Actualité
Appels à contributions
Enfance en temps de guerre (revue InteraXXIons)

Enfance en temps de guerre (revue InteraXXIons)

Publié le par Marc Escola (Source : Pamela Krause)

Enfance en temps de guerre

Dir. Anna Cognet (Université de Lorraine; Université Caen Normandie)

Appel à contributions – Revue InteraXXIons, numéro 7

La guerre fait de l’enfance un objet d’étude singulier pour les sciences humaines. Un objet traversé de figures multiples aux contours précis : l’enfant victime, l’enfant séparé, l’enfant déplacé, l’enfant survivant, l’enfant soldat, l’enfant mort. À ces figures s’ajoutent des dimensions transversales : l’enfance est une période de développement dont la guerre perturbe ou réoriente les trajectoires psychiques, cognitives, sociales et corporelles ; l’adolescent en construction identitaire et le futur adulte dont la guerre aura durablement modelé la subjectivité, les représentations et les liens y sont également concernés.

Les données les plus récentes donnent la mesure du phénomène. Plus de 473 millions d’enfants et d’adolescents – soit près d’un sur six dans le monde – vivent aujourd’hui dans des zones affectées par un conflit armé. La proportion de mineurs exposés à la guerre a doublé depuis les années 1990, passant d’environ 10% à près de 19% aujourd’hui. Les enfants et les adolescents représentent 30% de la population mondiale mais constituent en moyenne 40% des populations réfugiées et 49% des déplacés internes (UNICEF, 2024). L’OMS estime par ailleurs que 22% des personnes affectées par un conflit souffrent d’un trouble de santé mentale – une proportion aggravée, chez l’enfant, par la vulnérabilité développementale propre à cette période de la vie. Plus de 52 millions d’enfants dans les pays touchés par des conflits sont estimés hors de l’école (UNICEF, 2024).

Le Moyen-Orient, théâtre de conflits armés prolongés, de déplacements massifs et de crises humanitaires répétées, offre un terrain d’observation particulièrement dense. Syrie, Liban, Palestine, Iraq, Yémen : autant de contextes où l’enfance est exposée à des formes variées de violence collective, et où les réponses – cliniques, éducatives, institutionnelles, culturelles – se construisent dans des conditions de grande contrainte.

Face à cette réalité, les sciences humaines ont une responsabilité propre : non pas seulement documenter ou mesurer, mais comprendre, interpréter, et accompagner. La psychologie clinique et la psychanalyse, l’histoire, la sociologie, la géographie, la littérature, l’anthropologie et les sciences de l’éducation sont convoquées dans ce numéro non pas séparément, mais en dialogue : autour de l’enfant et de l’adolescent à l’école en temps de guerre, dans le soin et les médiations thérapeutiques, dans les récits et les représentations, dans les dispositifs humanitaires, de l’enfant ou de l’adolescent qui migre, qui crée. Ce faisant, le numéro entend dépasser le seul paradigme de la victimisation pour saisir la complexité d’un sujet qui, même au cœur de la violence, reste dans une dynamique de construction.

Axes

Axe 1 — Corps et psyché : effets, traces et trajectoires des conflits

 La violence collective laisse des traces sur le développement de l’enfant — psychiques, cognitives, identitaires, corporelles. Cet axe invite à examiner ce que la guerre fait au sujet en construction : les formes du trauma, les ruptures du lien, les atteintes au développement, mais aussi les processus qui permettent à certains enfants de traverser la violence sans en être détruits. Il s’intéresse également aux espaces dans lesquels se vit cette expérience — territoires dévastés, environnements hostiles, habitats précaires, camps — et à la manière dont ces milieux de vie pèsent sur les trajectoires individuelles. Comment penser la continuité ou la discontinuité entre l’enfance en guerre et l’âge adulte ?

Axe 2 — Figures de l’enfance en temps de guerre

Victime, survivant, soldat, déplacé, orphelin, témoin, enfant mort : quelles sont les figures que les sciences humaines mobilisent pour saisir l’enfance en temps de guerre ? Comment sont-elles convoquées, analysées ou interrogées dans les travaux scientifiques, les récits littéraires, les archives historiques et les représentations artistiques ? Cet axe propose d’examiner ces catégories elles-mêmes — leur charge politique, leurs impensés et leurs effets sur les sujets qu’elles désignent.

Axe 3 — Expressions de l’indicible

Le dessin, le jeu, la narration, le témoignage, la création artistique : autant de voies par lesquelles l’enfant en guerre tente de figurer ce qui résiste aux mots. Cet axe s’intéresse aux pratiques d’expression et de médiation — thérapeutiques, culturelles, littéraires — comme espaces où quelque chose de l’expérience de guerre peut être mis en forme, transmis, ou transformé.

Axe 4 — Après…

La guerre ne s’arrête pas avec les cessez-le-feu. Elle se prolonge dans les corps, les familles, les institutions et les territoires — et se transmet, parfois silencieusement, aux générations suivantes. Cet axe examine les dispositifs de soin et d’accompagnement, les politiques éducatives et institutionnelles, les reconfigurations spatiales et communautaires — déplacements, (re)territorialisations, reconstruction des espaces de vie — ainsi que les processus de transmission mémorielle entre générations.

Bibliographie indicative

BRAUNER, F. et A. (2011). J’ai dessiné la guerre. Clermont-Ferrand : Presses universitaires Blaise Pascal. 

GANNAGÉ, M. (1999). L’enfant, les parents et la guerre. Paris : ESF. 

KHOURI-DAHDOUH, D. (2019). La psychanalyse de l’enfant à l’épreuve de la guerre. Toulouse : Érès. 

MORO, M.-R. (2002). Parents en exil. Psychopathologie et migrations. Paris : PUF. 

AGIER, M. (dir.) (2014). Un monde de camps. Paris : La Découverte. 

PIGNOT, M. (dir.) (2024). Enfants en guerre, guerre à l’enfance ? Paris : Anamosa. 

ROMANO, H. (2022). Les enfants et la guerre. Paris : Odile Jacob. 

YAZBEK, S. (2018). La Marcheuse. Paris : Stock. 

UNICEF (2024). Children in conflict. Annual review. New York : UNICEF.

Modalités de soumission

Les abstracts, en langue française, anglaise ou arabe devront être envoyés, avant le 8 juin 2026,  aux adresses suivantes :

redactioninteraxxions@usj.edu.lb ; karl.akiki@usj.edu.lb ; pamela.krause@usj.edu.lb; anna.cognet@gmail.com

La soumission doit comporter :

• Le résumé (abstract) de l’article (approx. 500 mots) avec précision de l’axe retenu.

• 5 Mots-clés.

• Une notice bio-bibliographique (approx. 100 mots).

Les retours seront communiqués aux contributeurs et contributrices le 19 juin 2026.

Les articles devront être soumis le 17 août 2026.