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Émotions et politique dans les Amériques (Nantes)

Émotions et politique dans les Amériques (Nantes)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Sergio COTO-RIVEL)

Émotions et politique dans les Amériques

Nantes Université

26-27 novembre 2026

 

L’analyse du politique a longtemps été dominée par une conception rationaliste de l’action et du jugement politiques, héritée aussi bien de la philosophie libérale que des modèles de choix rationnel développés en science politique. Dans cette perspective, les émotions étaient perçues comme des perturbations, des biais ou des résidus irrationnels qu’il convenait d’écarter afin de comprendre les comportements politiques.

Or, depuis le tournant des années 1990–2000, un ensemble de travaux interdisciplinaires a profondément remis en cause cette opposition entre raison et émotion. Les travaux de George E. Marcus, notamment, ont souligné que les émotions ne s’opposent pas à la rationalité mais orientent les modes de traitement de l’information politique (Marcus, 2002). L’anxiété, par exemple, incite les individus à rechercher de nouvelles informations et à reconsidérer leurs préférences, tandis que l’enthousiasme tend à renforcer les loyautés partisanes existantes.

Les travaux d’historiens et de sociologues des émotions ont par ailleurs mis en évidence la dimension fondamentalement sociale et historique des émotions. William Reddy, dans The Navigation of Feeling, a montré que les émotions sont encadrées par des normes et des discours qui définissent ce qu’il est possible de ressentir et d’exprimer à un moment donné (Reddy 2001). De même, Barbara Rosenwein, avec le concept de « communautés émotionnelles », a mis en évidence la coexistence de systèmes émotionnels pluriels au sein d’une même société (Rosenwein 2006). Ces analyses ont permis de comprendre pourquoi certains contextes politiques (campagnes électorales polarisées, menaces sécuritaires, crises économiques) produisent des comportements collectifs spécifiques.

Ce colloque part d’une hypothèse de travail simple : le continent américain, dont l’histoire est jalonnée par des expériences de colonisation, d’esclavage, de révolutions, de violence d’État et de mobilisations populaires, constitue un terrain particulièrement fécond pour analyser la manière dont se forment ces « régimes (ou communautés) émotionnels » et la façon dont les émotions structurent les rapports au pouvoir.

Dans le sillage des analyses de Lauric Henneton et Louis Roper sur la peur en contexte colonial américain (Henneton & Roper 2016), de Nicole Eustace sur les émotions de la Révolution américaine (Eustace 2008), de Norbert Lechner sur les attentes affectives qui ont traversé les démocraties latino-américaines issues des transitions post-autoritaristes (Lechner 1988), de Corey Robin, James M. Jasper, Deborah Gould et Arlie Hochschild sur le rôle des émotions dans les mobilisations politiques contemporaines (Jasper 1997 ; Robin, 2004 ; Gould 2009 ; Hochschild 2016), d’Ernesto Laclau sur la logique affective propre au populisme (Laclau 2005), ou encore d’Elizabeth Jelin et Jeffrey C. Alexander sur la façon dont certaines émotions (la honte, la colère) structurent les politiques de mémoire (Jelin 2003 ; Alexander 2004), les participant.e.s de ce colloque sont invité.e.s à dépasser une conception étroite du politique centrée sur les intérêts et les calculs stratégiques et à envisager les émotions comme des médiations essentielles entre expériences sociales, imaginaires collectifs et institutions.

 

Les thématiques suivantes pourront notamment être explorées :

1.        Les émotions comme instrument central de l’exercice du pouvoir et de sa légitimation dans les Amériques (XVIe–XXIe siècles).

2.        La place des émotions dans les différents courants de la pensée critique (études postcoloniales et décoloniales, pensée féministe, queer et écologie politique).

3.        Le rôle des émotions dans les dynamiques de mobilisation collective, des révoltes coloniales aux mouvements sociaux contemporains (luttes antiracistes, antifascistes, féministes, mouvements ouvriers, paysans et indiens, entre autres).

4.        La circulation des émotions politiques à l’échelle transnationale dans les productions culturelles (littérature, cinéma, art contemporain, danse, théâtre) et les médias numériques.

5.        La mobilisation des émotions dans les enjeux mémoriels contemporains : lois de mémoire historique, commissions de justice et vérité, recollection de témoignages, héritage des traumatismes et les revendications réparatrices dans les Amériques.

 

Les propositions de communications, d’une longueur n’excédant pas 500 mots et accompagnées d’une brève bio-bibliographie, devront parvenir aux organisateurs avant le 30 juin 2026.

 

Organisation :

Aurélie GODET, professeure des universités, histoire des États-Unis Aurelie.Godet@univ-nantes.fr 

Daniela DURÁN CID, maîtresse des conférences, histoire et civilisation latino-américaines Daniela.Duran@univ-nantes.fr 

Sergio COTO-RIVEL, professeur des universités, littérature et histoire culturelle latino-américaines Sergio.coto-rivel@univ-nantes.fr 

 

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