le théâtre que se profile à maintes reprises une représentation de soi comme fantôme, voire comme substrat. Ainsi l’onomastique que l’auteur se plaît à déployer à l’ouverture d’un chapitre intitulé « Journal du passé », fonctionne-t-elle comme un coup de théâtre, le sens du mot « herpe » y apparaissant comme à la fois comme révélation et comme preuve : « HERPE.subs.fém. I. – ANC. DR. MAR. Au plur. Herpes marines. Matière, objets rejetés par la mer sur le rivage ». (Trésor de la Langue Française). S’exprime ainsi, au sein même du texte éponyme Objet rejeté par la mer (Gallimard, 2016), l’auto-représentation fortement théâtralisée d’une identité impossible à saisir : celle d’un « je » perdu dans une enfance dont l’œuvre ne cesse, pathétiquement, de traquer le souvenir, mais perdu aussi dans la déréalisation d’un monde que vient sans cesse brouiller la folle succession des scènes, des plans et des images. Et c’est cette tension dans l’écriture entre la figure théâtralement fantomatique d’un moi égaré dans les vestiges d’un passé insaisissable et la quête sans cesse renouvelée d’un sens possible de l’existence, qui marque de façon récurrente cette œuvre. 

    Il existe toutefois une résolution possible de cette tension dramatique. Car ce qui assure la possibilité de cet arrachement aux vestiges du passé c’est la dramaturgie, récurrente elle aussi, du hasard et de la rencontre. Même fugitive, même déceptive, c’est bien la rencontre qui assure, au sein de l’œuvre de Noël Herpe, à la fois la possibilité de cette déprise du passé et l’ouverture vers un possible futur. Le thème du « déménagement », qui court tout le long de l’œuvre, constitue ainsi un bel exemple de cette possibilité offerte à l’auteur de s’arracher aux scènes fantomatiques d’un passé désormais inatteignable, pour, enfin, bouger. En témoigne le récit Je déménage  (Éditions du Seuil, 2025), qui répond au programme d’un double parcours. Géographique, tout d’abord, le narrateur multipliant les itinéraires au sein de la capitale à la recherche du lieu idéal où séjourner. Esthétique ensuite : partant du récit, le narrateur donne progressivement à percevoir l’univers de l’immobilier comme un théâtre burlesque - dont les protagonistes, agents et clients inclus, n’ont de cesse de jouer la comédie : rhétorique de la fausse promesse, exploitation des apparences, illusion de la bonne affaire, ruse et tromperies, rebondissements, déconvenues…

    La fascination vers un temps impossible à retrouver si ce n’est à travers la mobilisation forcément partielle de la mémoire est donc conjurée au sein de l’œuvre par la thématique du mouvement, qui se réalise au sens physique de l’arrachement corporel à l’immobilité. Mais le mouvement s’accompagne aussi volontiers dans l’œuvre de Noël Herpe, du franchissement de la frontière du genre. Le genre, comme souvent les mots chez Noël Herpe, doit ici être pris dans son double sens, comme genre esthétique et comme genre sexué. Et si l’écriture autobiographique convoque souvent le théâtre, c’est l’œuvre tout entière, cinéma compris, qui s’élabore selon un tel parcours d’entrecroisement des genres. Ainsi les films Fantasmes et Fantômes (2017) et La Tour de Nesle (2021) font-ils la part belle au théâtre, convoquant les genres du drame historique, du vaudeville ou du grand-guignol. Ainsi le texte écrit ne cesse-t-il, pour reprendre les termes employés par Noël Herpe à l’occasion d’un entretien radiophonique, de « créer de la crise », engendrant une dramaturgie dynamique dans la description des personnages et de leurs relations. 

    La question du genre se pose enfin et surtout dans sa dimension sexuée, la modernité de l’œuvre de Noël Herpe résidant dans son incessante capacité à interroger les frontières du masculin et du féminin, la réversibilité entre ces deux principes étant assumée, comme dans le film C’est l’Homme (2010), par le travestissement. « Le travesti me fascine en tant qu’acteur qui construit un personnage, et fabrique une fiction » (Travestissons-nous ! Quand l’acteur se déguise en femme, Capricci, 2024). C’est le versant queer d’un imaginaire qui échappe, en même temps, à l’injonction militante, à travers une réinvention perpétuelle de l’image de soi.

    Le projet d’organiser quatre demi-journées d’études sur cette œuvre foisonnante, qui ne cesse de déjouer les frontières et les stéréotypes (tout en jouant avec le cliché), visera à en éclairer la théâtralité mais aussi à en explorer les brisures, les revirements, les lignes de fuite. Sans que ces propositions soient exhaustives, on pourra ainsi explorer les pistes suivantes : 

 La théâtralité comme fabrication de la crise. 
Dramaturgie de la rencontre. 
Le goût du passé : la représentation théâtralisée du fantôme. 
Le décor et le goût des ruines.
Le corps de l’acteur.
L’attrait du mélodrame. 
Le rapport du masculin et du féminin à travers les personnages. 
Le travestissement comme mode de spectacularité.
Le versant queer de l’œuvre. 
L’importance des lieux : lieux du souvenir, de la quête, de l’aventure, de l’errance. 
Le récit d’enfance.
L’enquête autobiographique. 
L’art du portrait.
L’autoportrait.
L’écriture comme aventure. 
Les péripéties de l’écriture. L’écriture impossible, empêchée, réalisée.

 

Le corpus des œuvres de Noël Herpe est à consulter ici : https://www.noel-herpe.com

Modalités de participation : un résumé d’environ 300 mots assortis d’un titre est à soumettre au plus tard le 20 juin, avec une bio-bibliographie de l’auteur à : arthur.come@univ-paris1.fr 

L’acceptation des propositions par notre comité scientifique sera communiquée fin juin.

Format des interventions : une trentaine de minutes, accompagnées d’extraits de livres,  de films ou de prestations radiophoniques.

 


Comité scientifique

Arnaud Diane, professeure en Esthétique cinématographique à l’Université Gustave Eiffel.

De Schuytter Violaine, professeure agrégée de Lettres Modernes, docteure en Études cinématographiques de l’université de Caen-Normandie.

Declercq Gilles, professeur émérite à l’Université Paris-Cité Sorbonne Nouvelle, ex-directeur de l’IRET (Institut de Recherches en Études Théâtrales).

Gaudin Antoine, Maître de conférences en Cinéma/Audiovisuel à l’Université Sorbonne Nouvelle.

Partensky Vérane, Maîtresse de conférences en littérature comparée à l’Université Bordeaux-Montaigne

Piana Romain, Maître de conférences en Études Théâtrales à l’Université Sorbonne Nouvelle. 

Suzzoni Cécilia, professeure émérite de chaire supérieure en Lettres Classiques au Lycée Louis-le-Grand, Paris. 

Thépot Eliane, professeure agrégée de Lettres Modernes. Docteure en études théâtrales à l’lRET, Sorbonne Nouvelle. 

Vappereau Marguerite, Maître de Conférences en Études cinématographiques à l’Université Bordeaux-Montaigne.