Dans À la recherche du temps perdu, les figures féminines semblent constamment demander à être situées, oscillant entre modèles à imiter et contre-modèles à rejeter. Qu’elles soient issues de Combray, des stations balnéaires de Balbec, de la société parisienne ou encore de l’imaginaire du narrateur, ces femmes et jeunes filles reconduisent à la fois des représentations historiquement et socialement genrées tout en s’en affranchissant, offrant ainsi au lecteur des clichés ambivalents dont la saisie est susceptible de susciter aussi bien l’identification que la distance critique. Sous le titre "Captives ou fugitives ? À la recherche du temps perdu entre modèles et contre-modèles du féminin" et à l'initiative de Matilde Manara, la nouvelle livraison d’Études littéraires propose une exploration de l’univers féminin proustien, traversé par des modèles paradoxaux dont la force réside dans leur instabilité et leur constante réévaluation. "Qu’il s’agisse de la captivité réelle ou symbolique d’Albertine, de la remise en question de l’autorité narrative au profit des personnages féminins, des ruses d’une prisonnière devenue souveraine, des mariages motivés par la dot et l’héritage, de l’opposition classiste et genrée aux messages de propagande, ou encore des fuites vers des relations queer moins contraignantes ou par le biais de l’intermédialité, chaque contribution sait que la dynamique entre captives et fugitives n’a rien d’une dichotomie, mais se déploie comme un rythme, un mouvement dans lequel tout lecteur de Proust peut espérer non pas se situer, mais obtenir un aperçu de sa trajectoire". Fabula vous invite à lire l'Avant-propos de Matilde Manara, à découvrir le sommaire du numéro…, ou à vous plonger directement dans les articles mis en ligne sur Erudit.org…
(Photogramme : La Captive, un film de Chantal Akerman, 2000)