On doit à Stéphane Chauvier de nous avoir fait redécouvrir la philosophie morale de Jules Vuillemin dans Le juste et le bien. Essais de philosophie morale et politique (Agone). Il publie aujourd'hui un essai personnel dans la collection "Moments philosophiques" des éditions Vrin : Bonté gracieuse. Essai sur l’asymétrie du bien et du mal, qui part de quelques questions simples : pourquoi donc nous semble-t-il moralement plus grave d’abandonner ses enfants que de ne pas adopter des orphelins ? Pourquoi est-il moralement plus grave de forcer quelqu’un à entendre la musique qu’il déteste le plus que de ne pas lui faire entendre la musique qu’il préfère ? Pourquoi, plus généralement, l’obligation de ne pas faire de mal est-elle ou semble-t-elle plus impérieuse que celle de faire du bien ? Cette asymétrie est-elle un trait constitutif de toute morale, une conséquence logique de ce que sont le mal et le bien ou bien est-elle une particularité de notre morale, de celle du moins qui nous est le plus commune ou la plus familière ? Pourrait-on, non seulement concevoir, mais adopter une morale qui traiterait symétriquement l’obligation de ne pas faire de mal et celle de faire du bien ? Pourrions-nous vivre sous le régime de la bonté sévère ?
(Illustr. : Franz Marc, Rehe im Schnee, ca. 1911, Städtische Galerie im Lenbachhaus, Münich)