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Misère et image : une fortune esthétique. Numéro de la revue Rubriques (site Utpictura18)

Misère et image : une fortune esthétique. Numéro de la revue Rubriques (site Utpictura18)

Publié le par Marc Escola (Source : Vérane Partensky)

Misère et image : une fortune esthétique 

Numéro de la revue Rubriques (site Utpictura18)

Coordonné par Béatrice Laville et Vérane Partensky (Université Bordeaux Montaigne, UR Plurielles) 

Dans la continuité de la journée d’étude "Misère: une fortune esthétique" organisée à l’Université Bordeaux Montaigne le 4 novembre 2025, ce numéro de la revue Rubriques (Utpictura18, en ligne) sera consacré aux conditions médiales de la représentation de la misère en Europe, du Moyen Âge à l’époque contemporaine.

Qu’elle résulte des violences de l’histoire, de formes structurelles d’inégalité économique ou d’événements catastrophiques, la misère semble opposer un démenti aux mots et aux images qui prétendent en rendre compte. Dans sa réalité brute, elle met en crise le projet même d’une esthétique : comment donner forme à ce qui relève de l’abjection, de la privation ou de l’exclusion, sans en atténuer la violence ni en reconduire les effets de domination ? Et pourtant, l’art et la littérature n’ont cessé de se confronter à cette limite, en élaborant des dispositifs capables de rendre visible, sensible ou intelligible ce qui résiste à la représentation.

L’hypothèse directrice de ce numéro est que la misère ne constitue pas seulement un objet ou un thème, mais qu’elle se définit à travers les conditions médiales de sa visibilité. Ce que la misère « est » – comme expérience, comme catégorie sociale ou comme figure esthétique – dépend étroitement des dispositifs qui la rendent perceptible, partageable et interprétable. Son appréhension engage une réflexion sur les formes, les supports et les circulations médiatiques qui en configurent les modes d’apparition.

Dans cette perspective, une attention particulière sera portée aux formes, aux supports et aux dispositifs de représentation, qu’ils relèvent d’un médium spécifique, notamment visuel, ou de configurations intermédiales et transmédiales qui ne constituent pas un préalable, mais l’un des cadres possibles pour penser les transformations, les tensions et les circulations de la misère à travers les médias.

Le titre du numéro invite ainsi à penser la misère comme une « fortune esthétique » : non seulement comme objet de représentation, mais comme opérateur de valeur, susceptible de produire des formes, de circuler entre différents espaces culturels et de s’inscrire dans des logiques économiques et symboliques. Comment ce qui relève du manque peut-il devenir source de visibilité, de reconnaissance ou même de valorisation esthétique ? Quels paradoxes se nouent dans cette transformation ?

On privilégiera les propositions centrées sur les images. Les contributions pourront notamment s’inscrire dans les perspectives suivantes :

— Régimes de visibilité de la misère

On pourra interroger les conditions dans lesquelles la misère devient visible ou, au contraire, se dérobe à la représentation : tension entre irreprésentable et figuration, entre obscénité et spectacularisation, entre témoignage et construction esthétique. Une attention particulière pourra être portée aux dispositifs qui organisent cette visibilité (cadrage, point de vue, narration, montage, etc.). Les analyses pourront porter aussi bien sur des œuvres relevant d’un médium spécifique que sur des configurations plus complexes. 

— Représenter la misère dans un médium spécifique

Les propositions pourront porter sur l’analyse de corpus homogènes (peinture, photographie, littérature, etc.), en interrogeant les ressources propres à un médium donné pour figurer la misère : contraintes formelles, régimes de visibilité, effets esthétiques et enjeux éthiques. 

— Dispositifs intermédiaux et circulations transmédiales

Les propositions pourront analyser les interactions entre textes, images et autres formes médiatiques, ainsi que les transformations d’un motif d’un médium à l’autre. Comment la misère se reconfigure-t-elle lorsqu’elle passe de la littérature à la peinture, de la gravure à la photographie, ou encore à des formes médiatiques contemporaines ? Quels effets produisent ces circulations sur sa perception et son interprétation ? 

— Codifications esthétiques et stéréotypes

Il s’agira d’examiner les formes récurrentes sous lesquelles la misère est représentée : pittoresque, grotesque, monstrueux, misérabilisme, etc. Dans quelle mesure ces codifications contribuent-elles à rendre la misère intelligible, ou au contraire à en neutraliser la portée critique ? Quels sont les lieux communs visuels et narratifs qui encadrent sa représentation ?

— Enjeux politiques et économiques

Les contributions pourront enfin explorer les dimensions sociales, politiques et économiques de ces représentations : rôle du marché de l’art et de l’édition, circulation des images de la misère, instrumentalisation ou critique des inégalités, figure de l’artiste pauvre. Comment la misère est-elle intégrée dans des logiques de production et de diffusion qui en transforment le sens ?

Les propositions pourront mobiliser des approches variées (études littéraires, histoire de l’art, études visuelles, intermédialité, sociologie de la culture, etc.) et articuler réflexion théorique et analyse de corpus, qu’il s’agisse d’approches monomédiales ou de configurations intermédiales et transmédiales.

Les propositions d’articles (200 à 300 mots), accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, sont à envoyer avant le 15 juillet 2026 à :

beatrice.laville@u-bordeaux-montaigne.fr
verane.partensky@u-bordeaux-montaigne.fr

Comité scientifique

Pierre Baumann (Université Bordeaux Montaigne)

Marie-Astrid Charlier (Université Paul-Valéry Montpellier)

Philippe Ortel (Université Bordeaux Montaigne)

Clothilde Thouret (Université Paris Nanterre).

Le comité de lecture donnera sa réponse fin juillet 2026.

Les articles retenus devront être remis pour le 31 décembre 2026, accompagnés d’un dossier iconographique.

La publication aura lieu dans le courant du 1er semestre 2026.

La revue Rubriques est une revue électronique hébergée sur le site Utpictura18 (Université d’Aix-Marseille, CIELAM) : 

https://utpictura18.univ-amu.fr/a-propos-revue

Indications bibliographiques

1. Intermédialité / théorie des médias
Loïc Ballarini et Gilles Delavaud (dir.), Nouveaux territoires médiatiques, Paris, Mare et Martin, coll. « Media critic », 2014.

Silvestra Mariniello, « Commencements », Intermédialités : histoire et théorie des arts, des lettres et des techniques / Intermediality: History and Theory of the Arts, Literature and Technologies, n° 1, 2003, p. 47-62. https://doi.org/10.7202/1005444ar

Silvestra Mariniello, « L’intermédialité : un concept polymorphe », Inter Media. Littérature, cinéma et intermédialité, actes du colloque d’études d’intermédialité de l’ISMAI, Paris, L’Harmattan, 2011.

W. J. T. Mitchell, Iconologie : image, texte, idéologie (1986), trad. Maxime Boidy et Stéphane Roth, Paris, Les Prairies ordinaires, coll. « Penser/Croiser », 2009.

Philippe Ortel, « L’inter-œuvre : un parcours », Utpictura18, Rubriques , n° 5, 2025, « L'inter-œuvre », sous la direction de Philippe Ortel et Vérane Partensky. https://doi.org/10.58048/2968-9198/24717

Irina O. Rajewsky, « Intermediality, Intertextuality, and Remediation: A Literary Perspective on Intermediality », Intermédialités, n° 6, 2005, p. 43-64. DOI : https://doi.org/10.7202/1005505ar

 
2. Souffrance, visibilité, image
Georges Didi-Huberman, Images malgré tout, Paris, Minuit, 2003.

Thomas W. Laqueur, « Bodies, Details, and the Humanitarian Narrative », dans Lynn Hunt (dir.), The New Cultural History, Berkeley, University of California Press, 1989, p. 176-204.

Linda Nochlin, Les Politiques de la vision, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1995.

Susan Sontag, Devant la douleur des autres (2003), trad. Fabienne Durand-Bogaert, Paris, Bourgois, 2022.

 
3. Esthétique, politique et représentations de la misère
Walter Benjamin, « L’auteur comme producteur » (1934), dans Essais sur Brecht, trad. Philippe Ivernel, Paris, La Fabrique, 2003, p. 122-144.

Luc Boltanski, Yann Darré et Marie-Ange Schiltz, « La dénonciation », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 51, mars 1984, p. 3-40. DOI : https://doi.org/10.3406/arss.1984.2212

Luc Boltanski, La Souffrance à distance. Morale humanitaire, médias et politique, Paris, Métailié, 1993.

Pierre Bourdieu (dir.), La Misère du monde (1993), Paris, Points, 2015.

Alain Bonnet et Natacha Coquery, Les Marchés de la misère. Contrôle, exploitation et représentation des classes miséreuses du XVIe siècle à nos jours, Paris, Mare et Martin, 2022.

Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIe siècle (1979), Paris, Gallimard, coll. « Folio histoire », 2014.

Bronisław Geremek, La Potence ou la pitié. L’Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours (1987), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires ».

Yves Lochard, Fortune du pauvre. Parcours et discours romanesques, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1998.

Jacques Rancière, Le Destin des images, Paris, La Fabrique, 2003.

Jacques Rancière, Le Partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000.